déshérence...

Je me rends bien compte que ce blog est en déshérence, et qu'il devient aussi désert que l'Atacama. C'est que je suis confrontée au même problème déontologique que tous ceux qui utilisent cette drôle d'arme à double tranchant que constitue le net : à savoir, la déontologie...

Oh, certes, tant qu'il s'agit de vous et de vos petites histoires, c'est une  préoccupation  du même type que celle qui se joue, tous les jours, avec  votre miroir  : suivant  le souci de l'apparence que vous risquez de  donner de vous-même, (et, en ce qui concerne le net, il s'agit tout de suite d'être sous le regard  d'un nombre important de personnes, pour la plupart de parfaits inconnus et qui le resteront...), vous recourrez plus ou moins lourdement aux artifices du maquillage. Perso, j'ai résolu le problème en tournant carrément le dos au miroir - ce qui ne m'empêchera pas d'être en butte aux accusations spontanées et bienveillantes d'egocentrisme, d'exhibitionnisme, etc.

Tant qu'il s'agit de vous, tout va bien cependant, malgré l'implacable cruauté du web. Mais quand il s'agit des autres...

Le silence ne peut que s'installer peu à peu, car la sincérité atteint ici ses limites. Bien entendu, il ne s'agit de "rien de grave" : mes proches, mes potes, toux ceux que je croise ici ou là, sont tout comme moi installés dans une "normalité" qui exclut le registre de la révélation infâmante. Mais cependant, si l'on ne vit pas chez Disney, et si l'on veut que l'écriture "rende compte" de quelque chose, alors  il faudrait, inévitablement,  parler des tensions, des conflits, des appréciations et des "ressentis du vécu".

Et, de la même manière que mes lèvres sont prudemment scellées sur la partie professionnelle de ma vie, comment pourrais-je mettre en cause le moindre, même le plus légèrement du monde, l'un de mes proches ? je sais trop que la plus petite réticence n'est pas acceptée, que l'opinion négative est ressentie comme une gifle...

Et comment se contenter de dépeindre le rose bonbon de ma vie ? Peut-on seulement imaginer une palette de peintre, sans les gris, les noirs, les lignes du tourment, de l'effroi ou de la déception ?

Et comment se contenter de limiter ma vie à ma seule personne, alors que ce sont bien mes proches, ou mes lointains même, qui me constituent, tout autant que mes lectures, mes rêves, mon passé, mes regrets ou mes envies ?

J'aurais pu raconter sur mon blog des accidents et des ruptures, des soirées et des invitations, des conversations et des confidences,  bref, ce que j'ai vécu avec le parfum de  la Vie des Autres. Des soirées passées à chanter et des réunions familiales. Des nourritures terrestres et des dépenses imprévues, venant grever mon budget. J'aurais pu vous raconter mon dentiste et la fête Brévière, les balades et les soirées d'été,   les attentes déçues, les cris et les reproches, les frustrations et les victoires...

Mais je ne m'en sens vraiment pas le droit. La vie, ma vie, devient trop courte et trop grave pour que je me risque à blesser qui que ce soit, ni à "révéler" quoi que ce soit...

C'est la limite du blog, et je l'ai atteinte.

Alors, quoi ?

Ceci, peut-être :

L'écoute, sur la cinq hier au soir, d'Onfray jugeant Mélenchon. J'aurais pu, avant même qu'Onfray s'exprime, parier sur ce qu'il allait dire : reprocher à Mélenchon son "jacobinisme" - cependant, entendre Onfray déclarer benoîtement "je suis un Girondin" m'a fait le même effet que, jadis, ces communistes repentis qui tentaient néanmoins de se justifier en se déclarant "léniniste, pas staliniste". Ou même "marxiste, mais pas communiste"...

Onfray a beau jeu de se déclarer Girondin, puisque la Gironde n'a jamais exercé le pouvoir dans la durée. Certes, leurs idées étaient sans doute plus généreuses, plus intelligentes, moins destructrices que celles de Robespierre - qui ont débouché sur la Terreur... Mais que seraient-elles devenues ? On sait aujourd'hui que les pogroms, le goulag et autres réjouissantes perspectives se profilaient toutes entières dans le programme de Lénine (qui, simplement, n'avait pas prévu que ce serait le camarade Staline qui allait utiliser toutes ces armes... A son profit...). Que, dans Marx, à côté de la lucidité et de l'intelligence qui présidaient à son décorticage des forces en oeuvre dans l'histoire humaine, il y a en germe l'idée de la nécessité de la domination... Alors, la Gironde, toute belle qu'elle soit...

Mais c'est le tour de passe-passe d'Onfray. Il y a quelques années, c'était Nietzsche qui lui servait ainsi d'auto-justificatif. Onfray est passé du domaine des idées à celui de l'histoire, mais, même si je crois qu'il est plus sincère que ce qu'on dit de lui, c'est nénmoins un boni-menteur !

Autre chose :

J'étais ce samedi à Flamanville, à une manifestation anti-nucléraire. Pluie de grêle à terrifier l'australopithèque lambda, (qui du coup aurait inventé la religion et se serait instantanément mis à genoux), pile poil au moment où la manif s'ébranlait. Mais le zef (et le vent, en Cotentin, est particulièrement efficace) a séché nos vêtements, et au final j'ai passé une excellent journée, avec ce contentement du devoir accompli qui anime l'âme militante...

Flamanville 1

 

Pendant la marche, je me souvenais de toutes les manifestations anti-nucléraires auxquelles, depuis 40 ans, j'ai participé...

 

Flamanville 3

 

En fait, je suis arrivée à l'écologie par des chemins différents de ceux de Clopin. Ce dernier a été tout de suite sensible aux argumentaires écolos, à la candidature de Dumont et à la mouvance issue du Larzac, de Lanza del Vasto en passant par Pierre Rabhi.

Moi, j'ai été antinucléaire parce que libertaire. Et libertaire parce qu'ayant reçu, cooptée par des profs trostkystes de mon lycée, des cours d'éducation politique  - histoire de la révolution française certes mais aussi la révolution russe, les différentes pensées du 19è siècle, les mouvements ouvriers, l'histoire du syndicalisme et les répressions sociales, Rosa Luxembourg et Proudhon... Avec l'intransigeance des très jeunes gens, seul le jusqu'auboutisme anarchiste me semblait représenter l'espoir et la suele pensée intelligente  à appliquer. Autogestion et fédéralisme, féminisme et révolution, quoi ... Et du coup, la société nucléaire, fortement étatisée, se dressant sur le silence et la nécessité d'un ordre policé, me paraissait le signe même de cet hexagone exécré...

Je me surprends aujourd'hui à apprécier de payer des impôts, à considérer que la tutelle de l'Etat est la seule garante des droits fondamentaux et la seule  capable de protéger l'lintérêt général des intérêts particuliers, bref, je ferais frémir d'horreur la libertaire que j'étais... Mais quand j'entends les profondes désillusions du Clopinou (qui comprend peu à peu les rouages, notamment économiques, du monde moderne et qui en ressort accablé, malgré ses 20 ans...) je préfère encore avoir eu le panache de rêver d'un monde autre à 20 ans, plutôt que d'avoir tout compris tout de suite...

Voilà ce que je peux encore écrire sur ce blog. Et puis  vous parler de nos animaux, bien sûr : eux, jamais, ne m'en voudront d'une parole maladroite. Ils sont trop bien pour ça...

 

 

Commentaires (3)

clopine
Georges disait surtout "d'accord, mais de mort lente"... Merci Gina, de comprendre si bien mes scrupules et mes doutes...
gina
  • 2. gina | 13/10/2016
Chère Clopine, je crois qu'il devient de plus en plus délicat de confier nos craintes, nos espoirs, nos analyses sur les blogs, sans courir le risque d'en subir les effets venant d'ici ou d'ailleurs. L'époque n'est plus aux dires " libertaires ", contestataires et autres formes de rébellion qui nous animent et nous font bondir d'indignation. Non seulement, nous courons les représailles venues d'on ne sait où mais, également, notre famille et nos amis. J'ai lu sur Facebook que certains internautes, pour avoir tenu des propos qui n'ont pas été du goût de personnes en contradiction, s'étaient retrouvés avoir de sérieux ennuis. J'en reviens toujours à ce qu'écrivait le bon Georges : " Mourir pour des idées, d'accord oui mais lesquelles " ! Amitiés. Gina
Clopine/pc J-P AMETTE
  • 3. Clopine/pc J-P AMETTE | 11/10/2016
Ce que vous dites à propos dr votre blog est vrai pour les écrivains et leur famille!

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