Coup de pied au cul...

  • Par clopine
  • Le 12/11/2016
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J'ai lu que "les gens", tous les lambdas de ce monde, commençaient à coucher leurs impressions, à tenir  des chroniques, à être agités par l'envie du témoignage, en cas de bouleversements sociaux. Ainsi, pendant la "drôle de guerre", les journaux intmes ont fait florès (ma mère, par exemple, qui a arrêté au retour de mon père de la drôle de guerre, en 1940). Comme si sortir du quotidien, de force, vous amenait à vouloir témoigner justement de ce quotidien. Comme si l'extraordinaire vous rendait vous-même extraoridnaire...

C'est peut-être un peu, avec ce que tout l'avenir nous réserve de sombre, ce qui m'arrive en ce moment. Je me dis que si l'on dessinait une mappemonde sur l'unique critère coloré du "marron", décliné en plus ou moins d'extrêmisme, de néofascisme, de dictatures qui ne disent pas leur nom et de celles qui balancent tranquillement la couleur, eh bien, du noir de Daech au caca d'oie américain, notre monde afficherait tranquillement sa couleur actuelle : celle de la merde, en fait...

Ceci dit, du coup, tenir ce blog que je délaissais, non à cause d'une vie trépidante ou de projets à mener (les obligations qui nous retiennent, Clopin et moi, auprès de Mamie nous empêche tout projet de voyage, même à court terme), mais par lassitude et parce que je suis moi aussi dans une drôle de période d'attente : encore 32 mois avant ma retraite, mon "élimination des cadres", tenir ce blog, donc, me redevient une tentation : je pourrais y consigner non seulement mes habituelles divagations mais aussi tous les signes, même les plus ténus, de cette lutte qu'il faut désormais entreprendre (à moins d'être sourd, muet, aveugle et cul-de-jatte, on ne peut guère nier qu'il faut désormais, jour après jour, défendre des valeurs qu'on ne croyait pas voir ainsi remises en question, puisqu'elles sont universelles, au fond. Mais voir la mappemonde ci-dessus !)

 

Alors, aujourd'hui, la première pierre (mais c'est déjà un trop grand mot, disons, caillou, fétu, poussière) que je veux poser sur ce blog pour témoigner de ce que je tente de faire, si dérisoirement, dans le tourment de l'époque,  vient d'un SMS du fiston : Riad Sattouf vient signer la semaine prochaine à l'Armitière.

 

Index 2

J'ai découvert Riad il y a une dizaine d'années, grâce à sa colonne hebdomadaire dans Charlie Hebdo. J'ai instantanément, non pas "été séduite", mais "appelée" : il s'agissait de petites vignettes qui racontait des histoires vues dans le métro. Le rapport complètement hallucinant -et d'autant plus hallucinant qu'il était d'une banalité admise par tous- entre parents et enfants, entre ados, etc. Les propos qui s'échangeaient, sur fond de provocations débiles, d'insultes grommelées, de vacuité intellectuelle- le tout servi par un dessin minimaliste à la Reiser. Moi qui vit aux champs, moi qui ai le plus grand mal à emprunter le métro parisien sans flancher devant la misère et la violence qui s'étalent là, la "vie secrète des jeunes" de Riad Sattouf était le regard auquel je me raccrochais, car ce type n'est pas seulement une éponge avec un crayon noué autour, c'est le témoin à la fois lucide, pertinent et bienveillant, oui, bienveillant, d'un monde en réalité catastrophique...

J'ai guetté les allées et venues de l'auteur. Son départ de Charlie (après les attentats, je lui ai envoyé un mail le suppliant de revenir, ne serait-ce qu'une fois, dans le journal anéanti), ses essais cinématographiques ("les beaux gosses" et "Jackie au royaume des filles" -des pochades, certes, mais toujours cette lucidité derrière), ses albums (histoire de mes dix ans)... 

J'admire tout chez ce mec, le dessin et la retenue dans la morale, le témoignage et l'implacable dérision. Sattouf, c'est l'anti-Houellebecq, pour moi, non parce qu'il serait "angélique" (tu parles) ou "de l'image" plutot que "du mot", mais parce qu'il y a une telle vérité dans le miroir qu'il nous tend que je me penche, fascinée,  pour tenter de regarder le monde à travers ses yeux  à lui. Ca tombe bien : il le dessine, le monde.

Et puis tout récemment il y a eu la parution du chef d'oeuvre : "l'arabe du futur." Instantanément un best-seller, et la raison du succsè mérité est ici évidente : nous sommes tant coupés, ous autres occidentaux, de ce qui se passe dans la tête de notre frère ou de notre soeur maghrébine (ou africaine, ou mettez ici tout ce qu'on ne voie jamais à la télé) que la bd de Sattouf fait le même effet qu'un voyage dans une terra incognita. Et le guide, c'est Ryad, le petit arabe aux cheveux blonds...

 

Bien sûr, on pense au "Persépolis" de Satrapi. Bien sûr, on sait depuis "Danse avec Bachir" que la bd est suffisamment expressionniste pour rendre compte des émotions humaines, mêmes les plus extrêmes. Mais je n'avais encore JAMAIS VU un livre où un fils donne à voir ce qui , pourtant, explique toute notre époque  : l'évolution de son père. Ce n'est pas Sattouf, c'est bien lui, le père,  "l'arabe du futur", qui dessine les mercédes (symbole absolue de réussite) avec des roues carrées (ce qui interloque l'enfant, parce que pour rouler...) .Enfin, lui, qui se voulait "l'arabe du futur"... Ah ! Le récit n'est pas achevé (et c'est un genre de récit qui ne s'achève jamais, puisqu'il s'agit de la recherche du temps perdu de Sattouf....) mais je voudrais tant savoir ce qu'aujourd'hui, ce pauvre bougre de père de Sattouf est devenu (et la mère, bon sang, la mère ! Cette française qui ne s'exprime pas autrement que par des revendications purement matérialistes, envie d'avoir des supermarchés et d'une vie plus facile, faire bénéficier à ses enfants de l'éducation française, mais qui, je ne sais comme Sattouf s'y prend pour faire passer ça dans ses dessins, a surtout été follement amoureuse de son père...)

 

Bon vous avez compris que j'aime et l'oeuvre, et le type qui sait faire ça.

Alors, première petite bataille gagnée : j'ai prêté à Clopinou et sa nouvelle copine les bouquins de Sattouf. Et je voudrais aller le voir à l'Armitière avec eux. Non que j'attende quoi que ce soit d'une séance de signatures, mais pour que Clopinou (et.)  et moi ayons partagé ça. Pour nous en souvenir...

 

Quant à Hollande, je serais lui, je me grouillerais de lui refiler la légion d'honneur, ou n'importe quel colifichet, à Sattouf. Parce que ce ne sera pas Marine Le Pen qui le fera, pour sûr.

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