Léonard de Wiki

Emission sur Virginie Despentes, sur France Cul, ce matin.

 

Le drôle, c'est que je me suis endormie hier avec  'l'illustre Gaudissart" ouvert sur mes genoux (en liseuse !) , en trouvant le dialogue entre Gaudissart et le fou plutôt  raté, et même franchement raté. J'ai aidé mes paupières à s'alourdir  en divaguant  là autour : le quiproquo entre l'homme "sensé" et le "fou" avec évidemment renversement des valeurs, (le plus fou  n'étant bien sûr pas celui qu'on croit), ça donnerait quoi, aujourd'hui ? 

  Evidemment,  ça ne pourrait donner "quelque chose" que si on travaillait un peu et la sociologie aliéniste, et l'écriture : mon sommeil est devenu coupable  une fois de plus, puisqu'il m'a prise dans la conscience de tout le temps que je perds, au  lieu de m'atteler à ce pourquoi je suis douée et qui m'intéresse : la littérature...

Bref. N'empêche que "Gaudissart", avec cet ego hyperdimensionné, est  un tel "type" de l'aliénation moderne à la marchandise,  que Balzac a fait preuve, là, d'anticipation, à mon sens.

Et voilà qu'une fois la nuit passée, dans un petit matin au ciel d'un bleu intense, à l'air frais et léger, un de ces matins de mois de mai où l'on voudrait être une oiselle,  je mets  la radio,  et boum ! Le journaliste de France cul,  avec cette sorte de jubilation dans la voix qui trahit celui qui sait qu'il va étonner, surprendre, et briller par surcroît, compare justement Vernon Subutex, le héros de Despentes, à....  Gaudissart ! Coîncidence.... 

Plus précisément, il mettait sur le même plan la "statue de Gaudissart" érigée à Vouvray avec la "page facebook" soi-disant créée par Vernon Subutex ; il voulait souligner que les héros littéraires échappaient parfois, ainsi, à leurs créateurs, et se carapataient dans l'existence réelle... Et qu'une page facebook vaut bien, de nos jours, une statue d'hier.

Gaudissart

 

Je n'en suis pas si sûre. Oh, je ne mésestime pas du tout le profond bouleversemet que la technologie informatique a produit sur nos vies (et sur la mienne en particulier). L'honnête homme de jadis ne peut que s'incliner bien bas devant ce qu'il faut nommer, faute de mieux, la "mise en commun des connaissances collectives", c'est-à-dire la montagne, l'Everest, l'infini cosmique  de savoirs désormais accessibles au premier internaute venu. Nous sommes tous des petits Léonards de Wilipédia, en quelque sorte, et ce n'est pas sans tout bouleverser.

Mais le rapport entre la statue de Gaudissart et la page facebook de Vernon Subutex n'est pas aussi limpide que cela - parce que le héros de Despentes n'est pas fier de lui, qu'il utilise internet pour se cloîtrer, qu'il en profite pour se mettre sous le boisseau, en quelque sorte (tout comme votre servante, en fait).

La page facebook de Subutex n'est qu'une addiction parmi d'autres. Que Despentes soit pleine d'indulgence pour les addictions est soulageant, sans doute, mais le fait est cependant là : on n'en sort pas grandi. Il y a une certaine veulerie à préférer l'éphéméride à la durée, l'immatériel à la sculpture, l'inconsistant à l'âpre bagarre du réel.

 

Mais peut-être est-ce cette foutue culpabilité, dont je faisais état plus haut,  qui me fait parler ainsi. Je pense aux heures perdues chez Assouline. Non à cause d'Assouline, qui reste pour moi un "mec bien", surtout par la précision de sa posture : il est avant tout un homme méditerranéen, le sait, l'assume, et cela lui suffit. Mais à cause des trolls qui empoisonnent la République des Livres, et auxquels j'ai, de manière aussi insensée que Gaudissart achetant le vin d'un fou, conascré du temps bien trop perdu...

 

 

 

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