intérieur jour...

 Si l'adhésion de Clopin  au Mucem a été immédiate, et s'est traduite par une cascade de prise de vues, comme celles-ci :

 

Ombres mucem 2

 

 Algerie ferries

 

Mon sentiment, lui, a été beaucoup plus mitigé : certes, ce musée flottant, caché  derrière le fort Saint-Jeanet   ne se découvrant  qu'au dernier moment, relié à la terre par de simples  passerelles,   comme  un bateau  tout prêt à rompre ses amarres en (re)partance pour l'Asie Mineure, est une prouesse architecturale, je le veux bien ... Mais c'est aussi un simple parallélépipède rectangle, noir,  massif,   abrupt, qui, par résonance, m'évoquait la kaaba de la Mecque. Et si le jeu infini avec la lumière et les couleurs de l'eau, du ciel, des pierres blondes du port et du ferry pointant vers l'Algérie  enivrait Clopin, j'y voyais, moi,  les ombres multiples et protéiformes de toutes les femmes soumises, derrière les moucharabiehs de l'enfermement. D'où léger malaise : certes, s'il faut parler de "culture méditerranéenne", sans doute tous ces éléments sont à la fois pertinents et "identitaires" -  et, en plein été, le patio ombragé doit être un vrai lieu de délices et de soulagement,  un recours contre l'intensité de la chaleur et des couleurs, mais cependant, je me sentais comme oppressée, mise en cage...

L'exposition permanente ne m'a pas convaincue non plus. Oh, on comprenait bien le propos : rassembler en un seul lieu de multiples exemples, géographiques, historiques, sociologiques,  des trois fondamentaux méditerranéens :  les céréales, le vin, l'olive... Mais, pour moi, rien ne surgissait de cette sorte  d'entassement hétéroclite  qui faisait voisiner une hutte grecque et un sarcloir marocain, une roue à aubes du troisième siècle et une moderne noria, rien qui aurait pu  améliorer ma compréhension de ce monde-ci... Heureusement, les expositions temporaires : Picasso et les objets du quotidien (la période Vallauris, surtout) et le colonialisme du 19è siècle en Algérie (via les cartes établies par les colons, et les documents qui étalaient, dans une splendide naïveté contente d'elle-même, les instruments de la domination française) ont, elles, tenu leurs promesses. Rien que pour elles,  j'étais contente d'être venue à Marseille...

Et j'allais l'être de plus en plus, au fur et à mesure de notre séjour. La visite au Mucem a été comme un palier, une marche qu'il m'avait fallu enjamber avant de pénétrer plus avant dans la ville la plus méditérranéenne que j'ai jamais visitée : et toutes les impressions négatives de mes premiers pas allaient bientôt céder la place à une sorte de sentiment très doux, un peu tendre même, qui allait enrober mon passage dans ces lieux...

 

(la suite à plus tard !)

 

Commentaires (2)

Al Ceste
Marseille, il y a quarante ans :

QUARTIER D’ÉTÉ

Le repas au restaurant de l’hôtel achevé, si la petite famille allait prendre le bon air du soir de Marseille, dernière étape des vacances ? Poussée par un reste de mistral, elle quitte donc le Vieux Port et, histoire d’éviter les sentiers battus de la Canebière, avance lentement au fil d’autres rues, étrangement désertes – on est dans le Midi. Le fox trotte devant, peu impressionné par la voix de son maître mais la truffe attirée par tout, vive les poubelles mal fermées et gare au matou qui traîne. Bébé le poursuit sur trois pas puis retourne embrasser sa mère en tunique indienne améthyste un rien épiscopale, sa couleur préférée alors.
Mais une rumeur de flonflons grandissante attire la petite bande, par zigzags de ruelles, vers les platanes d’une placette colorée de monde : couples attendris, jeunes gens entreprenants, enfants courant de stand en stand sous des guirlandes de lampions galopant d’arbre en arbre, de haut-parleur en haut-parleur. Ça y est, elle a encore trouvé une perle : une fête de quartier, de ceux qu’a peuplés la terre entière venue sur les mers pour le meilleur et le moins bon, de ceux où la peur de tout et de rien n’a pas encore chassé les noms des boîtes aux lettres, allumé ses caméras de surveillance et orné de digi­codes les chambranles des portes blindées à oeilleton. Elle a atteint un îlot de sons et de lumières surnageant dans la léthargie nocturne de ces centres de trop grandes villes où les banques, les fringueries et les cages à bouffe artificielle ont envoyé dépérir en banlieue toute une marqueterie de petites gens aux fragiles saveurs. Faute de manger à votre faim – et je ne parle pas que de la nourriture – mangez-vous les uns les autres, et en silence, s’il vous plaît.
À l’instant la compagnie aspire la famille, à l’instant les jeux l’accueillent : caresses des enfants pour le chien, pêche à la ligne pour Bébé, bourriche à soupeser pour Madame, quiz à trois sous pour Monsieur, animé par un jeune homme col pelle à tarte, cravate à fleurs et costard pattes d’eph. Il leur semble qu’ils n’ont jamais été d’ailleurs : pas de questions, pas de silences, l’enfant passe de bras en épaules :
– Tiens, il s’appelle Damien, comme moi ! 
– Oui Pépé, mais t’as combien de fois son âge ? 
Et pendant longtemps ça leur fera un souvenir tel un diamant : petit, rare, et beau.
daniele Achach
  • 2. daniele Achach | 10/05/2016
lu votre invitation sur la RDL
elle me touche et me flatte et je vous remercie de cette expression d'amitié et de confiance
ravie de la perspective de réagir à votre rencontre avec Marseille
je suis impatiente de voir si votre découverte du monde disparu de l'Algerie via le musée a bien rendu le caractere extrêmement stratifié et étanche les unes aux autres de sociétés qui s'y côtoyaient en s'ignorant
A bientôt
Danièle

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