Un chien en hiver

Promenade hivernale avec Ti'punch, ce matin. J'ai vu, il y a des années, des dessins de jeunesse de Van Gogh qui étaient caractéristiques de cette ambiance : la froidure, les tons assourdis, quelques flocons de neige, les flaques luisantes et grises... Et un chien batifolant à loisir là-dedans, levant les lièvres et guettant les écureuils...

J'ai toujours un peu pitié de ces maîtres qui ne peuvent se passer d'une laisse, en promenade, comme s'ils craignaient une fuite. La relation entre mon remarquable chien et moi-même est bien plus forte que n'importe quel collier, n'importe quelle laisse. Et c'est de lui-même, désormais, sans que j'ai même besoin de le rappeler, que Ti'Punch revient vers moi pour se faire attacher (symboliquement, je me contente souvent de poser la main sur lui, et il reste ainsi immobile), quand un piéton ou un cycliste nous croise...

 

Je repensais à ce lien exceptionnel qui relie le chien à l'homme, hier, en revoyant, chez des amis, notre premier documentaire "la Bergère et l'Orchidée". Cinq ans ont passé, mais le portrait de Jeanne a gardé sa fraîcheur. Et je suis toujours aussi épatée par sa prestation : elle marche, devant, à son rythme, le bâton à la main. Toute la troupe "ed'moutons" suit derrière, comme un seul homme. Pas un qui déborde, qui la dépasse, qui s'égaille à droite, à gauche. Certes, il y a les chiens, qui travaillent avec elle, et contiennent le troupeau. Néanmoins ! Quiconque a eu affaire, même une seule fois, à quelques moutons, ne peut qu'être impressionné par la maîtrise absolue de cette femme, silouhette engoncée, l'hiver, dans une doudoune unisexe qui la rend comme invisible, alors que c'est l'acuité de son regard, sa relation aux bêtes, son endurance et sa fabuleuse maîtrise qui sont les seuls garants de son troupeau...

Dans le film, il y a une scène où un de ses chiens déclare son amour à Jeanne, qui en est presque gênée devant la caméra. C'est ce genre de modestie affective qui me va droit au coeur - portée, en plus, par un regard d'un bleu céleste,qui éclaire d'un seul coup un visage passé, ridé mais souriant...

Non, Clopin a raison, nous n'avons pas à rougir de ce premier essai. Si c'était à refaire, seule la construction du film serait bien plus soutenue. Mais Jeanne continuerait à l'éclairer de l'intérieur...

 

(à part ça, Clopinou a été tellement abasourdi de ce qu'il lit, sur les réseaux sociaux, à propos d'Edouard Louis, qu'il a décidé de répondre et de défendre le jeune auteur. Clopinou, c'est mon fils à moi ça.)