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Billets

Dans Mes textes

Mon avenir assuré ?

Par Le 15/04/2016

 

D'après un vieux pote, paraît que je vais finir speakerine à FR3 :

 

http://www.beaubecproductions.fr/pages/filmsrealises/journal-de-tournage.html

 

 

Dans Mes textes

Maman ? (dédié à Clopinou...)

Par Le 11/04/2016

Quoi ma mère ?
Qu'est-ce qu'elle a ma  mère  ?
Quelque chose qui ne va pas ?
Elle ne te revient pas ?
Oh je sais que tu n'as rien dit
C'est ton œil que je prends au mot
Souvent un seul regard suffit
Pour vous planter mieux qu'un couteau

Quoi, ma mère  ?
Qu'est-ce qu'elle a ma mère  ?
Si tu veux t'la payer
Viens je rends la monnaie
T'as rien dit tu l'as déjà dit
On n'va pas y passer la nuit
Ma mère  et moi on est d'sortie
On cherchait plutôt des amis

Quoi, ma  mère  ?
Mais qu'est-ce qu'elle a ma mère  ?
Quoi, ma mère  ?
Qu'est-ce qu'elle a ma mère ?

Quoi, ma mère  ?
Qu'est-ce qu'elle a ma mèe  ?
Oui elle a une grand'mère
Oui elle me fait la mère

Elle s'imagine que j'lui dois tout
Sans elle je n'aurais jamais plané
Sans elle je n'vaudrais pas un clou
Ma mère  a bien l'droit de rêver

Quoi, ma mère  ?
Qu'est-ce qu'elle a ma mère  ?
De galères en galères
Elle a fait toutes mes guerres
Chaque nuit blanche, chaque jour sombre
Chaque heure saignée y est ridée
Elle ne m'a pas lâché d'une ombre
Quand j'avais mal, même qu'elle pleurait

Quoi, ma mère  ?
Mais qu'est-ce qu'elle a ma  mère  ?
Quoi, ma mère  ?
Qu'est-ce qu'elle a ma mère  ?

Quoi, ma mère  ?
Qu'est-ce qu'elle a ma  mère ?
Je m'en fous qu'elle soit belle
Au moins elle est fidèle
C'est pas comme une que je connais
Une qui me laisse crever tout seul
Mais je n'veux même pas en parler
Une qui se fout bien de ma  mère.

Moi et hervé le tellier

Par Le 10/04/2016

 

J'aurais dû m'en douter : un livre qui s'appelle "Moi et François Mitterrand" ne peut qu'être le  résultat  d'une mégalomanie pathologique. L'auteur, je devrais dire "le coupable", de cette oeuvre qui se veut clairement monumentale n'a-t-il donc pas appris, auprès de sa mère, qu'on ne disait pas "Moi et... " mais bien plutôt "... et Moi ?" Et même, en poussant plus loin, ne devrait-on pas éradiquer cette majuscule qui semble d'autorité  mettre à égalité l'auteur avec celui  qu'il nomme ? Pour un peu, l'auteur aurait sans doute  poussé le  bouchon toujours  plus loin : il aurait mis  ce "moi" en majuscules :  "MOI",  et  n'aurait laisé  au pauvre ex-président que le "F" et le "M" à parité, rabaissant toutes les autres lettres aux minuscules : "MOI et François Mitterand", voilà sans doute ce qu'il voulait vraiment, et je devine que c'est son brave éditeur qui a dû lui faire entendre raison, sans pour autant arriver à lui faire abandonner toute la tentative : voici donc un "Moi et François Mitterrand" scandaleusement assumé.

 

Un peu comme si j'écrivais "MOI et Hervé Le Tellier", si vous voyez ce que je veux dire. Ou pire, encore, allons-y gaiement : "MOI et hervé le tellier", en minuscules. Oui, je pense qu'en fait c'est le traitement qui convient pour cet auteur : le traiter dorénavant, et à chaque occasion, en minuscule.

 

Parce qu'on ne peut pas sérieusement laisser faire cela. Un livre pareil, veux-je dire. Qui se lit si aisément qu'en une demi-heure, le voilà fini, alors qu'on pourrait s'attendre tout de même à quelque chose d'un peu plus indigeste, qui vous résiste un peu, je ne sais pas moi, "la phénoménologie de l'esprit" par exemple. Mais on se doute bien que l'auteur se gausse de tout cela, d'Hegel comme du quart, et que, s'il se hisse résolument au-dessus des partis (pris d'en rire), ce n'est pas pour redescendre vers de l'abscons (s'emmerde ici).

 

D'autant qu'en prime,  les  zigomatiques sont sollicités à chaque page. Je vous demande un peu. Est-ce que nous sommes ici, dans cette France anéantie par le laxisme bien connu de nos élites républicaines, est-ce que nous sommes ici, je vous prends à témoin, Monsieur "hervé le tellier", pour rire ? Mmmmhhhhhh ?

 

Non, non, je déconseille absolument cet achat calamiteux, et qui démontre clairement le mauvais esprit qui règne à l'heure actuelle dans les lettres françaises. Il nous faut franchement redresser la barre, et je crois que c'est bien NICOLAS SARKOZY qui peut seul nous montrer la voie, avec son splendide et balzacien "la France pour la vie"

 

(hervé le tellier n'aura, enfin je l'espère, pas l'outrecuidance de me contredire.)

 

9782709656269 001 x 1

 

 

 

 

l'aigreur de la madeleine (2)

Par Le 01/04/2016

En fait, il s'agissait de jeunes gens qui, perméables aux meilleurs utopies de leur temps,  et sûrement poussés par de sérieux atavismes, refusaient l'ordre matriarcal. Celui des trente glorieuses : télévision d'état, aux forts accents gaulliens, et tables en formica, "plus propres". Mères aux plumeaux et aux idées conformistes. Couples indéfectibles, mais aussi divorces calamiteux, pour certains : en tout cas, de quoi rendre difficile, pour ces frêles jeunes gens que l'esprit du temps poussait en avant, à qui l'on demandait d'être sûrs d'eux, le passage à l'état d'homme...

Sur ce terreau commu, réduit au minimum; les affinités s'enclenchaient. Un Jim, un Clopin, un Dominique P., un Baudruche aussi : tous revendiquaient d'avoir autre chose à faire de leur vie qu'à la perdre en travaillant. Tous avaient en commun une vague vision hédoniste de l'univers, telle qu'elle s'épanjouirait ensuite, enterrant sous elle les idéaux collectifs de 68. Mais pour eux, cet hédonisme cédait le pas devant l'urgence à refuser la place sociale assignée. Ne pas manger tous les jours à sa faim, quitte, mais ne pas entrer dans les bureaux. Préférer résolument, aux soins de l'apparence, les acquisitions culturelles...

Le pire de tous, dans le genre, était bien entendu Jim. Capable de négliger son corps jusqu'à un point presqu'inadmissible pour le commun des mortels, s'il s'agissait de compléter sa discothèque. Clopin, lui, attiré par la frugalité écologiste (qui entrait en résonnance avec la solide parcimonie brayonne, toute droite issue de ses grands parents petits artisans) , commençait à rêver d'autacie. Dominique P. repoussait encore et encore ses limites de résistance au manque d'argent, avant de s'engager, presque par hasard dans la voie où ses solides qualités scientifiques allaient enfin s'épanouir...

Mais il y avait en commun, derrière tous ses parcours, comme une difficulté à faire entrer la gent féminine dans le rayonnement de leurs vies. La plupart n'étaient carrément et clairement pas intéressées. Et les Ophélie du temps, les rêveuses qui pouvaient être cependant, malgré le négligé, le manque d'argent, la saleté parfois et les idéaux disons nettement anticonformistes, marquer à ces jeunes gens de l'intérêt, leur inspiraient en vrai des craintes prononcées : peur d'être mangés tout crus, comme leurs pères, ou rangés, comme on range les balais dans le placard, ou tondus : or, ces jeunes gens tenaient autant à leurs cheveux qu'à leurs idées...

Je pense qu'en fait, tout a changé cinq ou six ans plus tard, avec l'apparition, enfin, de mouvements féministes radicaux, qui cherchaient tout autant à changer la vie, à déboulonner l'image des mères et à passer à la loupe les actes du quotidien que les jeunes gens en question cherchaient à tracer une voie qui leur fûr propre.

 

Mais le mal était fait : malgré la solidarité immédiate avec les revendications des filles, malgré l'intérêt que les mouvements féministes, et le terreau de revendications égalitaires qui les formait, pouvait susciter chez eux, il n'empêche que la méfiance était en réalité de mise, et un certain manque de spontanéité. ON leur avait asigné un rôle de mâle qui avait tout du prédateur. Ils voulaient bien se rogner les griffes, certes, mais n'étaient pas sûrs,ainsi, d'assouvir véritablement leurs appétits...

 

Ce sont ces sept ou huit ans qui ont séparé la génération des Jim, CLopin, et autres, de  ma génération, qui explique en grande partie le mouvement qui pousse certains de ces aniciens jeunes gens à venir, encore maintenant, frapper à la porte de Clopin. Ils ne savent pas qu'en réalité, derrière cette porte, je suis là : ma simple présence est inhibante, pour eux qui ont tant besoin, quarante ans plus tard, de se plaindre. Devenus pères, et à leur tour divorcés, ils se sentent dupes, et cherchent auprès de Clopin comme une résonnance à leur désarroi : n'était-il pas affublé, peut-être de la manière la plus significative de tous, d'une mère "impossible", castatrice et régnant sans partage sur un océan  d'objets, qu'il convenait de passer sa vie entière à entretenir ?

 

J'ai bien écouté Clopin expliquant à Dominique P. que, certes, il aurait pu passer sa vie sans un sou, libre d'aller et de venir, accumulant expériences et promenades, nez au vent... Mais, à la naissance du premier enfant, Clopin a choisi d'assurer la sécurité matérielle. Certes, quelque part, sa mère en lui gagnait. Mais il n'était pas perdant pour autant, enfin, ce me semble.

 

Ce qui par contre me pose question, c'est ce que vont devenir les fils de ces pères-là. Dominique P.  n'est pas loin d'un discours mysogyne digne des années 50, et le moins que l'on puisse dire est qu'il ne retient pas ses chiens. D'autre part, ce bingt-et-unième siècle dégouline de la violence faite aux femmes, dont le sort est devenu l'enjeu d'invraisemblables barbaries...

 

Que deviendront les fils des vieux potes de Clopin ?

 

(suite plus tard)

 

 

L'aigreur de la madeleine...

Par Le 30/03/2016

La récente visite de Dominique P., dimanche dernier, me turlupine... Encore, me direz-vous ? Il ne s'agit pourtant que d'un vieux pote de Clopin, dont le chemin s'était écarté depuis longtemps, et qui a souhaité reprendre contact. Finalement, suis-je même véritablement concernée ?

Et pourtant, je tourne encore autour de cette visite, à cause des sentiments pour le moins mélangés qu'elle a provoqués chez moi, et surtout parce que j'ai eu comme une impression de redite, de déjà vu.

Ce n'est pas la première fois, en effet, qu'un "vieux copain", divorcé, accompagné d'un fils, vient rendre visite à Clopin. Pas la première fois que je ressens cette sorte d'étonnement mêlé de tristesse, devant ce qu'un père peut laisser échapper, devant son fils, d'humeurs aigres, de petits jugements mysogynes, de mouvements de révoltes amers... Dominique P. est bien trop cultivé et intelligent pour "passer la mesure" - mais il y a quelques années, un autre, disons un certain JF, a également franchi notre porte - et celui-là était si bête, et si catégorique dans des propos accablants, sans qu'il s'en rende compte, qu'il n'avait pas fini vraiment la soirée. Disons que j'avais commencé sérieusement, au bout de deux ou trois heures, à me demander comment j'allais poliment le mettre à la porte...

Je ne supportais plus que cet homme, devant son gamin d'une douzaine d'années, cherche une sorte de complicité avec Clopin, sur le thème "la mère est une salope".  Je n'avais aucune envie de juger ces propos, ni sur la forme, ni sur le fonds. Je voulais juste que l'enfant, qui était AUSSI le fils de cette mère, donc, arrête d'entendre ça. J'avais fini par interpeller JF, en lui rappelant que cette "salope", il l'avait suffisamment désirée pour lui faire un enfant... JF était d'ailleurs lamentable dans son argumentation. Il brandissait, comme justificatif à ces termes insupportables, que c'était "la vérité" : et puisque c'était "la vérité", son fils était bien entendu tout-à-fait apte à l'entendre... En grattant un peu, on se rendait d'ailleurs compte que la saloperie en question, (outre le fait de s'être barrée, mais là, franchement, je me sentais comme une solidarité qui montait, qui montait...) étiat surtout, de la part de cette mère, d'oser réclamer une pension alimentaire au père. Celui-ci tempêtait devant Clopin : "moi je veux bien le garder à la maison, le gamin, vu que je suis quasiment en autosuffisance, mais pas question de payer quoi que ce soit, de toute façon je n'ai pas de boulot, pas l'intention d'en chercher  et pas un rond, alors, elle peut toujours courir cette salope, mais tu te rends compte, on ne me le laisse pas garder, y'en a vraiment que pour elles, alors moi je me suis inscrit à l'association de défense des pères" ... Etc., etc.


 

Pas de printemps pour D.P. ?

Par Le 28/03/2016

 

Il arrivait à JIm et Clopin de citer le nom de Dominiqu P., dans leurs conversations, et le plus souvent avec une certaine considération. Ceci, joint à quelques photo d'albums où l'on voyait les compères, encore très jeunes, promener de longues figures sérieuses, façon "jeunes philosophes se mettant en scène pour la postérité", avait contribué à faire de D.P, pour moi, une figure à la fois un  peu mystérieuse et lointaine. C'était un "copain perdu de vue", dont on savait juste qu'il était devenu un scientifique au service du Savoir avec un grand S., et qu'il avait, dans sa jeunesse, fait les 400 coups soixante-huitards. Mais qui il était vraiment, quelle était sa vie, ses amours, ses passions - ça, je ne posais pas la question, puisque j'avais intégré que ce ne serait jamais une mienne connaissance.

 

Et puis les détours de la vie ont amené ce même D.P. à Beaubec, ce dimanche de Pâques. Sacrebleu : cela devait faire la seconde fois, en quarante ans au bas mot, qu'il y mettait les pieds. Sa figure, que je ne connaissais guère que par les photos et deux ou trois rencontres fortuites entre Jim ou Clopin et lui, au détour de rues rouennaises, était restée aussi longue que dans mon souvenir. Mais le temps avait greffé des traits quelque peu gaulliens à ce profil-là.

 

D.P. a dû reprendre le fil là où il était brisé, et donc nous "raconter sa vie", à grands traits bien sûr. Et rien de ce qu'il racontait ne correspondait aux quelques divagations que j'avais accrochées à son nom. Sa vie s'était déroulée à l'ombre exclusive de son travail (sa passion pourrait-on mieux dire), c'était quelqu'un dont la formation intellectuelle scientifique, évidente, l'amenait à être tout factuel, sans analyse psychologique ni surtout sentimentale, quelqu'un qui, disposant désormais, après une vie professionnelle menée jusqu'à la dernière limite (65 ans), de loisirs que la continuation désormais bénévole de sa passion ne remplissait pas tout-à-fait, tentait de renouer des contacts : bref, un homme certes intéressant, mais "une vie comme une autre"...

Ce n'est donc pas de la déception que j'ai ressentie, ça n'irait pas jusque là, mais comme une sorte de curiosité rétrospective et... près d'être éteinte aussitôt que née. Les quelques phrases assez amères sur la gent féminine, l'exclusivité de cet homme sur son tout jeune fils (12 ans...), son autocentrisme m'ont très vite amenée à "changer de focale" : le D.P. qui était devant moi n'avait rien de féministe, au contraire. Quelle idée de revendiquer que son fils "ne fasse pas de bisous, car quand on est un homme on n'en fait pas" (???), quelle horrible réflexion de dire à son fils "que tout ce qu'il avait de bien, ça venait de lui, son père", et quelle incapacité à rire d'une ou deux blagues que j'ai osé lancer, et qui pourtant étaient, à vrai dire, assez drôles...

Et puis je me suis reprise, sur cette sévérité que je sentais monter en moi envers le vieux copain retrouvé de Clopin. Qui suis-je pour juger ainsi autrui ? Et surtout, je n'ai pas connu D.P. dans son printemps : peut-être aurions-nous sympathisé "tout de même" ? Peut-être est-ce la vie qui a durci, en même temps que  ses traits physiques s'amollissaient, un caractère peut-être enjoué et ouvert, autrefois ?

 

Et peut-être suis-je à mon tour trop vieille pour accepter, sans morale, de rencontrer quelqu'un de vraiment très différent de moi...

 

Allez, pas de printemps pour D.P. ne veut pas dire que je ne luis souhaite pas un bel automne. Et un fils toujours aussi aimant à ses côtés !

 

Devinette

Par Le 27/03/2016

Finalement, le seul truc qui est sans prix, sans nation, sans frontières, sans guerre, sans crime, sans effort et sans barbelés...

C'est quoi ? Le bisou ?

Oui, et l'oiseau. Aussi.

 

Rienqu a copier

 

(quand j'étais petite, je faisais des tas de trucs comme la petite fille ci-dessus. Aussi.)

Dans Mes textes

L'homme aux tricots

Par Le 20/03/2016

Cette nuit, le printemps a commencé. Et j'ai fait le rêve suivant :

 

Une grande salle était en préparation : un marché allait avoir lieu. Et je devais y participer - j'avais des livres à vendre. Je ne sais si c'était des livres que j'avais écrits, des livres qui m'appartenaient ou des livres dont je devais simplement faire commerce : je devais trouver l'endroit où m'installer pour les vendre, c'était cela l'important. D'autant que le premier stand auquel je m'adressais me refoulait. C'était J.D. (l'historien qui intervient dans le documentaire, dans la vraie vie)  qui m'expliquait qu'il n'y avait plus de place, puisque ce stand était celui de l'éducation nationale : je devais en trouver un autre.

J'arrivais alors dans un endroit beaucoup plus humble, où une femme inconnue m'accueillait aimablement : oui, ici, je pourrai m'installer, me disait-elle. Mais, contnuait-elle en soupirant, il ne fallait guère que j'espère vendre  quoi que ce soit, et surtout pas des livres ! L'endroit était consacré à une sorte de "fourre-tout", et les quelques rares  clients venaient surtout pour aheter des légumes, que la femme était d'ailleurs en train d'installer...

Je cherchais cependant l'endroit le mieux placé pour moi, quand "il" entra dans le grand hall bétonné et froid qui servait de cadre à mon rêve. "IL" : j'ai su tout de suite que c'était vers lui que mon rêve me menait. Et c'était une brute. Un homme très grand et très large, dont je n'arrivais pas à saisir le regard, et qui répandait autour de lui une sorte d'onde glacée. Je savais que cet homme avait commis des crimes, et qu'il s'en réjouissait ! Et qu'il n'avait aucune crainte, aucune peur : rien ne lui arriverait, à lui. L'homme s'est installé dans le stand à côté du mien, et a commencé à aligner, sur son comptoir, des pulls. C'était sa couverture, me suis-je dit aussitôt : il fait semblant de vendre des tricots...

Je ne voulais pas de lui : il m'inspirait une répugnance infinie, et je devais le combattre... J'étais en colère, et je devais faire quelque chose. Alors j'ai attrapé la pile de tricots qui attendait son tour, et je suis partie en courant : dans un coin de parking, à côté de la béance d'une ouverture d'escalier, j'ai laissé tomber les tricots par terre : histoire de bien montrer que je n'avais pas peur de lui, et que je méprisais son commerce.

Mais je savais qu'il s'en fichait absolument. C'était pour moi, pour me surveiller, qu'il était venu au marché. Il allait juste s'emparer de cette histoire de tricots pour justifier ce qu'il allait me faire, et qui était horrible, je le savais par avance... J'avançais néanmoins vers lui, quand je me suis retournée  : derrière, dans le coin de parking, une mère et ses enfants contemplaient les pulls et les écharpes étalées par terre. Et une petite fille étendait déjà la main...

J'ai crié "stop ! Ne touche pas à ça !" Mais c'était trop tard. Et me voici en train d'attraper une cagette, de discuter avec la maman pour tenter de lui faire comprendre que ce n'était pas une bonne idée de porter ça - et je ramassais les pulls, les disposais dans la cagette : je savais qu'il fallait que je les rende à  la brute, même si cela ne changeait rien pour mon sort, qui était déjà scellé... La femme n'était pas d'accord, c'était une femme qui ne comprenait ni ce que je disais, ni qui j'étais, elle pensait que les pulls étant par terre sa petite fille avait eu raison d'en prendre un, elle me rejetait car je ne pensais pas comme elle, et moi je me dépêchais, vite vite, il fallait que je rende sa marchandise à la brute, sinon quelque chose de terrible allait se passer...

Je revenais près de la brute malfaisante et humblement, je lui rendais la cagette. Il souriait méchamment, ses yeux étaient vides, il ne me regardait pas mais contemplait les pulls. Il en a sorti un de la cagette, et, se retournant vers moi, m'a sèchement interrogée : "Quelqu'un d'autre que toi a touché ce pull. Dis-moi qui c'est - de toute façon, je saurai qui c'est..."

C'était si effrayant que les gens se sont rassemblés autour de  l'homme et moi, pressentant qu'il allait se passer quelque chose.  J'aurais dû me sentir protégée, mais je savais qu'il n'en était rien. On pouvait bien être des dizaines face à l'homme aux tricots : c'était lui qui avait le pouvoir.

Je devais parler, mais ma bouche était si sèche que... je me suis réveillée.

Le rêve était encore tout autour de moi, mais je pouvais mettre des mots dessus. Parce que je venais de rencontrer ma mort...

Ma mort est un homme aux tricots.

Cela pourrait-il m'étonner ???