Fêtes donc.

Bien sûr, qu'on a envie de dire : "fêtes donc, après vous". Bien sûr, que je comprends l'exécration de Clopin, pour qui la période entre noël et jour de l'an est synonyme de problèmes : cadeaux, déjà, il ne faut pas décevoir ce n'est pas si aisé, ensuite susceptibilités des uns et des autres, et rappel que rien n'est simple et tout est compliqué, surtout dans les familles.

Pourtant il n'a pas à se plaindre : je m'occupe généralement de la majorité des trucs à faire, de la déco à la tortore, et je n'ai jamais pu priver, même dans les pires moments, les gamins des cadeaux, du sapin, des petites bougies et de l'air mystérieux que la baraque prend.

Cette année, pourtant, j'aurais pu m'en passer : les deux garçons, adultes depuis lontemps, ont définitivement "passé l'âge", et la nouvelle génération, si'l y en a une un jour, n'a pas pointé le bout de son nez...

Mais voilà : j'y suis allée encore plus que les autres années. Compensation inconsciente ? J'ai choisi le sapiin le plus gros du magasin, l'ai surchargé de trucs brillants, virevoltants, fragiles et bien niaiseux...

Bien sûr, je crois que je suis condamnée à officier ainsi jusqu'à ma mort. La faute à ma mère, très certainement, qui nous occupait de Noël comme on lance une bouée à un homme qui se noit. Je revois encore, une par une, toutes les pièces de la crèche... Je me souviens des noëls de ma toute petite enfance : le sapin était très dangereux, car on y plaçait de vraies petites bougies, engoncées dans des pinces métallisées, qui risquaient à chaque instant de foutre le feu à tout le bazar.

Je ne peux pas m'empêcher de regretter les années où "je n'ai rien fait". Où je haussais les épaules dédaigneusement, ou bien vitupérait contre la "consommation"...

Parce que, quand même : si vous retirez le bling-bling et le pognon, l'invasion électrique et l'artificiel, il vous reste et restera toujours ce moment si particulier de l'année, où tout est noir, froid, sans vie : au moins, mes petites lumières se reflètent dans les vitres qui me séparent de l'hiver.

C'est déjà ça.