Billets de clopidoc

Combien de « T », dans Télérama ? Un, deux, trois ???

La journée d’hier, bousculée, tirée à heu et à dia entre plusieurs contraintes contradictoires, ne me laissait guère espérer être devant mon poste, à 22 h 05 pétantes. Pourtant, j’y étais, étonnée certes d’être là, avec un petit arrière-plan de remords (j’aurais d^u être ailleurs, certainement) mais bien décidée à en profiter !

Faisant partie de la grande tribu des « gouldeusiennes », j’avais tout pour être une téléspectatrice comblée. Une signature, Monsaingeon, évoquant un travail ému et rigoureux (je me souviens d’un Pablo Casals plus que pertinent).   Des archives inconnues, des citations provocatrices tirées du Journal de Glenn Gould (ah ! Les poils blancs de sa chienne sur son premier pantalon de concert !), et quelques rediffusions de Bach où le génie des deux hommes, l’auteur et l’interprète, vous empoigne comme un vent d’octobre, violent et suave à la fois…

Tout pour être heureuse…

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Ti'Punch, chien à câlins - 8/6/07

Bon. Il faut se rendre à l’évidence : nous n’aurons jamais de chien de ferme, comme on l’entend par ici, c’est-à-dire soit la pauvre créature hargneuse, s’étranglant à aboyer au bout d’une chaîne dès que quelqu’un pénètre dans la cour, soit, en version plus aimable mais faut pas s’y fier de trop près, en version « près de son maître », chien ne quittant pas d’une semelle le patron et n’accordant qu’une vague indifférence  au reste du monde.

Quant à avoir un chien à  moutons, il faut y renoncer aussi. Julot, notre aristocratique border-colley, avait beau descendre directement des premiers prédateurs, les loups donc, il ne faisait que fixer ses yeux jaunes sur les moutons, plein d’appréhension, et semblait à jamais incapable de les affronter. Ti’Punch, notre nouveau chien, un croisé border-labrador, développe certes un peu plus d’agressivité (grâce à moi, qui ai voulu l’habituer tout petit pour éviter l’échec julotien) . Mais à y regarder de plus près, il s’agit surtout, pour lui, de courir à fond de train, de tourner autour du troupeau en battant de la queue, de croire que si les moutons se mettent eux aussi à courir c’est juste pour jouer avec lui, de provoquer la brebis en charge du maintien de l’ordre et de revenir, quand cela lui chante, avec la langue rose et pendante de deux bons tiers, l’air étonné : « Comment ça vous m’appelez depuis un quart d’heure ? Comment ça je ne dois pas faire courir les bêtes ? Mais je n’ai rien compris, moi.. De toute manière je ne peux pas penser à tout et être partout, parce que je n’ai que quatre pattes.. »

 

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"Des racines et des haies" en DVD !

Pour commander le DVD du documentaire "Des racines et des haies" réalisé par Beaubec Productions

                                                                             

Ma soeur âne

J’ai toujours aimé vider les étables. Ca sent la bête, la paille, et aussi la merde, certes. Et puis c’est du travail, qui tire sur les bras. Mais l’odeur, l’odeur est infiniment rassurante. La merde, la paille, la bête : le chaud. Tout ce qu’il faut pour faire passer l’hiver, même le plus rigoureux, à un enfant nu. Qui était donc la lointaine aïeule,qui m'a transmis, de mère à fille, cette certitude ?

Ce mois de décembre-là, nous avions vidé l’étable de Dagobert, notre âne, Grand Noir du Berry, et de Nanette, la douce ânesse du Cotentin qui porte ses petits. Cela fait partie du Pacte immémorial qui lie les humains et leurs bêtes de somme : nos soins, contre leur force, leur patience, leur endurance aussi.

Dagobert possède tout cela, au plus haut point. J’aime cet âne, véritablement. D’abord parce  qu’il est splendide :1m 35 au garrot, un poil d’hiver, noir,  luisant, épais, le dessous du ventre blanc et doux, les yeux comme fardés d’un trait de khôl, un magnifique maintien et une robustesse qui lui permet de tracter aussi lourd qu’un cheval. Ensuite parce que cet âne a une absolue confiance en nous, au point  d’accepter de travailler la nuit, dans la neige ou sous des trombes d’eau, de franchir gués et ruisseaux d’un sabot assuré, de monter dans n’importe quel van sans broncher, du moment que ma main est posée sur son licol, et que Jean-Yves, le maître, dirige la manœuvre…

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Julot, le pré et les moutons - 5/3/06

II faut bien reconnaître qu'avec les meilleures intentions du monde, Saint-Exupery a beaucoup nui à la cause ovine : quelle idée, cette histoire de mouflet réclamant qu'on lui dessine UN mouton. UN mouton ! Quelle aberration! Même simplement dessiné sur le carnet d'un aviateur, c'est horriblement malheureux, un mouton tout seul ! (presqu'autant qu'un petit prince sans sa rose...)    N'importe quel berger vous le dira : une vraie vie de mouton, c'est, d'un, de I'herbe, de deux, dès qu'on lève la tête hors des touffes, la vision de l'autre, du semblable à soi, du tout pareil, en train de faire exactement la même chose que vous, au même moment. II n'y a que cela qui rassure vraiment. Hors du troupeau, point de salut. A la moindre alerte, il faut vite se serrer les uns contre les autres, le nez dans la laine et la bonne odeur de son voisin. S'il faut courir, courir ensemble, tous ensemble, quitte à sauter les uns par-dessus les autres comme des athlètes olympiques, au 110 mètres haies !

Donc, DES moutons. Voila qui est dans I'ordre des choses. Des moutons, un pré, et un chien, bien sûr.

A Beaubec, il s'appelle Julot.    

C'est un chien de berger, ce qui signifie déborder d'enthousiasme dès que la barrière du pré s'ouvre, s'élancer en prenant tout juste le temps, au bout de dix pas, de jeter un rapide coup d'oeil en arrière pour bien vérifier les intentions du maître (« C'est bien cela ? Je ne me suis pas trompé ? On va bien aux moutons ? » ), redresser fièrement son panache noir, dont le bout blanc viendra caresser son échine au terme d'un arc de cercle presque parfait, et débouler à toute berzingue, en traversant le pré à I'oblique. C'est un vrai bonheur : le vent aplatit les poils autour du museau, les muscles, les pattes, tout obéit à la perfection dans une course parfaite, et les moutons, comme un seul homme (évidemment), se rassemblent en une masse compacte, tremblante, prête à obéir...    

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