Espoirs et convictions

  • Par clopine
  • Le 30/01/2017
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(je me refuse à relire mon billet "je voulais écrire...", car je n'aurais certes ni la patience ni le masochisme pour continuer, si je commençais à chipoter avec moi-même. Poursuivons, puisqu'il n'est pas nécessaire de réussir pour perséverer.)

Je crois que j'ai été fort injuste en attribuant mon "désengagement" de la Fédé Anarchiste à mes seules convictions (montantes) féministes.

IL y fallait sans doute une vaillance que je n'avais pas, ou plus.

Oh, ce n'était pas de me lever à cinq heures du matin pour aller coller des affiches sur des murs où, à cause du gel, il était impossible de coller quoi que ce soit (ç ane tenait pas). Ni de me retrouver par des petits matins brumeux à la porte de telle ou telle usine, pour une distribution de tracts sitôt jetés que pris. Ou encore de délaisser les délices de la littérature pour les âpretés des obscures brochures politiques. Non, ce n'était rien de cela qui me posait problème.

C'est que je manquais de conviction. Les camarades anarchistes avaient entre eux un certain nombre de points communs, parfaitement repérés et décrits par Léo Ferré (surtout). Je partageais certains de ces traits, mais, outre que j'étais fille (et je suis persuadée qu'il n'y en a toujours pas beaucoup, chez les libertaires), j'étais différente. En ce sens qu'à 20 ans, je savais qu'il me serait toujours possible de gagner ma vie.

 

Pour mes camarades, par contre, ce serait toujours plus compliqué. Ma révolte innée contre tout ce qui peut ressembler à une violence disciplinaire n'était rien, comparée à leur révolte à eux, bien plus étendue, essentielle et soutenue par un orgueil (fort différent des vanités que j'ai pu, par la suite, recontrer trop souvent, hélas) qui leur tenait lieu de colonne vertébrale. Certes, leurs analyses politiques leur permettaient de comprendre de quoi étaient faits les rouages qui les emprisonnaient, eux qui étaient tous "fils de rien ou de si peu", qui, pour une raison ou une autre, n'avaient pu obtenir la résilience nécessaire pour "profiter du système", notamment éducatif. L'idéalisme des anars est sans borne. Leurs moyens, ridicules. Leurs passions, dévorantes. Et leur capacité à mettre de l'eau dans leur vin, nulle.

Avec ça, instantanément pris pour des fous dangereux, point à la façon des religieux radicaux dont nous avait fait récemment la si plaisante rencontre, mais pas trop éloignés non plus. Ce qui d'ailleurs était encore un attrait enivrant pour certains d'entre eux : le "romantisme "ruuse, le côté voyou d'une Bande à Bader, un radicalisme qui leur permettrait enfin de vivre (même de manière abrégée) au rythme de leurs tripes - voilà ce qui, au-delà de la simple raison issue des lectures et de la connaissance de l'histoire, les convainquait.

Et ce dont j'étais le plus loin possible. A cause, bien entendu, de ma naïveté fondamentale. Songez que je croyais presque, en ces belles années, qu'il nous suffirait de secouer le joug sexiste de la société pour accéder à une société enfin humanisée. Je croyais vraiment qu'il n'était pas question de réformisme en matière de féminisme, par exemple. Qu'on ne pourrait commencer à changer de paradigme qu'en transformant l'être humain.

Or, si le combat féministe était parfaitement légitime (et l'imparfait, ici, commande le soupir, car plus que jamais le féminisme doit s'exprimer partout), il n'arrivait pas cependant à transformer le monde - et surtout pas le monde capitaliste, qui avait une capacité d'absorption voisine de celle du python s'étirant à craquer pour avaler un mouton.

 

Rien ne semblait suffisant, d'ailleurs, pour le faire éclater, celui-là.

Si ce n'est, peut-être, l'écologie.
 

Nous y venons.

J'avais quitté la fédé anarchiste avec quelques convictions écologistes dans ma besace : d'abord concernant le nucléaire, bien sûr, qui ne pouvait s'apparenter qu'au Minotaure, monstre emmuré parce que fils apocalyptique d'une société étatique et d'un capitalisme énergétivore, ensuite la protection du monde sensible (je préfère ce terme à celui d'"environnement", qui fleure bon les ministères), ce dernier incluant évidemment la cause animale, ensuite par réaction contre les différentes objurgations du monde de la consommation.

J'avais partagé avec enthousiasme les combats féministes de l'époque - mais ils me semblaient avoir atteint certains de leurs buts, et avoir été récupérés d'un autre côté. E tpuis, pour tout avouer, plus j'allais, moins mon sentiment d'être l'égale de n'importe quel individu mâle n'était remis en question. Au contraire : les seuls mecs qui m'intéressaient étaient précisément ceux pour qui cette égalité "allait de soi".

 

Bien sûr, c'est le genre d'évidence dont on peut se méfier, car l'inconscient veille, et le mec le plus ingénument "féministe" peut avoir un inconscient bourré, lui, de préjugés. M'enfin, je devais bien reconnaître que ma qualité de femme ne m'empêchait nullement de rencontrer des compagnons qui ne se sentaient certes pas supérieurs, du fait de la possession de leurs divins attributs, à ma personne.

Et les écolos encore moins que les autres...

 

(suite à plus tard)

 

 

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