Réminiscences et temps qui passe...

  • Par clopine
  • Le 15/11/2016
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Le temps, qui vient un peu plus chaque jour me voler mes yeux, mes dents, mes cheveux, ma peau, laisse cependant, (sans doute en guise de signature), derrière lui, de plus en plus nombreuses, ces fameuses réminiscences  analysées par Proust. Enfin, il n'est pas, dans mon cas, question de viennoiseries (d'autant que je ne suis jamais allée à Vienne), mais de brefs "flashs",  qui me renvoient à des moments passés. pas forcément intenses, d'ailleurs, les moments en question, ni spécialement spectaculaires. Et je ne ressens pas non plus l'abolition du temps qui fit la consolation de Marcel...

Simplement, il est vrai que ces détours mémoriels me remettent, un bref instant, dans la peau de celle qui les vécut. Et il est vrai aussi que plus je vieillis, plus ces "flashs" sont nombreux, imprévisibles, et plus ils m'emplissent d'une sorte de nostalgie - pas à cause de ce que je fus, mais à cause de ce que je suis...

Si vous ajoutez à ce poids du temps, rendu donc encore plus lourd  par ces échappées où, d'un coup d'un seul, je peux  arpenter  telle rue de Prague, accrocher mon manteau à telle patère de l'école élémentaire d'autrefois, caresser le dos d'un chaton sous une haie de framboisiers, alors que ni le chat, ni les framboises n'existent plus que dans la douceur laissée sur la paume de ma main et le goût fondant de ma bouche d'autrefois, si vous ajoutez à l'âge qui multiplie mon passé le lent glissement vers une solitude que novembre souligne, accentue et, en quelque sorte, réfléchit, vous comprenez que la période n'est pas très facile à vivre.

Il est vrai que la solitude préserve de la bêtise : sauf de la sienne propre, et la mienne m'a toujours adressée son bon gros sourire niais et complaisant à la fois. Si je veux m'en dégager, si j'attrape ma liseuse, la bécasse s'avance encore un peu, et me pousse à ouvrir la télé, l'écran indigeste, le répertoire de lieux communs avec lesquels les conversations quotidiennes ventilent la vacuité des jours : "que veux-tu manger ? As-tu payé les impôts ?"

Il faudrait travailler, bien sûr. S'envelopper  de labeur, comme on met une couverture sur les épaules d'un accidenté... Bah. Je dis ça, et j'ouvre la télé... 

 

 

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