Expérience contradictoire

Photos

La preuve est là : les gens ne voyagent plus pour regarder, mais pour prendre des photos... L' énorme erreur  que j'avais donc commise, en suggérant à Clopin une visite à Giverny en pleine Pentecôte, c'est-à-dire là où l'affluence est, de toute l'année, une des plus fortes, était donc source d'une expérience  pleine d'enseignement  : plonger  ce jour-là, en 2016, un photographe sur les terres de Monet (Money ?) , c'était l'exposer non seulement à une marée humaine, mais  en plus une armée humaine armée d'appareils photos.

De quoi être narquoise, moi qui n'ai JAMAIS pris de photos : pour une fois, le regard singulier était de mon côté, et non du sien. Partout où il braquait son appareil,  il était précédé  !  Aucune chance, apparemment, d'ajouter quoi que ce soit de pertinent ou de personnel  à ce raz-de marée d'images, toutes les mêmes, toutes tentatives de capturer quelque chose de l'ordre de l'universel : le jardin d'un peintre...

Les prospectus nous demandaient de "nous projeter" à l'époque du peintre, quand sa grande famille entrait et sortait de la maison verte, se répandait dans les jardins, pendant que la pièce d'eau prenait forme : mais comment faire, bon sang, quand le site est si peuplé qu'il faut toute la beauté des fleurs, le sineux des allées, les oiseaux présents, pour conserver une toute petite apparence de paix ? Certes, à Giverny, les enfants sont moins excités qu'au parc Astérix, et disons que tous ressentent la nécessité d'éviter les papiers gras par terre, les interjections sur fond de bonnes blagues - tous, ici, même se pressant, inévitables, sur le petit pont japonais, tentent de faire sourire leur âme...

Mais tous aussi cliquent à perdre haleine...

 

Images

 

Qu'allait donc faire Clopin ici ? Il existe une toile de Jérôme Bosch, "l'enfer musical" - nous n'étions pas loin, ici, d'une sorte de paradoxal "enfer des images". Pardoxal, parce que malgré tout, le jardin de Giverny est irréductible, et garde sa beaué - mais qu'est-ce que Clopin allait bien pouvoir faire de tout cela ?

J'eus la réponse assez rapidement :

SUITE !

Pendant que je m'asseyais dès que je  le pouvais sur les bancs verts , en me promettant de revenir, que je tentais, comme tout le monde, de deviner le nom de centaines d'espèces de fleurs croissant ici, que je ne pouvais m'empêcher de fermer les yeux, histoire d'échapper un instant  à la foule en me rémémorant  les tableaux du peintre, puis de les rouvrir en une vaine confrontation de l'oeuvre et de la réalité, Clopin, lui, gambadait dans le sociologique. Les allées de Giverny bruissaient du pépiement des oiseaux et des babils du monde entier, mais surtout  le   japonais (et pour cause...). Donc, Clopin photographiait ce qu'il y avait à voir :

 

Givenippons

prouvant ainsi que, quelque soit la circonstance, son regard est bienveillant (car ils sont charmants ces deux-là, n'est-ce pas ?)

Et puis, sur une suggestion qui a glacé Clopin d'horreur (j'avis exprimé mon intention de revenir ici, mais SOUS LA PLUIE, ce qui, pour un photographe, est à la fois un non-sens et un défi impossible à tenir), je l'ai vu changer, non son fusil, mais son appareil d'épaule...

Et voici donc l'exploit qu'il a réussi à tenir, horrifié à l'idée de revenir là sans pouvoir capturer, lui aussi, l'endroit (j'avoue qu'en fait, l'idée d'être exempte de ce réflexe grégaire ne me déplaît pas tant que ça, et que j'irai peut-être toute seule, finalement, voir Giverny sans le photographier !!!) : des images comme celles-ci :

 

Tulipes

Douanier rousseau

Bambous

ou envore cette fenêtre ouverte-là :

 

Fenetres

 

(comme quoi, de la contrainte, ici photographier Giverny SANS touristes) naît l'imagination !

Commentaires (1)

gina
  • 1. gina | 22/05/2016

Merveilleuses photos Clopine et tristes touristes qui ne voient que par l'intermédiaire de l'objectif.

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