Ma soeur Jane...

  • Par clopine
  • Le 08/03/2017
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En ce 8 mars, je dédie ce blog à Jane Eyre.

Vous allez me dire : "mais ce n'est qu'un personnage de papier"...

Vous allez me rétorquer : "et Monsieur Rochester ?"

Vous allez souligner : "Mais Jane, comme les autres, se veut héroïne  de son temps : bonne chrétienne, , vierge le soir du mariage,  repousssant l'adultère,   rivale des autres nénettes qui tournent autour de Monsieur Rochester, son prince charmant quoique moche et aveugle, et puis, quel dolorisme ! Comme on meurt facilement de privations, à Lowwod, en étant bien entendu un ange..."

Vous aurez raison.

Mais Jane, elle, ne meurt pas.

Mais Jane, elle, n'est pas "la plus belle".

Mais Jane, elle, gagne sa vie. Le livre n'est-il pas sous-titré "mémoires d'une institutrice" ?

Mais Jane refuse obstinément de partir faire la missionnaire au bras d'un beau pasteur.

Mais Jane, malgré toutes les conventions, toutes les servitudes de son époque, est pour moi une soeur : parce qu'elle n'est pas réductible à son sexe...

Mais Jane dit "je".

Nous sommes toutes des Jane Eyre. Pas celle qui admire le martyr de son amie tubarde. Pas celle qui se pâme devant l'aigri  Rochester. Pas la Cendrillon qui sera touchée par la baguette magique de l'argent...

Mais celle qui soupire après la liberté, et dont mes huit ans n'auraient su se passer, noyés qu'ils étaient dans l'insipide brouet réservé aux lectrices de mon âge...

"Jusque-là, le monde, pour moi, avait été renfermé dans les murs de Lowood. Mon expérience se bornait à la connaissance de ses règles et de ses systèmes ; mais maintenant je venais de me rappeler que la terre était grande et que bien des champs d’espoir, de crainte, d’émotion et d’excitation, étaient ouverts à ceux qui avaient assez de courage pour marcher en avant et chercher au milieu des périls la connaissance de la vie.

Je m’avançai vers ma fenêtre ; je l’ouvris et je regardai devant moi : ici étaient les deux ailes du bâtiment ; là le jardin, puis les limites de Lowood ; enfin, l’horizon de montagnes.

Je jetai un rapide coup d’œil sur tous ces objets, et mes yeux s’arrêtèrent enfin sur les pics bleuâtres les plus éloignés. C’était ceux-là que j’avais le désir de franchir. Ce vaste plateau qu’entouraient les bruyères et les rochers me semblait une prison, une terre d’exil. Mon regard parcourait cette grande route qui tournait au pied de la montagne et disparaissait dans une gorge entre deux collines. J’aurais désiré la suivre des yeux plus loin encore ; je me mis à penser au temps où j’avais voyagé sur cette même route, où j’avais descendu ces mêmes montagnes à la faible lueur d’un crépuscule. Un siècle semblait s’être écoulé depuis le jour où j’étais arrivée à Lowood, et pourtant depuis je ne l’avais jamais quitté ; j’y avais passé mes vacances. Mme Reed ne m’avait jamais fait demander à Gateshead ; ni elle ni aucun membre de sa famille n’étaient jamais venus me visiter. Je n’avais jamais eu de communications, soit par lettre, soit par messager, avec le monde extérieur. Les règles, les devoirs, les habitudes, les voix, les figures, les phrases, les coutumes, les préférences et les antipathies de la pension, voilà tout ce que je savais de l’existence, et je sentais maintenant que ce n’était point assez. En une seule après-midi, cette routine de huit années était devenue pesante pour moi ; je désirais la liberté ; je soupirais vers elle et je lui adressai une prière."

Oui, Jane, nombreuses sont celles qui, comme toi, ont  marché en avant et cherché, au milieu des périls, la connaissance de la vie. Et plus nombreuses encore seront-elles demain. 

 

 

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