La perte la plus grande...

  • Par clopine
  • Le 08/07/2016
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Les incomparables bavards que sont les êtres humains

 

(et je me sens, ces jours-ci, si profondément humaine que cela me dégoûte. Je voudrais tant être mon chat, arriver le matin par la fenêtre restée ouverte, vernir me lover dans des bras ensommeillés et, soupirant d'aise et de confiance, entamer un ronronnement régulier, qu'avoir une conscience humaine me fait l'effet, au contraire, d'être réduite à une patte exorbitée ponctuée de griffes entièrement dégainées)

se sont bien entendu posé la question de ce qu'est la plus grande perte possible, pour eux.

la vie semble la réponse la plus plausible...

Et les romantiques (j'entends ce terme depuis Chrétien de Troyes, n'est-ce-pas, en visualisant Iseult droite assise sur son cheval, en route vers l'ordalie où elle s'apprêtait à mentir, pour ne pas trahir son amour de Tristan) répondaient d'un seul coeur "l'amour". La perte de l'amour plus cruelle que la perte de la vie..

Et puis il y a tous mes contemporains. De la perte de leur bagnole à celle de leurs clés, de l'amour-propre des footeux à la perte de la jeunesse, de la chute des cheveux à leur rétrogradation dans l'organigramme de leur boîte, de l'incendie de leur baraque à la moisissure de la tranche de jambon oubliée dans le frigo, la frivolité des morifs des pertes semble infinie.  Sans compter ce que ma mère appelait pudiquement (quand elle en parlait, ce qui a dû lui arriver deux fois en tout devant moi) "les pertes", celles qui cautionnaient le péché originel et les souffrances des accouchées.

 

Mais plus rien de tout cela ne semble  maintenant me concerner. Ni les affections, ni les sentiments, ni l'appétit de vivre, ni les nourritures terrestres, ni même la conscience de soi.

 

La seule perte qui se dresse désormais devant moi, comme un mur qu'il va bien me falloir franchir un jour, c'est la perte de l'envie d'écrire.

 

Car si je peux mentir, il m'est si difficile de mentir en écrivant. Il me semble qu'en filigrane, derriière tous les mots heureux que j'emploierai, ce ne seront plus, désormais, que les lettres qui forment le mot "amertume" qui seront lisibles.

 

Notez bien que Pessoa en a fait des chefs d'oeuvre !!!

(mais justement. Je ne suis PAS portugaise, et quelle ironie d'apparaître, dans cette spirale douloureuse, simplement et seulement  vêtue des si peu euphoniques y, r, b, a des lieux communs de  Bernay, ou du pays de Bray !)

ahahah.

 

 

 

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