L'aigreur de la madeleine...

  • Par clopine
  • Le 30/03/2016
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La récente visite de Dominique P., dimanche dernier, me turlupine... Encore, me direz-vous ? Il ne s'agit pourtant que d'un vieux pote de Clopin, dont le chemin s'était écarté depuis longtemps, et qui a souhaité reprendre contact. Finalement, suis-je même véritablement concernée ?

Et pourtant, je tourne encore autour de cette visite, à cause des sentiments pour le moins mélangés qu'elle a provoqués chez moi, et surtout parce que j'ai eu comme une impression de redite, de déjà vu.

Ce n'est pas la première fois, en effet, qu'un "vieux copain", divorcé, accompagné d'un fils, vient rendre visite à Clopin. Pas la première fois que je ressens cette sorte d'étonnement mêlé de tristesse, devant ce qu'un père peut laisser échapper, devant son fils, d'humeurs aigres, de petits jugements mysogynes, de mouvements de révoltes amers... Dominique P. est bien trop cultivé et intelligent pour "passer la mesure" - mais il y a quelques années, un autre, disons un certain JF, a également franchi notre porte - et celui-là était si bête, et si catégorique dans des propos accablants, sans qu'il s'en rende compte, qu'il n'avait pas fini vraiment la soirée. Disons que j'avais commencé sérieusement, au bout de deux ou trois heures, à me demander comment j'allais poliment le mettre à la porte...

Je ne supportais plus que cet homme, devant son gamin d'une douzaine d'années, cherche une sorte de complicité avec Clopin, sur le thème "la mère est une salope".  Je n'avais aucune envie de juger ces propos, ni sur la forme, ni sur le fonds. Je voulais juste que l'enfant, qui était AUSSI le fils de cette mère, donc, arrête d'entendre ça. J'avais fini par interpeller JF, en lui rappelant que cette "salope", il l'avait suffisamment désirée pour lui faire un enfant... JF était d'ailleurs lamentable dans son argumentation. Il brandissait, comme justificatif à ces termes insupportables, que c'était "la vérité" : et puisque c'était "la vérité", son fils était bien entendu tout-à-fait apte à l'entendre... En grattant un peu, on se rendait d'ailleurs compte que la saloperie en question, (outre le fait de s'être barrée, mais là, franchement, je me sentais comme une solidarité qui montait, qui montait...) étiat surtout, de la part de cette mère, d'oser réclamer une pension alimentaire au père. Celui-ci tempêtait devant Clopin : "moi je veux bien le garder à la maison, le gamin, vu que je suis quasiment en autosuffisance, mais pas question de payer quoi que ce soit, de toute façon je n'ai pas de boulot, pas l'intention d'en chercher  et pas un rond, alors, elle peut toujours courir cette salope, mais tu te rends compte, on ne me le laisse pas garder, y'en a vraiment que pour elles, alors moi je me suis inscrit à l'association de défense des pères" ... Etc., etc.


 

La nausée m'avait prise, devant un tel étalage de naïve mauvaise foi, de roublardise sur fond d'"amour paternel", de sales confitures tournées, dont on dévissait les couvercles ce qui répandait du fiel dans toute la  pièce  : un amour paternel qui ne prenait même pas en compte les oreilles grandes ouvertes du gamin, impassible sur son coin de banc, et qui entendait ce déluge. J'avais fini, d'autorité, par emmener le môme dans l'autre pièce, devant la télé : n'importe quelle chaîne, même Gulli et ses pubs toutes les cinq minutes, valaient mieux que les paroles de son père sur sa mère. Et je m'en foutais bien que l 'autre malade soit convaincu que, ce faisant, je misse à nu ma (probable) propension à accepter le monde consumériste auquel lui, n'est-ce pas, savait échapper, et que je rejoignisse ainsi les rangs de toutes ces femmes insupportables et incapables d'accepter de "vivre autrement". Je l'emmerdais, ah ça oui, ce soir-là, je l'emmerdais ce sale type, et je me jurais que jamais plus il ne franchirait ma porte. Qu'il emporte sa "vérité", ses certitudes, sa mesquinerie et son besoin de miroirs flatteurs avec lui... Et son pauvre pré-ado, qui allait aborder les rivages incertains de la puberté avec les oreilles pleines d'injures aigres sur les femmes, sur sa mère...

 

Pourtant, et même si, dimanche dernier, nous étions loin de ce lamentable cirque (mais dans le fond, il y avait un peu de ça quand même...), ce qui me tourmentait un peu, c'était le pourquoi. Je veux dire : pourquoi ce genre de types viennent-ils voir Clopin ? En vertu de quels souvenirs, de quel passé ? Très honnêtement, je n'ai jamais entendu Clopin revendiquer ce genre d'attitude, vis-à-vis des femmes ou de la paternité. Oh, certes, il est parfaitement capable de se plaindre de ce que Bazin appelait "le matrimoine", ou bien de déraper, devant Clopinou, en me qualifiant d'épithètes point toujours flatteuses (c'est un euphémisme). Mais jamais jusqu'à ce type d'aigreur malsaine... 

Je pense qu'en fait, tout cela vient du passé, et précisément des personnalités des garçons qui, sitôt 68 passé, ont "remis en cause" le modèle consumériste qui leur était proposé. En fait, je crois qu'il y a eu une (courte) période - disons entre l'adoption de thèses écolos et l'apparition des grands mouvements féministes - période où Clopin a rencontré ce type de copains. Mais là je n'ai pas le temps de développer - je reviendrai, le temps de bien exprimer ce que je veux dire, et puis le temps d'examiner les points communs et les points de divergence.

 

En tout cas, cela fait partie de mon dossier secret : "comment concilier féminisme et écologie" ? Question qui peut paraître assez simple à résoudre, mais qui, d'après moi, est en réalité totalement redoutable...

 

A plus tard.

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