Pas pied (identité ?)

Je ne l'ai exprimé qu'à ma grande soeur, mais mon agacement n'est pas loin d'être universel. Pourtant, ce n'est pas "mon genre" de fustiger pour  un motif qui, finalement, est léger... Mais justement : c'est un  peu de "genre"qu'il s'agit.

Sans doute est-il très humain de "se venger", d'autant plus s'il s'agit plus d'une simple moquerie, d'un petit pied de nez, qu'une réelle volonté de blesser l'autre. Mais cependant, le peu de subtilité de ceux qui m'infligent, soit sans le savoir,  soit en le sachant, la petite piqûre de rappel concernant mon nom, (c'est-à-dire, en fait, mon identité) me saute aux yeux à chaque fois.

Car oui, c'est vrai, je suis mariée, devant Monsieur le Maire et deux témoins, et j'ai signé "le parchemin" honni par Brassens. Ce qui a dû prendre, allocution du Maire comprise, environ dix minutes. 

Quand on m'en parle, je réplique généralement que certes, je suis mariée, mais si peu, qu'on ne saurait en faire état sans se tromper sur mon compte...

J'ai hélas l'impression que personne ne me croie. Ni celles (elles sont plus nombreuses qu'on ne croit) pour qui le mariage a été un aboutissement ou un commencement. Ni celles qui n'ont pas trahi leur célibat.

IL aurait fallu que j'aie la certitude de vivre dans une société affranchie de tout son poids de patriarcat, de tout son machisme, de toute idée de bien à transmettre, pour éviter la question. Or, la société dans laquelle je vis ne correspond en rien à mes idéaux. La réalité étant têtue, c'est  sur le conseil du notaire que nous sommes, Clopin et moi "passés à l'acte", juridiquement parlant. Brassens, lui, n'avait pas d'enfant  (et encore moins de deux lits différents !)

Mais je ne me sens pas mariée. La lecture du "deuxième sexe" a été déterminante pour moi  : fonder une vie commune sur un serment, c'est surtout "rentrer dans le rang", ne plus poser problème, ne plus être 'autre", ne plus être "soi".

Mon opinion sur le mariage n'a donc pas changé, et pourtant : malgré mon sursaut, on me parle de "mon mari", on semble même m'en féliciter...

Pourtant, je peux agiter mes mains devant mes interlocuteurs : ils n'y verront aucune bague. Je peux leur montrer mon courrier : on m'y appelle du seul nom que je me connaisse, certes celui de mon père, mais pas celui de mon compagnon. J'ai dû, à deux reprises, envoyer un courrier à l'administration fiscale, qui s'obstinait, ben tiens, à m'appeler du nom de Clopin... J'ai obtenu gain de cause. Mes bulletins de salaire en font autant, ainsi que la sécurité sociale.

Pas de photo au  mur, pour commémorer "l'évènement". Nous aurions voulu, Clopin et moi, ne le dire à personne - mais dès le lendemain, un "bon copain" du Clopinou a été lui raconter. L'enfant fut, à l'époque, fort mécontent d'avoir été tenu dans l'ignorance : c'est qu'il devenait, l'horrible mot, "légitime"...

Je trouve que ceux qui m'apprécient devraient tenir compte de ces signes, ou plutôt de cette absence de signes, qui entourent mon statut légal. Et parler de "mon compagnon" plutôt que "mon mari"...

Quant aux autres, l'espèce de sourire narquois qu'ils arborent en parlant de mon "mariage" (décidément, je ne m'y fais pas !)  est le signe de la connivence qu'ils entretiennent, autour de ce sujet là comme de tant d'autres... la bonne conscience de ceux qui veulent que vous leur ressembiez...

 

Je devrais prendre cela comme un exercice de mortification salutaire : tu te crois différente ? Je te rappelle gentiment que, malgré tes grands airs, la gourmette  sociale qui pèse à ton poignet n'est pas un bijou, mais une menotte, même si elle te protège...

Madame.