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Billets

Dans Mes textes

intérieur jour...

Par Le 10/05/2016

 Si l'adhésion de Clopin  au Mucem a été immédiate, et s'est traduite par une cascade de prise de vues, comme celles-ci :

 

Ombres mucem 2

 

 Algerie ferries

 

Mon sentiment, lui, a été beaucoup plus mitigé : certes, ce musée flottant, caché  derrière le fort Saint-Jeanet   ne se découvrant  qu'au dernier moment, relié à la terre par de simples  passerelles,   comme  un bateau  tout prêt à rompre ses amarres en (re)partance pour l'Asie Mineure, est une prouesse architecturale, je le veux bien ... Mais c'est aussi un simple parallélépipède rectangle, noir,  massif,   abrupt, qui, par résonance, m'évoquait la kaaba de la Mecque. Et si le jeu infini avec la lumière et les couleurs de l'eau, du ciel, des pierres blondes du port et du ferry pointant vers l'Algérie  enivrait Clopin, j'y voyais, moi,  les ombres multiples et protéiformes de toutes les femmes soumises, derrière les moucharabiehs de l'enfermement. D'où léger malaise : certes, s'il faut parler de "culture méditerranéenne", sans doute tous ces éléments sont à la fois pertinents et "identitaires" -  et, en plein été, le patio ombragé doit être un vrai lieu de délices et de soulagement,  un recours contre l'intensité de la chaleur et des couleurs, mais cependant, je me sentais comme oppressée, mise en cage...

L'exposition permanente ne m'a pas convaincue non plus. Oh, on comprenait bien le propos : rassembler en un seul lieu de multiples exemples, géographiques, historiques, sociologiques,  des trois fondamentaux méditerranéens :  les céréales, le vin, l'olive... Mais, pour moi, rien ne surgissait de cette sorte  d'entassement hétéroclite  qui faisait voisiner une hutte grecque et un sarcloir marocain, une roue à aubes du troisième siècle et une moderne noria, rien qui aurait pu  améliorer ma compréhension de ce monde-ci... Heureusement, les expositions temporaires : Picasso et les objets du quotidien (la période Vallauris, surtout) et le colonialisme du 19è siècle en Algérie (via les cartes établies par les colons, et les documents qui étalaient, dans une splendide naïveté contente d'elle-même, les instruments de la domination française) ont, elles, tenu leurs promesses. Rien que pour elles,  j'étais contente d'être venue à Marseille...

Et j'allais l'être de plus en plus, au fur et à mesure de notre séjour. La visite au Mucem a été comme un palier, une marche qu'il m'avait fallu enjamber avant de pénétrer plus avant dans la ville la plus méditérranéenne que j'ai jamais visitée : et toutes les impressions négatives de mes premiers pas allaient bientôt céder la place à une sorte de sentiment très doux, un peu tendre même, qui allait enrober mon passage dans ces lieux...

 

(la suite à plus tard !)

 

Dans Mes textes

extérieurs jours...

Par Le 09/05/2016

Comment tenter d'appréhender l'âme d'une ville, alors qu'on n'y est que de passage, en touriste, "extérieur" à ce qui s'y passe ? Marseille m'était tout d'abord  apparue figée, presque désoeuvrée : en vain j'avais cherché, autour du touristique vieux-port, une trace de l'ancienne activité dont témoignaient des films débordants de vie, comme si, depuis l'arrivée des premiers Phocéens, tout un peuple s'était mis au travail, avec constance, pendant des siècles,  avec les mêmes frétillements que les poissons dorés dans les paniers d'osier, désormais bien modestes...    Certes, les "points de vue" offerts aux touristes  restaient  impressionnants : la montée à Notre-Dame de la Garde, l'excursion aux îles du Frioul, le quartier du Panier ; mais cela suffisait-il ?

Rue marseille

Où s'était donc réfugié le coeur de cette ville ? Malgré tout son charme, ce n'était pas dans l'oasis de la Vieille Charité, halte splendide :

 

Vieille charite

Et je pestais contre mon statut, qui semblait m'empêcher de comprendre ce que je voyais. Oh, d'un autre côté, je ne comprenais que fort bien, que trop : tenez, le Vieux Port... Eh bien, si vous mettiez la pointe d'un compas au centre du bassin, et que vous traciez ainsi un cercle de 2 km de rayon tout autour, et que vous lâchiez dessus la horde touristique, prendriez-vous la décision adoptée (car il y a forcément eu une décision municipale, à mon sens) qui consistait à ôter à tous ces braves piétons touristiques la possibilité de satisfaire leurs besoins naturels, autrement dit de vider leurs vessies ?

 

Il n'y a aucune toilette publique dans le rayon sus-décrit. Pire encore : les Musées qui jouxtent la Mairie  et la Chambre de Commerce n'en offrent point non plus, ni aucun édifice public  ! Nous voici donc dans le pays des 36 000 normes, et des "bâtiments recevant du public", ailleurs submergés d'injonctions comme d'aménager ici des passages standardisés, là des toilettes pour handicapés, semblent ici curieusement libres de ne point offrir un service pourtant indispensable... Il reste les cafés, mais ces derniers ont  le soin d'afficher, à côté des précieux "petits endroits", la mention que ces derniers sont réservés à la clientèle (payante). Qui a décidé cela ? Le lobby des commerçants marseillais ? A deux euros, premier prix pour un café, cela peut effectivement se concevoir. Mais cela laisse l'impression d'un "racket à la vessie touristique" qui, pour peu onéreux qu'il soit, n'en est pas moins parfaitement désagréable...

Heureusement, de ce point de vue, tout s'arrange dès qu'on quitte la proximité immédiate du vieux bassin. Sans aller bien loin, juste au bout du bout du Port, on accède au luxueux Mucem. Et là, si les commodités sont parfaitement accessibles, elles en deviennent du coup complètement accessoires. Et je me rends compte, en écrivant, de l'iconoclastie qui consiste à parler de ce musée flottant en commençant par là !!!

Qu'il suffise donc que je vous dise que c'est là, pour la première fois, que j'ai cru rencontrer la Ville. Dans ce Mucem flambant neuf, symbole de l'année 2013 où Marseille fut sacrée capitiale culturelle européenne, et où le virage (irrémédiable ?) fut pris de remplacer l'ancienne image laborieuse de la Ville par cette large "ouverture culturelle" sur la Méditerrannée.

J'y perdis instantanément Clopin, rendu fou par le jeu des ombres et des lumières, admiratif devant les matérieux employés,  l'exploit technique et architectural (même si l'on nous glissa, peu après, que les constructeurs avaient peut-être un peu oublié que l'eau méditerrannéenne est salée, n'est-ce pas, ce que n'aiment guère les visseries et autres boulons....). Mais je fus bien moins vite conquise que lui. En fait, au prime abord, le bâtiment m'apparut tout entier comme contradictoire...

(la suite à plus tard, peut-être cet après-midi ?)

 

Les ombres du mucem

 

Premiers pas

Par Le 08/05/2016

Le quartier de Belsunce est traversé par la "rue longue des Capucins", et tous les noms de rue, ici, attestent de la présence passée d'ordres aussi religieux que catholiques. Mais pourtant, les premiers mots marseillais que j'ai entendus ont bel et bien été "salam aleikoum", et "aleikoum salam" ; les rue étroites, ici, forment un refuge pour des hommes seuls,  solitaires et surveillés (merci Gaudin) Solitaire et surveille

 

- et les commerces de fringues en  gros ou  demi-gros, qui précisent sur leurs devantures "pas de détail", paraissent étrangement inoccupés. Comme un Sentier qui serai silencieux... Le quartier doit son nom à un évêque, qui s'est dévoué pendant la peste de 1720. Faut-il rappeler que cette peste   s'est répandue à cause de l'esprit de lucre des échevins marseillais de l'époque ? Il s'agissait de vendre les étoffes rapportées d'orient par bateau à la Foire de Beaucaire. Pas question d'observer la quarantaine : on falsifia donc la réalité, et 100 000 personnes moururent...

Mes premiers pas marseillais étaient donc un peu  à li'image, (la première image !) de ce quartier, et ce n'était pas la présence, dans l'hôtel-auberge de jeunesse où nous résidions, d'un petit troupeau  de (très) jeunes filles anglaises, noires de peau et de vêtements, qui allait m'égayer. Bon sang. Elles ne portaient pas le niqab, on voyait encore leurs visages  et leurs mains (tapotant sur le clavier de leurs i-phones),mais elles étaient cependant ensevelies (à 15 ans !) sous les draps noirs de l'ostentation religieuse. Je ne suis certes pas violente, et respecte la croyance d'autrui, mais j'avais cependant une folle envie de les secouer, ces filles emmoutonnées, de leur parler de toutes ces femmes qui, au maghreb et ailleurs, se battent pour une liberté qui leur est refusée, vraie liberté qu'on ensevelit tous les jours sous ces étoffes religieuses, qui ne proclament, à mon sens, qu'une seule chose : la soumission... Les adultes encadrantes étaient, elles, habillées comme vous et moi. Je n'ai pas eu le courage d'aller discuter avec elles, et puis mon anglais n'est pas assez fiable - et la culture anglaise, frappée de communautarisme, vaut bien le bon vieux racisme ordinaire et franchouillard de mes compatriotes. Mais ma résignation n'était qu'apparente, car je ne pouvais croiser le regard des jeunes filles en noir sans indignation., de même ai-je  sursauté, en comprenant que la libraire que je voyais avec plaisir dans ce quartier populaire n'était pas ce que je croyais, mais bien une officine islamique... Belsunce, quartier d'hommes immigrés,  solitaires et âgés : je prenais grand soin d'en arpenter les rues en tenant la main de Clopin, en marchant au même rythme  que lui, en tenant une place égale à la sienne dans la rue  : ma manière à moi, bien mesquine et inefficace sans doute, mais quoi d'autre ? D'affirmer ma conviction d'une égalité possible, d'une présence féminine librement revendiquée.

Autant en emportait le vent : car le mistral soufflait, comme il sait souffler et comme je le ressentais pour la première fois de ma vie : des bourrasques froides qui sautaient au visage, qui nous attendaient au détour d'une rue, à l'ombre des murs, jusque sur les passerelles qui menaient au Mucem. Marseille subit cette violence, et ses couleurs contrastées en témoignent. Le passage de la lumière à l'ombre est coupant, absolu, vertical. Même le vieux-port,  désormais consacré uniquement au tourisme, car il s'agit d'une sorte de grand parking à bateaux de plaisance, sans plus de vie que la ronde mécanique de la grande roue foraine qui est censée l'animer, même le vieux-port, où nos pas nous ramenaient sans cesse, me paraissait n'être plus l'abri éternel qui avait accueilli, il y a plus de 2500 ans, les marchands phocéens. IL fallait désormais bien regarder, pour voir un peu de l'animation ouvrière dont avait témoignée tant de films... Marins1

 

(à suivre...)

 

 

Une semaine à Marseille

Par Le 07/05/2016

Voilà, ça y était, j'étais à Marseille.

 

Gare saint charles

 

Et bien étonnée d'y être. Mon ignorance de cette ville était (est toujours, mais un peu moins) abyssale. Et ma présence provenait d'une vieille réflexion de Clopin : nous avons pris l'habitude d'aller, au printemps, passer une semaine sans voiture dans une ville européenne. Je crois que c'est à Lisbonne, comme je m'étonnais du côté "méditerranéen" de cette ville atlantique, que Clopin a pensé qu'il était stupide d'aller découvrir des villes étrangères alors qu'en France même, d'autres cités (dont la deuxième plus grande ville de France) nous étaient inconnues...

 

J'étais curieuse et, je dois le reconnaître, pleine de préjugés. Marseille était pour moi une ville braillarde et négligée, surmontée de la plaie des "quartiers nords" dont un livre comme "la fabrique du monstre" témoignait de la violence sociale. Et Pagnol n'était plus là depuis tant de temps...

 

Rien, évidemment, ne s'est passé comme je l'attendais. Et d'abord, cet immense escalier, baroque et aussi impressionnant, à mes yeux, que le pont Charles de Prague : quelle entrée en matière, non ?

Disparition

Par Le 23/04/2016

Disparition

Deux en un...

Par Le 21/04/2016

J'avais gagné, "à la sueur de ma goutte", un dîner au restaurant... Depuis des années et des années, je sers de nègre bénévole à Clopin, et comme il encadre en ce moment  des lycéens d'une section cinéma, j'ai rédigé pour lui une "note d'intention" pour le film qui sert d'exercice de fin d'année. Mais, pour une fois, j'ai assorti mon aide d'une demande de compensation, ahahah ! J'aurais dû le faire plus tôt : ça a marché, et nous voilà partis pour le Manoir d'Archelles, une spendide demeure du 16è siècle, absolument préservée, et qui contient un restaurant plein à ras bord tous les week-ends. La carte est très raisonnable au niveau des prix, et la nourriture bonne et copieuse. Mais cependant, la salle de restaurant est, à mon sens, décevante : déco de table en plastique, serviettes en papier, appliques électriques affreuses, et surtout une "ambiance sonore" insupportable à mes oreilles : en boucle, on entend les variations Goldberg, mais assourdies façon musique d'ascenseur, fallait y arriver mais ils y sont arrivés, pauvre Jean-Sébastien te voilà aussi affadi qu'un camembert sans odeur. Et quand, enfin, on passe à autre chose, c'est une sorte de musique new-age, monotone et creuse, qu'on retrouve dans tous les spas ou salons d'esthéticiennes de France et de Navarre, qui est censée bercer vos agapes. J'en ai marre qu'on m'impose ainsi, dans des lieux publics, des musiques soi-disant "consensuelles". Quand ce n'est pas pire : le médecin très compétent et dévoué de Forges-les-Eaux est régulièrement débordé. Aussi, sa salle d'attente est pleine - alors, autant pour faire patienter les clients que pour préserver une certaine confidentialité (la porte laisse tout passer, niveau son), le médecin met à fond la caisse la radio. Je ne sais pas ce que c'est comme station, mais c'est strident, vulgaire, bourré de pub : un hymne à la laideur, en quelque sorte. Au bout du troisième rendez-vous et malgré la qualité des soins, j'ai baissé les bras et les oreilles, et... j'ai changé de médecin !!!

 

Malgré ces atteintes à l'esthétique musicale, la journée a été particulièrement lumineuse, sur l'estran dieppois :

 

Estran 2

Dans Mes textes

BRAVISSIMO !

Par Le 20/04/2016

 

Samuel GONTIER de TELERAMA, soyez ici publiquement remercié pour votre LETTRE AU CSA, et ce qu'elle révèle, entre autres, des manipulations télévisuelles " par défaut "(omettre de mentionner la place exacte, sur l'échiquier politique ou syndical, des intervenants d'émissions de télévision publiques,  et présenter ainsi un militant pur et dur  FNSEA comme un agriculteur "lambda"). Un grand nombre  des exemples  cités concernent  le monde rural : c'est parfaitement éclairant sur ce qui se passe !

Soupirs divers et variés...

Par Le 18/04/2016

Premier soupir : dire qu'il y a cinq ans de ça, j'aurais pu, à mon âge, être déjà (enfin) partie à la retraite (mot magique, paré des mille feux de ma convoitise)... Et que me voici bloquée jusqu'au moins décembre 2017... Impression qu'on m'a volé du temps. Que je fais du rab. Que quelqu'un, quelque part,  doit me revaloir ça !

 

Deuxième soupir : dire que je ne pourrais certainement pas aller au "banquet Shakespeare" de dimanche prochain, à Blangy-sur-Bresles, parce que Clopin a envie-besoin d'air, et que nous partons pour une semaine à Marseille. Voyage caressé depuis quelque temps, toujours reporté, et qui, je l'avoue, me laisse dubitative : Marseille, en avril ? En tout cas, je ne me vois pas imposer à Clopin de rester une journée de plus, même si j'ai très envie d'écouter les sonnets du grand William (en anglais, mais il paraît qu'il existe un traducteur !) ; bah, peut -être y'aura-t-il une célébration aussi à Marseille, parce que ce n'est pas tous les jours qu'on commémore à la fois la naissance et la mort d'un génie humain...

 

Troisième soupir : la maison est dans un état de saleté qui, ça y est, a atteint ma limite supérieure. Clopin lui-même a reconnu ce matin qu'il fallait s'occuper de la douche, et doit l'avoir fait briller cet après-midi (je verrai ça en rentrant), n'empêche que je me connais : je vais craquer et empoigner la serpillère à mon premier moment de libre... Et ça, c'est déprimant...

 

Quatrième soupir : mais qu'est-ce que je fous enfermée, alors que le soleil brille et que mon chien, qui me regarde intensément (des fois que je prononce le mot mogique "onvasepromener"), pense exactement la même chose que moi ?