L'appel à tartes (5)

Tarte N° 5, dite « comment creuser soi-même sa propre tombe ».

 

J’étais assez curieuse de savoir comment  l’organisation en  chef allait répartir  les quelques 70 participantes,  (les mecs présents étaient si peu nombreux que  j’ai audacieusement  décidé de surseoir, ici,  à la règle du masculin l’emportant sur le féminin, qu'il faudra quand même songer un jour à abolir de la Constitution)  dans  les six ateliers proposés.  

Cette répartition fut assez honnêtement menée, disons assez « impartialement » :  après avoir écouté l’énoncé, par  les  six écrivains oulipiens , des thèmes des ateliers que chacun d'enre eux proposait, il nous fallait en choisir  3 ,  et les hiérarchiser, du plus convoité au pis-aller, sur un petit papier carré distribué à cet effet à chacune d’entre nous, et dont les sommités s'empareraient par la suite pour organiser le tout.   

Mon choix numéro 1 fut  vite fait :  j’étais ici à cause  de mon écoute régulière et dominicale des Papous dans la Tête, et de la formidable rigolade qui  avait suivi ma lecture du  dernier livre (génial)  de Le Tellier :  « Moi et François Mitterrand ».

 Donc, sans même  attendre le  speech de  présentation de son projet,  pendant lequel   Le Tellier nous a  expliqué  sérieusement que son  atelier à lui  allait nous permettre d’acquérir « les règles du roman à contraintes pour  déboucher ensuite  sur une œuvre romanesque collective » , j’inscrivis son nom en « premier choix  façon boucherie", c’est-à-dire  sans hésiter.

 De toute manière, s’il avait proposé, comme thème, «   comment écrire une histoire de Toto que personne n’a jamais encore entendue »,   j’aurais  fait pareil, alors…

Mais une question me taraudait  : si tout le monde  faisait les mêmes choix ,  qu’est-ce qui risquait de se passer, hein ?

Je veux dire que la célébrité agit sur les êtres humains comme les cris des crapauds bufo bufo sur les femelles de leur espèce : ça  les attire !

Alors, prenons pour hypothèse  que,  parmi les auteurs présents, il y ait eu une célébrité surpassant toutes les autres. Michel  Houellebecq, tiens. N’y aurait-il pas eu une ruée vers son atelier à lui ? (même si  son thème  avait été un truc franchement bandant, du genre  « comment participer à un atelier littéraire avec  un bon sujet de rigolade comme la  misère affective de  l’homme contemporain ?» )

Bon, en fait Houellebecq  est un mauvais exemple, parce que, même célébrissime, je suis sûre que mes  voisines auraient hésité, à cause de son côté disons légèrement antipathique (oh ! si peu !) . Elles se seraient finalement rendu compte, ( même en sublimant  la baisse de la libido du public féminin  dont  les  plus grands artistes pâtissent, hélas, quand ils commencent à s’adresser à une certaine génération),,  que « Pablo Martin Sanchez »,   par exemple,  sans être  sacré « meilleur écrivain de sa génération »,   semblait, par rapport à Houellebecq,   disons  plus  détendu, plus  sympathique, plus rigolard et qu’en un mot,  son physique aux beaux yeux catalans  attestait aimablement qu’il était né vers la fin des années 70. Lui.

 Houellebeq n’aurait donc pas  fait le poids. Y’aurait eu trois zombies dans son atelier, (et sans moi, ben tiens), et flop.

 Là, je cherche juste à vous expliquer que, même avec toute l’impartialité et l’égalité humainement possibles, ça  devait  être un tantinet complexe, la composition d'ateliers à peu près équivalents en nombre de participantes, et ceci  en se basant sur des critères censés ne tenir compte   (soi-disant)  de rien d'autre que des thèmes littéraires proposés,  donc  en faisant abstraction, (ben tiens),  de celui qui les proposait, ces thèmes.

Surtout si tout le monde  faisait  comme moi...

Ben ouais. Comme je ne connaissais personne, que l’énoncé des thématiques ne m’évoquait guère que de nébuleuses  théories fort  lointaines de ma galaxie littéraire, et que je n’avais pas envie de m’être tapée 600 kilomètres pour me retrouver  face à un écrivain inconnu à un atelier « poésie »  (pour des raisons strictement personnelles que je me ferais un plaisir de vous raconter à tous et toutes quand ça me prendra) , j’ai  rédigé (sous cette forme)  sur mon carré de papier, afin que nul n’en ignore  :

Choix 1 : atelier d’ Hervé Le Tellier

Choix 2 : les techniques de romans à contraintes d’Hervé Le Tellier

Choix 3 : l’écriture d’un roman collectif avec Hervé Le Tellier.

J’attendis avec confiance le verdict des sommités.  Je trouvais qu’en rédigeant ainsi mes choix, j’avais brouillé astucieusement les pistes. On allait me prendre pour une débile qui n’avait rien compris aux consignes (et encore, ce n’était que le début !) , c’était à peu près sûr, m’enfin  disons  que s’ils faisaient mine de ne pas comprendre dans quel atelier je voulais être affectée, c’est qu’ils y mettraient de la  mauvaise volonté ;   et j’espérais donc avoir ainsi  la chance d’échapper à Ian Monk (pas Thélonius, hein !) , Pablo Martin Sanchez, Eduard Berti, Frédéric Forte ou encore Olivier Salon.  

J’avais eu raison :

Ca a marché. J'ai été affectée, hosannah, à l'atelier littéraire autant qu'Oulipien d'Hervé Le Tellier.

Youpi ?

Hélas !

(suite à demain, à moins qu’un ami d’Hervé Le Tellier, craignant de nouvelles et sensationnelles révélations de ma part, ne supporte plus ma subjectivité pourtant assumée et ne vienne me ficher une baffe. On verra.)

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