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J'ai souvent eu peur, dans ma vie. Petite, je craignais à la fois les monstres et les insectes, les échelles trop raides et le loquet impossible à rouvrir de la porte des cabinets. Grande, le vertige ne m'a pas quittée, me bloquant dans l'escalier de la tour de Delft ou sur la  promenade au bord de la falaise d'Etretat. Mais j'ai cependant appris à distinguer les peurs vraies des fausses, les paniques des chimères et des appréhensions.

Et il est des peurs qu'il est assez facile de vaincre, de toute façon : celles qui, de tout temps nécessaires à la survie de l'espèce, sont causées par un danger réel ; il suffit d'ôter le danger, et la peur disparaît. La difficulté réside certes dans ce "il suffit", parfois malcommode à atteindre certes, mais le soulagement, lui, est facilement vérifiable.

Mais voilà que mes peurs changent, se modifient. Je n'arrive plus à identifier correctement, me semble-t-il, le danger. Il n'a plus une forme de gouffre, ou n'apparaît plus comme une énorme vague, à l'horizon. Il s'insinue désormais partout, dans le voile d'une jeune anglaise black de 17 ans, à la religion ostentatoire, dans le graffiti raciste de la cage d'escalier du parking, dans le sac posé sur le quai de la gare...

Plus cela va, plus c'est contre cette peur-là, et ce qu'elle peut engendrer, qu'il me faut me battre. Et je constate, là encore avec effroi, que la peur insidieuse ne peut laisser place à un franc soulagement : il reste toujours une ombre, celle de Charlie, et de tous les autres, derrière l'épaule...

En fait, on ne vainc pas cette nouvelle forme de peur : tout au plus peut-on arriver à l'effriter. C'est la seule manière de la combattre. Ne pas la nier, ne pas chercher à l'affronter directement, mais la démonter petit morceau par petit morceau, la réduire à chaque pas d'un infime lambeau. La circonscrire...

Effriter la peur, de cette façon-là, de cette seule façon-là : travail aussi minutieux que patient. Mais c'est le prix à payer de la violence éternelle...

 

 

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