Plus je vais, moins je vais...

  • Par clopine
  • Le 29/11/2016
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Comme tous ici bas,  "plus je vais, moins je vais", certes - mais plus aussi je me durcis, me semble-t-il, dans mes goûts. Je ne suis pas la seule à avoir "de durs goûts et dégoûts", mais il me semble que PLUS j'affine mes manières de voir, (moins je me cherche de miroirs, comme je le faisais si désespérement lors de mon épouvantable adolescence, )  PLUS  je suis capable (oh, modestement !) d'analyser ce qu'on me présente, MOINS  je suis satisfaite.

Rassasiée, peut-être ? J'ai la chance d'être d'un pays où l'on porte très haut (encore,  malgré bien des tentatives de recul, et les prochaines attaques populistes prônant l'inculture seront sans doute les plus virulentes) les valeurs culturelles : du coup, j'ai eu à ma portée, au lieu d'un maigre buffet ou de ces étagères des magasins de l'Est durant l'ère soviétique  où trois boîtes de conserves s'entrechoquaient au milieu d'un grand vide, la carte étoilée et gastronomique d'un vieux pays débordant de culture.

J'ai pioché au hasard, en ai longtemps gardé un sentiment d'humilité, ne suis plus si sûre désormais, à connaître l'intense pédanterie qui éclate, (comme les pets foireux d'une bête à corne exorbitée, ici et là - et internet permet aussi cela :  frôler la vacuité des autres), qu'il faille m'en affliger...

Donc, grosso modo, je devrais m'accommoder de tout ce que j'ai pu grapiller, pour nourrir ma curiosité intellectuelle, qui ne s'est vraiment jamais éteinte.

Eh bien, non.

Je crois qu'en fait, cette curiosité était ma manière à moi de tenter de rencontrer les autres. C'est ce que l'on fait tous, non, avec plus ou moins de maladresse...

Mais les miennes, de maladresses, sont assez énormes dans le genre. Elles me font penser à ces copines que j'ai fréquentées dans le temps, et qui tentaient, louable initiative, de monter des formations théâtrales pour des publics démunis (chômeurs...).

L'idée était excellente, la démarche généreuse, le besoin défini (car le théâtre est aussi l'art d'apprivoiser l'éloquence, et c'est ce qui manque le plus à un chômeur...). Hélas. Les filles en question ont commencé par trouver une salle, et patatras ! Elles ont surchargé le lieu d'objets et de décorations de toutes sortes, censés "ouvrir l'imagination", comme un bateau renversé, des tentures, des gazes et des tulles... Bref, le même défaut, exactement, que pour ces "jeux de rôle" où les animateurs vous disent "tu es libre d'inventer ce que tu veux", mais où tu dois te couler, en fait, soit dans la peau d'un elfe ou d'un guerrier, avec codes encore plus définis et contraignants, ma parole, que les didascalalies d'une pièce de Beckett. Le contraire de la liberté...

Dans le "théâtre" des copines, personne ne pouvait apprendre à jouer quoi que ce soit . C'était devenu l'univers (oh, certes, très chatoyant) mental des copines, étalé là...

Un vrai cours de théâtre, c'est deux chaises, un rideau, une estrade, point.

Eh bien, plus je vais, plus il me semble que je devrais aller vers cette sobriété, mais qu'en réalité je surcharge mon espace mental de décorations inutiles. Ma parole, je ne peux plus lire un livre, voir un film ou même un tableau, sans commencer par le dépouiller mentalement de l'ego de son auteur,  et  je cherche une parole qui tiendrait "toute seule", à la fois réduite à presqu'elle-même et en même temps universelle ; plus mon armoire est pleine, moins je supporte les oripeaux de l'effet pour l'efffet.  e (sauf pour mon propre cas, ô fatuité de l'introspection !!!)

Mouais. Mes goûts devraient s'élargir : ils se restreignent. Je n'en suis pas encore à préférer à tout les redites, à repasser en boucle ce qui m'avait émue à 8,9 ou 10 ans, ou bien à renifler tout ce qui est contemporain du même nez d'une vieille dame qui ne jure que par le numéro 5 de Chanel, et trouve que tout le reste, ma foi, sent la vulgarité...

 

Mais cependant, cependant : plus je vais, moins je vais. Je suis un escargot qui se fait déborder par la coquille qu'il porte, qui a tant poussé, s'est tant développée, et prend désormais  tant de place que certes le refuge est devenu luxueux, mais l'allure, elle, s'est ralentie d'autant...

 

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