l'aigreur de la madeleine (2)

  • Par clopine
  • Le 01/04/2016
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En fait, il s'agissait de jeunes gens qui, perméables aux meilleurs utopies de leur temps,  et sûrement poussés par de sérieux atavismes, refusaient l'ordre matriarcal. Celui des trente glorieuses : télévision d'état, aux forts accents gaulliens, et tables en formica, "plus propres". Mères aux plumeaux et aux idées conformistes. Couples indéfectibles, mais aussi divorces calamiteux, pour certains : en tout cas, de quoi rendre difficile, pour ces frêles jeunes gens que l'esprit du temps poussait en avant, à qui l'on demandait d'être sûrs d'eux, le passage à l'état d'homme...

Sur ce terreau commu, réduit au minimum; les affinités s'enclenchaient. Un Jim, un Clopin, un Dominique P., un Baudruche aussi : tous revendiquaient d'avoir autre chose à faire de leur vie qu'à la perdre en travaillant. Tous avaient en commun une vague vision hédoniste de l'univers, telle qu'elle s'épanjouirait ensuite, enterrant sous elle les idéaux collectifs de 68. Mais pour eux, cet hédonisme cédait le pas devant l'urgence à refuser la place sociale assignée. Ne pas manger tous les jours à sa faim, quitte, mais ne pas entrer dans les bureaux. Préférer résolument, aux soins de l'apparence, les acquisitions culturelles...

Le pire de tous, dans le genre, était bien entendu Jim. Capable de négliger son corps jusqu'à un point presqu'inadmissible pour le commun des mortels, s'il s'agissait de compléter sa discothèque. Clopin, lui, attiré par la frugalité écologiste (qui entrait en résonnance avec la solide parcimonie brayonne, toute droite issue de ses grands parents petits artisans) , commençait à rêver d'autacie. Dominique P. repoussait encore et encore ses limites de résistance au manque d'argent, avant de s'engager, presque par hasard dans la voie où ses solides qualités scientifiques allaient enfin s'épanouir...

Mais il y avait en commun, derrière tous ses parcours, comme une difficulté à faire entrer la gent féminine dans le rayonnement de leurs vies. La plupart n'étaient carrément et clairement pas intéressées. Et les Ophélie du temps, les rêveuses qui pouvaient être cependant, malgré le négligé, le manque d'argent, la saleté parfois et les idéaux disons nettement anticonformistes, marquer à ces jeunes gens de l'intérêt, leur inspiraient en vrai des craintes prononcées : peur d'être mangés tout crus, comme leurs pères, ou rangés, comme on range les balais dans le placard, ou tondus : or, ces jeunes gens tenaient autant à leurs cheveux qu'à leurs idées...

Je pense qu'en fait, tout a changé cinq ou six ans plus tard, avec l'apparition, enfin, de mouvements féministes radicaux, qui cherchaient tout autant à changer la vie, à déboulonner l'image des mères et à passer à la loupe les actes du quotidien que les jeunes gens en question cherchaient à tracer une voie qui leur fûr propre.

 

Mais le mal était fait : malgré la solidarité immédiate avec les revendications des filles, malgré l'intérêt que les mouvements féministes, et le terreau de revendications égalitaires qui les formait, pouvait susciter chez eux, il n'empêche que la méfiance était en réalité de mise, et un certain manque de spontanéité. ON leur avait asigné un rôle de mâle qui avait tout du prédateur. Ils voulaient bien se rogner les griffes, certes, mais n'étaient pas sûrs,ainsi, d'assouvir véritablement leurs appétits...

 

Ce sont ces sept ou huit ans qui ont séparé la génération des Jim, CLopin, et autres, de  ma génération, qui explique en grande partie le mouvement qui pousse certains de ces aniciens jeunes gens à venir, encore maintenant, frapper à la porte de Clopin. Ils ne savent pas qu'en réalité, derrière cette porte, je suis là : ma simple présence est inhibante, pour eux qui ont tant besoin, quarante ans plus tard, de se plaindre. Devenus pères, et à leur tour divorcés, ils se sentent dupes, et cherchent auprès de Clopin comme une résonnance à leur désarroi : n'était-il pas affublé, peut-être de la manière la plus significative de tous, d'une mère "impossible", castatrice et régnant sans partage sur un océan  d'objets, qu'il convenait de passer sa vie entière à entretenir ?

 

J'ai bien écouté Clopin expliquant à Dominique P. que, certes, il aurait pu passer sa vie sans un sou, libre d'aller et de venir, accumulant expériences et promenades, nez au vent... Mais, à la naissance du premier enfant, Clopin a choisi d'assurer la sécurité matérielle. Certes, quelque part, sa mère en lui gagnait. Mais il n'était pas perdant pour autant, enfin, ce me semble.

 

Ce qui par contre me pose question, c'est ce que vont devenir les fils de ces pères-là. Dominique P.  n'est pas loin d'un discours mysogyne digne des années 50, et le moins que l'on puisse dire est qu'il ne retient pas ses chiens. D'autre part, ce bingt-et-unième siècle dégouline de la violence faite aux femmes, dont le sort est devenu l'enjeu d'invraisemblables barbaries...

 

Que deviendront les fils des vieux potes de Clopin ?

 

(suite plus tard)

 

 

ant

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