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Billets

Diverses déceptions...

Par Le 25/01/2016

Déçue par la chronique mensuelle d'Onfray, qui ne fait ni réfléchir, ni ne propose de pistes. Combien de fois déjà se sera-t-on moqué du "référentiel bondissant" utilisé en lieu et place de "ballon", ou de la "technicienne de surface" faisant tout simplement le ménage ?

 

Qu'Onfray emboîte la moquerie commune, encore, passons : peut-être, parmi ses lecteurs, y'en aura-t-il qui n'avaient pas noté ce détestable recours à l'euphémisme qui caractéristique notre langue de bois journalière, et qui donc feront leur miel de cette chronique. Mais qu'il profite de ce consensus populiste ) pour tonner contre "l'effacement du réel" qui serait là-derrière, appuyé par le travail des journalistes de télé ou de radio, voilà qui est, comment dire ? "un peu court, jeune homme".

 

Car le travail journalistique est absolument primordial si, justement et contre l'avis trop rapide du philosophe, on veut pouvoir appréhender notre monde.  On peut regretter le sensationnalisme des infos de TF1, leurs recours à  l'émotion systématique, la démagogie de la chaîne M6 avec ses sondages bidons, n'empêche qu'elles restent la seule fenêtre ouverte sur ces "étranges étrangers" dont parlait Prévert... Onfray, une fois de plus, se trompe de cible, à mon sens, et ça lui arrive de plus en plus souvent ces derniers temps.  Où est le superbe passeur qui tendait aux exclus du savoir le trousseau de clés philosophique ? Ses colères rejoignent désormais ce qu'il fustige : l'idée courte, et le manque de recul documenté.

 

car enfin, c'est la publicité qui efface le réel, et non les infos d'Arte !

 

Bref, lisez vous-mêmes le billet de janvier : ICI.

 

 

Dans Mes textes

Louis et Giono...

Par Le 23/01/2016

Tout sépare ces deux-là, et pourtant : l y a dans les notes sur l’affaire Dominici l’analyse parfaite de la violence que le langage fait subir aux êtres. Gaston n’a pas les mots du juge, et Giono, qui connaît parfaitement les deux langages, le paysan et le judiciaire, note tous les quiproquos, tous les « à-côtés » qui font que l’innocent va devenir coupable.

En ce sens, (en ce sens seulement, certes, mais pourtant !) le travail d’Edouard Louis rejoint celui de Giono :   ils démontent tous deux cette violence sociale inouïe sous-jacente au langage…

Une amie qui lit la « vie catholique » (! En mémoire de sa mère !!) et qui connaît mon athéisme enraciné m’empêchant à tout jamais d’acheter l’hebdomadaire confessionnel), m’a envoyé l’interview du jeune Edouard. Notation d’icelui, que je trouve parfaitement juste (mais que je reproduis de mémoire, vous m’excuserez donc) : « la société des hautes classes sociales trouve formidable le langage populaire, ses images, ses trouvailles, son charme – mais quelqu’un qui parle comme parle le personnage de « ma soeur » dans mon livre se fait immanquablement blakbouler au premier entretien d’embauche… »

Perso, j’ai vécu cela à l’hôpital, où je partageais la chambre avec une jeune fille en droite provenance d’un foyer de la DASS : c’était pathétique, parce que la jeune fille n’avait pas l’air bien malade, et que je soupçonne qu’elle avait joué, non pas la comédie, mais qu’elle avait accentué ses symptômes (nous étions dans la section de gynécologie) pour se retrouver là et donc avoir un prétexte pour que son éducateur prévienne sa mère.

Comment vous l'avouer ?

Par Le 22/01/2016

 

Absence

Dans Mes textes

l'état des lieux

Par Le 20/01/2016

Cette maison était née d'une utopie : celle du "retour à la terre" et du rêve d'autarcie des enfants de 68. Mais si  ce genre de projets  avient inéluctablement vocation au délitement, la maison, elle, était toujours là.

Dès l'entrée en possession, les trois compères qui s'étaient unis, jeunes et sans un rond, pour l'acheter, avaient commencé les travaux. Et, en quelque sorte, ces travaux n'étaient pas terminés, ne seraient jamais terminés. Mais les deux femmes pour qui les maisons avaient été construites (car trois années avaient été consacrées à faire naître, du néant d'un champ, une impressionnante longère, plus solide, plus vaste encore que la première. Et les deux maisons cohabitaient, comme pourraient cohabiter une mère et sa fille), ces deux femmes  n'étaient plus impliquées dans cette vie interne des maisons : les travaux continuaient encore, et encore, mais un peu à la manière du canard, qui continue à courir  avec la tête tranchée...

C'était donc bien plus qu'une maison que je devais affronter. C'était une histoire, un projet, une union avortée. J'étais bien trop angoissée par mes réactions à la situation que j'avais pourtant acceptée, mais que je n'acceptais plus, (à savoir élever mon enfant loin de son père), pour comprendre que la Maison avait besoin d'une proie, pour continuer à susciter, année après année, l'élan laborieux qui présidant à ses embellissement ; ce que je ressentais confusément, par contre, c''est que je n'étais pas chez moi. 

Tout ici m'était pénible, et difficile. Je venais de passer quelque vingt ans dans la grande ville, où les portes s'ouvraient grâce à des vigicodes, où les tiroirs des placards de cuisine, munis de roulements à bille, s'ouvraient et se fermaient du bout des doigts, où la chaleur provenait de l'électricité ou du gaz, sans qu'on se pose plus de questions que cela. J'arrivais dans une maison qui gardait encore la rudesse des habitats paysans d'antan : j'avais, en réalité, tout à apprendre...

 

(suite à demain)

Dans Mes textes

Rivalité (le complexe de Manderley)

Par Le 19/01/2016

Dans les années 70-80, il ne faisait pas bon évoquer, comme relevant de votre personnalité, des sentiments de jalousie ou de rivalité. La sentence tombait illico, accompagnée d'un regard méprisant : "la jalousie, c'est rien que de la peste émotionnelle chez les petits-bourgeois". On était sensés être tous égaux, libérés, en accord profond avec nous-mêmes et désirables à hauteur égale (ce qui permettait d'ailleurs à quelques petits sournois, en loucedé, d'en profiter un maximum. Il suffisait de ne pas être trop regardant avec l'hypocrisie...). Bien entendu, à partir de là, "que le meilleur gagne" :  les plus coriaces des égocentriques remportaient souvent le morceau...

Cependant, aussi stupides et  dénuées de toute vérité psychologique qu'aient été les idéologies de ce temps-là, elles avaient au moins le mérite de tenter de changer les rapports des uns aux autres. Ce n'était pas leur faute si la réalité a la vie dure, et si les combats les plus cruels utilisent parfois, simplement, pour armes, les mots...

Ce jour-là, je remontais en frissonnant l'allée qui menait à la longère brayonne où j'étais sensée vivre désormais. A main droite, un panier, contenant un chat. A main gauche, un enfant, qui serrait ses doigts dans mes paumes, et qui était très certainement le meilleur passeport possible pour franchir le seuil de cette demeure, où on allait, sans cesse, me demander mes papiers...

Je n'étais pas d'un tempérament particulièrement jaloux. Il me semblait tout simplement que j'étais "en-dessous" de la jalousie. Je n'arrivais jamais à "revendiquer" une affection, encore moins une quelconque "exclusivité" de sentiments. Je n'étais tout bonnement pas à la  hauteur de moi-même. Alors, venir vivre "chez une autre"...

 C'était pourtant ce qui était en train de m'arriver. Je me souvenais de "Rebecca", de Daphné du Maurier, et j'éprouvais le complexe de Manderley, de celle qui n'est pas à sa place, qui n'est pas chez elle, parce qu'elle est chez l'autre. Et encore : chez Du Maurier, la première est morte, et c'est juste son souvenir qui torture la seconde. Dans mon cas, rien n'était éclairci, au nom de la bonne vieille idéologie baba qui voulait qu'on devait tout partager...

C'était tout simplement une horreur à vivre, mais cela n'était rien encore. Car il me faudrait, afin de pouvoir survivre, non seulement comprendre ce qui m'arrivait et tenter de résoudre les équations mortifères dont résultait la cohabitation, mais encore discerner que mon vrai problème n'était pas la femme qui résidait (encore) là, et qui elle aussi avait un enfant de l'homme qui nous réunissait ainsi, sans que nous l'ayant un seul instant souhaité, toutes deux.

Non, mon vrai problème, mais je n'allais l'apprendre que petit à petit, c'était elle.

Elle.

La maison.

Cette longue longère au lourd  toit d'ardoises d'un bleu-gris changeant, ces murs de torchis, ces  fenêtres fermées de volets de bois, ce jardin potager qui s'étendait à droite et à gauche de l'allée empierrée comme une déclaration, cette porte massive, peinte en bleu et fermée à clé, car il fallait passer par une autre porte pour entrer : elle me regardait arriver, cette maison-Manderley, et si je ne l'avais pas pressenti, elle allait bien entendu mettre les choses au point : car ma vraie rivale, c'était elle.  

(suite à demain)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans Mes textes

Un chien en hiver

Par Le 17/01/2016

Promenade hivernale avec Ti'punch, ce matin. J'ai vu, il y a des années, des dessins de jeunesse de Van Gogh qui étaient caractéristiques de cette ambiance : la froidure, les tons assourdis, quelques flocons de neige, les flaques luisantes et grises... Et un chien batifolant à loisir là-dedans, levant les lièvres et guettant les écureuils...

J'ai toujours un peu pitié de ces maîtres qui ne peuvent se passer d'une laisse, en promenade, comme s'ils craignaient une fuite. La relation entre mon remarquable chien et moi-même est bien plus forte que n'importe quel collier, n'importe quelle laisse. Et c'est de lui-même, désormais, sans que j'ai même besoin de le rappeler, que Ti'Punch revient vers moi pour se faire attacher (symboliquement, je me contente souvent de poser la main sur lui, et il reste ainsi immobile), quand un piéton ou un cycliste nous croise...

 

Je repensais à ce lien exceptionnel qui relie le chien à l'homme, hier, en revoyant, chez des amis, notre premier documentaire "la Bergère et l'Orchidée". Cinq ans ont passé, mais le portrait de Jeanne a gardé sa fraîcheur. Et je suis toujours aussi épatée par sa prestation : elle marche, devant, à son rythme, le bâton à la main. Toute la troupe "ed'moutons" suit derrière, comme un seul homme. Pas un qui déborde, qui la dépasse, qui s'égaille à droite, à gauche. Certes, il y a les chiens, qui travaillent avec elle, et contiennent le troupeau. Néanmoins ! Quiconque a eu affaire, même une seule fois, à quelques moutons, ne peut qu'être impressionné par la maîtrise absolue de cette femme, silouhette engoncée, l'hiver, dans une doudoune unisexe qui la rend comme invisible, alors que c'est l'acuité de son regard, sa relation aux bêtes, son endurance et sa fabuleuse maîtrise qui sont les seuls garants de son troupeau...

Dans le film, il y a une scène où un de ses chiens déclare son amour à Jeanne, qui en est presque gênée devant la caméra. C'est ce genre de modestie affective qui me va droit au coeur - portée, en plus, par un regard d'un bleu céleste,qui éclaire d'un seul coup un visage passé, ridé mais souriant...

Non, Clopin a raison, nous n'avons pas à rougir de ce premier essai. Si c'était à refaire, seule la construction du film serait bien plus soutenue. Mais Jeanne continuerait à l'éclairer de l'intérieur...

 

(à part ça, Clopinou a été tellement abasourdi de ce qu'il lit, sur les réseaux sociaux, à propos d'Edouard Louis, qu'il a décidé de répondre et de défendre le jeune auteur. Clopinou, c'est mon fils à moi ça.)

 

Dans Mes textes

Signe Extérieur nuit...

Par Le 15/01/2016

 

Entendu Delphine Horvilleur, femme-rabbin, sur France Cul ce matin : "toutes les religions ont des signes ou des symboles, mais la valeur de ces signes n'est pas la même. La kippa est un signe parfaitement compatible avec les valeurs universelles, puisqu'elle signifie que l'Homme est petit devant Dieu, avec  majuscule, c'est-à-dire avec l'acceptation "être humain qui croit en dieu". La burqa, elle,  signifie que la femme est petite devant l'homme. Ele n'est donc pas compatible avec les valeurs universelles..."

Quand le journaliste bronche et lui demande alors pourquoi les femmes juives se voilent-elles les cheveux, si ce n'est en signe de soumission aux hommes, Horvilleur botte en touche : "oui, c'est vrai, il faut que les religions, et pas seulement le judaïsme, revoient la place qu'elles accordent aux femmes, et plus généralement la place faite à l'altérité (homosexuels, convertis, étranger)"...

Je trouve que tout ceci est spécieux. La grande majorité de mes collègues, par exemple, portent des croix catholiques, solidement accrochées à leur cou et apparentes (par-dessus les vêtements). Si l'on accepte ceci, pourquoi refuser cela ?

La burqa est interdite dans l'espace public. J'aurais comme une tendance à interdire tous les signes religieux, sans distiinction. Et s'il existait un signe, un symbole d'athéisme, l'interdire aussi par là-dessus.

Parce que ce que je crois ou ne crois pas n'appartient qu'à moi... Et que si j'ai le droit d'exprimer mes croyances ou incroyances, je partage l'espace public pysique. Cet espace devrait donc être, dans mon esprit, dégagé de toute expression ostentatoire des uns ou des autres...

Quant à l'espace public immatériel... Ah là là... Ce vaste foutoir qui, au nom de la liberté d'expression, permet toutes les dérives... Il pose le problème le plus crucial de notre temps, à mon sens, et je n'ai aucune réponse valable à apporter, sinon le respect strict de la loi en la matière. Loi bafouée tous les jours que le bon dieu ne fait pas !

 

 

 

 

 

 

 

Dans Mes textes

Du danger des invitations...

Par Le 14/01/2016

Je devrais commencer à me préparer pour le week-end de l'ascension 2016. Or, je n'en fais rien. Je m'étais promis, pourtant, de mobiliser bon gré mal gré Clopin ou Clopinou, voire n'importe quel passant de Beaubec me tombant sous la main, pour "tester" la prestation que m'a demandée Véronique Aubouy, dès le mois de décembre, ou pendant les fêtes. Et nous voici à mi-janvier - et je n'ai même pas encore rouvert mon vieux pléïade à la couverture toute pourrie désormais...

Il s'agit pourtant d'un truc absolument fabuleux pour quelqu'un comme moi  : à savoir que je dois  jouer, en mai prochain, le rôle de "narratrice", en quelque sorte, dans un film sur Proust et les châteaux aristocratiques, film  qui doit être tourné à Trévarez, et pour lequel Véronique a eu la gentillesse de penser à moi.

C'est un vrai cadeau, parce que Trévarez, c'est CECI  (excusez du peu !), et que je suis sensée raconter un épisode de Sodome et Gomorrhe, la soirée chez la princesse de Guermantes où le narrateur n'est pas bien sûr d'être invité...

Or, c'est une scène qui me va bien, parce qu'au fond, moi non plus je ne suis pas bien sûre d'avoir été invitée... Non à une soirée mondaine,  mais bien plus fondamentalement : à la vie, tout simplement. A vivre...

Nous sommes quelques uns dans ce cas, qui nous rend parfois difficiles à comprendre aux yeux des autres, des légitimes... 

J'emploie le "nous" : il me semble en effet qu'il y a là comme une communauté qui, bien que non déclarée, existe cependant. Je ressens  parfois  une sorte d'attirance-répulsion vers telle ou telle personne, anonyme ou connue... Et, comme par hasard, j'apprends souvent que cette personne, elle non plus, n'a pas reçu la bonne invitation, à son entrée dans ce bas-monde. Depardieu, tenez, en est un bon exemple. Le mélange de force et de douceur qui émane si étrangement de lui est-il dû à ce déséquilibre, qu'il nous faut sans cesse compenser ?

Allons, je ferai mieux d'arrêter de divaguer et de me concentrer sur la tâche que l'on m'a assignée. Donc, commençons : "Je dois me rendre chez la princesse de Guermantes, et je ne suis pas bien sûre d'y avoir été invitée...."