Initiales B.B.

  • Par clopine
  • Le 07/12/2016
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Lu dans Télérama l'annonce d'une pièce de théâtre : la Balasko dans Beauvoir. Ca va nous changer des "initiales B.B." de d'habitude, parce que ces deux-là, vingt dioux ! N'ont pas l'habitude de faire dans la sucrée et encore moins dans la robe Vichy (encore que, si l'on en croit cette peste d'Onfray, le couple Sartre-Beauvoir, bien loin du gauchisme qui leur est attribué, étaient des purs petits-bourgeois un tantinet collabos pendant la guerre, m'enfin, bref.)

 

Bon, Balasko dans Beauvoir, alors, en voiture Simone ?

Un truc m'interpelle, cependant : l'article parle du "monologue" de  "la femme rompue". Or, si mes souvenirs sont exacts, il y a trois nouvelles dans le recueil de "La femme rompue". Certes, un monologue : celui, monomaniaque et complètement hystérique, d'une femme solitaire exclue (pour des motifs que l'on devine relevant efffectivement de la psychiatrie) de sa famille, mari, enfant...

 

Mais il y a aussi l'histoire totalement pathétique d'une femme délaissée pour une plus jeune qu'elle, une femme qui ne comprend pas ce qu'il lui arrive puisqu'elle avait "tout bon" : cultivée, " à sa place", aimant son mari...
 

Et enfin l'histoire de la femme vieillissante sommée de ne plus exister, de s'effacer...

j'ai lu tout ça à 16 ans, et malgré l'ignorance totale des sentiments d'autrui qui était la mienne à l'époque (j'avais déjà assez à faire avec mes névroses adolescentes disons autodestructrices), j'ai été imprégnée à jamais des trois histoires.  Beauvoir se garde bien, évidemment, d'influencer le jugement du lecteur, mais sa pensée  transparaît par en-dessous : il s'agit d'illustrer à quel point  les dés peuvent être pipés dans la condition féminine).  Encore maintenant, et cela doit faire quarante ans que je n'ai pas rouvert le livre, quand je croise certaines  névroses féminines sur le net,  je pense aussitôt à la "femme rompue", à ces trois-là ensemble, quoi...

 

Alors, une pièce qui réduirait le livre à une seule de ses nouvelles me semblerait a priori aussi amputée  qu'un triptyque réduit à son seul panneau central.

 

Car il s'agit bien entendu des trois facettes d'un même destin - je veux dire, hystérique ou raisonnable, il faudra toujours s'effacer, et être toujours dupe - c'est le tranchant message de Beauvoir, aussi tranchant, net et métallique que la voix même de l'écrivaine.

 

 

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