âne

Ma soeur âne

J’ai toujours aimé vider les étables. Ca sent la bête, la paille, et aussi la merde, certes. Et puis c’est du travail, qui tire sur les bras. Mais l’odeur, l’odeur est infiniment rassurante. La merde, la paille, la bête : le chaud. Tout ce qu’il faut pour faire passer l’hiver, même le plus rigoureux, à un enfant nu. Qui était donc la lointaine aïeule,qui m'a transmis, de mère à fille, cette certitude ?

Ce mois de décembre-là, nous avions vidé l’étable de Dagobert, notre âne, Grand Noir du Berry, et de Nanette, la douce ânesse du Cotentin qui porte ses petits. Cela fait partie du Pacte immémorial qui lie les humains et leurs bêtes de somme : nos soins, contre leur force, leur patience, leur endurance aussi.

Dagobert possède tout cela, au plus haut point. J’aime cet âne, véritablement. D’abord parce  qu’il est splendide :1m 35 au garrot, un poil d’hiver, noir,  luisant, épais, le dessous du ventre blanc et doux, les yeux comme fardés d’un trait de khôl, un magnifique maintien et une robustesse qui lui permet de tracter aussi lourd qu’un cheval. Ensuite parce que cet âne a une absolue confiance en nous, au point  d’accepter de travailler la nuit, dans la neige ou sous des trombes d’eau, de franchir gués et ruisseaux d’un sabot assuré, de monter dans n’importe quel van sans broncher, du moment que ma main est posée sur son licol, et que Jean-Yves, le maître, dirige la manœuvre…

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