VERTU ATHEOLOGIALE

J'éprouve, comme Fontenelle sur son lit de mort (mais je suis encore vivante, hélas...), une telle "difficulté à vivre" en ce moment, que je tente par  tous les moyens de  trouver des ressources. Comme ce ne sont pas mes contemporains qui semblent pouvoir m'en procurer, il faut donc que je descende, que je creuse, que j'exhume de moi-même ce qui pourrait me permettre de retrouver ma belle aisance d'autrefois. Non que j'aie jamais été si  assurée  que cela, mais cependant : mes doutes étaient légers, relevaient de la spéculation intellectuelle, et n'étaient pas entachés de cette culpabilité qui m'étreint aujourd'hui, quand je  pense aux générations futures de l'humanité, et plus spécialement, évidemment, à nos enfants, à Clopin et à moi... 

Aujoud'hui, le poids est si lourd, l'avenir si sombre, et la Terreur si proche : décrire cet  espèce d'étau que je ressens est au-dessus de mes forces. Tout juste puis-je évoquer ce  monde où Trump est aux  manettes là-bas, Poutine en tsar ici, Daech à la Barbarie et  où la banquise fond, pour peindre mes appréhensions.   

Désolée d'être pédante, mais le doute s'enveloppe d'effroi, et le plus simple  serait donc certainement de se voiler la face et de ne rien dire, comme l'Agamemnon  de Timanthe : mais il y a le mot "pèse" dans le concept d'"aposiopèse" (ce qui signifie "ne pas pouvoir décrire l'affliction donc utliser des stratagèmes pour laisser la place à l'imagination..."). 

C'est là où pourrait pointer, oh, juste par le bout de son nez, le regret d'être athée : ni consolation, ni vertu ne s'offrent - a priori - à moi. La foi en un autre monde merveilleux  pourrait être aussi commode que le voile de Timanthe - mais je ne l'ai certes pas à ma disposition.

Quant à la vertu... Le christianisme a eu beau jeu de reprendre les quatre vertus platoniciennes,  "cardinales", (c'est-à-dire qui demandent des efforts personnels) et d'y ajouter,  parmi les trois vertus "théologiales" (c'est-à-dire tombant tout droit de dieu, boum gare là-dessous, rien à faire, pas à se biler, tu l'as ou tu l'as pas, c'est pas ta faute à toi, Lolita), l'espérance...

Qu'est-ce que je peux bien faire, aujourd'hui, de ce mot d'"espérance" ? Que peut-on "espérer" "de bon ? Que Juppé devance Le Pen, l'an prochain ? On n'a vraiment plus que ça, comme perspective ?  A part hausser les épaules, l'athée que je suis ne voit pas trop en quoi espérer...

Mais pourtant, je sursaute. Je ne vais pas me mettre à laisser l'espérance, à côté de la compassion, de l'hymne national et de la figure historique de Jeanne d'Arc, dans les seules mains des croyants, c'est-à-dire de ceux qui m'inspirent une vague pitié, quand ils sont sincères, et une vraie répulsion, quand animés de leurs croyances débiles, ils entendent régir le monde...

Il faudrait inventer des vertus "athéologiales", et placer l'espérance au premier rang d'entre elles. Seule l'espérance poosède  la fermeté de l'aiguillon, pour continuer d'avancer...

(mais en suis-je encore capable ?)

 

 

 

 

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