La haine aux champs, et de vieilles rancoeurs

  • Par clopine
  • Le 22/05/2017
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Ainsi donc, le récent scrutin a eu une autre caractéristique : celle de souligner le fossé entre citadins et ruraux, Parisiens et campagnards.

Ce n'est pas nouveau, notez, c'est même un des traits de notre pays, et à mon sens, c'est Balzac qui a le mieux traité ce thème - qui s'en est emparé avec le plus d'emportement, au point d'en faire une des plus fortes trames de son oeuvre romanesque.

Certes, depuis le 19è siècle, "tout a bougé" - et d'abord, les Parisiens de Balzac sont tous des provinciaux remontés d'une seule  génération, ce qui tend à s'estomper aujourd'hui. Même (et surtout) les moins considérables, les Lousteau, les BIrotteau, les Bridau - il n'est qu'à regarder les noms des villes de province peintes par l'écrivain : De Nemours à Issoudin, de Tours à Douai en passant par Alençon, les généalogies l'attestent : il y a un va-et-vient entre la province et Paris incessant,   dont  le moins que l'on puisse dire est que la province en sort stigmatisée.

Balzac souffle même sur les braises, à mon sens : prenez la motivation qui pousse le père d'Eugénie, Grandet (*), à régler la succession de son frère suicidé. Il ne s'agit ici ni de tendresse fraternelle, ni d'honneur, presque pas d'avarice. Ce qui pousse Grandet, c'est la haine du parisien, et l'envie de l'abuser, de l'entourlouper, de se venger sournoisement d'une supériorité blessante.

C'est dire si ces deux mondes-là ne se tendent pas la main...

Comment alors ne pas voir, dans le vote F. Haine d'aujourd'hui, si incompréhensible a priori, les relents de cette haine recuite et qui perdure, hélas ? Au mépris des uns, correspondrait  la vengeance sournoise des autres, d'autant plus violente qu'elle s'avance masquée par le rideau de l'isoloir...

Je ne sais ce que Balzac aurait dit de la situation d'aujourd'hui, ce pourrait être l'objet d'une étude : analyser cette France qui est la nôtre en se servant de ce que l'oeuvre de Balzac nous dit sur ce sujet, à savoir l'imbrication conflictuelle du monde citadin et rural. Enfin, si j'étais prof de fac ou encore Jean-Noêl  Jeanneney pour "concordance des temps", cela m'intéresserait diablement, mais à dieu ne plaise...

 

En tout cas,  à mon sens, il est plus que temps d'apaiser ce genre de situation -d'autant que la porosité du monde rural rend flou la limite entre le monde des uns et celui des autres - le territoire est parcouru en tous sens, il est même débité désormais par bouts entre plusieurs protagonistes qui s'en déchirent les parcelles, comme le montre avec tant de sensibilité et d'intelligence Ariane Doublet dans son dernier documentaire ("documenterre" !) "la Terre en Morceaux".

C'est de l'égalité que peut provenir la paix sociale, à mon sens - et c'est l'objectif prioritaire que devrait se fixer le gouvernement, s'il veut extirper la haine des champs...

 

(*) : pas pu résister à cette virgule, qui primesaute le titre trop fameux...

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