Billets

Dans Mes textes

Mais comment je fais pour être d'accord avec les deux ???

Le 04/05/2017

La position de Clopin, je la connais : non, ce n'est pas un choix entre "la peste et le choléra". C'est choisir de ne pas laisser la place à l'extrême-droite, quitte à élire le représentant d'une classe sociale qui a tout intérêt à ce que "rien ne bouge".

Mais la position du Clopinou se tient aussi, morbleu, enfin à mon sens. Surtout quand je lis son dernier mail à ce sujet :

"Voter dimanche pour Macron c'est montrer que l'on adhère aux institutions politiques actuelles. Je n'y adhère pas, pas du tout. Elles sont aliénantes, clament la liberté du peuple tout en le soumettant aux lobbys économiques et médiatiques. Non, nous ne sommes pas en démocratie, et je ne veux pas participer par ma voix à légitimer ce simulacre. Macron détruit le code du travail, l'Etat social, est pour une Europe toujours plus néolibérale et financière, pour une mondialisation destructrice de sens et de solidarités, pour un système sociétal abrutissant, infantilisant et écologiquement désastreux. Voter pour Macron, c'est adhérer aux institutions politiques qui mènent à faire un tel choix. Hors de question que je légitime par ma voix cela sous prétexte que "c'est le moins pire futur possible" face à la  "menace fasciste" qu'on nous brandit comme un étendard sacré pour continuer de vivre dans le même monde de merde. Le FN est déjà le réservoir de la colère (légitime) des cons contre le système, je veux pas qu'en plus cette colère lui serve à se perpétuer par la peur..." (signé le Clopinou).

Bon du coup  me voici d'accord avec les deux (soupir) , et surtout je me dis qu'il fallait bien s'y attendre un jour  (re-soupir) : le Clopinou a sacrément grandi, certes, mais déjà tout tout petit, il y avait chez lui  une sorte de "curiosité volontaire" qui était  - à l'évidence- la posture qu'il allait adopter vis-à-vis du monde...

 

Et je le prouve ! Voici le Clopinou bébé :

 

Bebe nathan

 

(C'est vrai qu'il était rigolo,  comme bébé ; mais a posteriori, faut bien avouer qu'il n'a pas vraiment la tête -ni surtout le regard-  à voter Macron, celui-là...)

 

Je relaie, et ça me dit bien !!!

Le 03/05/2017

Citoyen(ne)s,

Si vous n'avez pas choisi dimanche dernier l'un des deux candidats présent au second tour,

Si vous choisissez d'aller voter dimanche 7 mai,

Ne vous rendez pas dans les isoloirs avant 17h !

Pour exprimer votre colère vis à vis du choix qu'il reste pour faire barrage au FN, attendez la fin de la journée pour vous rendre dans les bureaux de vote.

Ainsi, les chiffres de la participation à 12h et à 17h seront historiquement bas et seront la manifestation d'un cri de colère de tous les citoyens qui ne veulent pas du FN mais n'adhèrent pas au projet de M. Macron.

Il restera alors 2 ou 3 heures pour aller voter.

Partagez cet appel autour de vous !

 

PS : selon le code électoral et pour répondre à certaines remarques sur les files d'attentes possibles, toute personne dans le bureau de vote avant l'heure de fermeture peut voter. 19h et 20h ce sont les heures de fermeture des portes des bureaux pas la fin des votes.

PPS : il y a une pétition sur Change qui reprend l'idée de cet appel : https://www.change.org/p/bloquer-le-pen-sans-soutenir-macron-c-est-possible

Dans Mes textes

Le sourire d'une campagne ensoleillée...Et l'ombre d'une campagne empoisonnée.

Le 02/05/2017

Le festival  départemental "Terre de Paroles" a eu la bonne idée d' Ouliposer quelque peu ses manifestations, cette année. Et ce dernier samedi, après une matinée d'"atelier-lecture" autour de Perec (on s'est vraiment bien amusés), une soixantaine de valeureux littéraires, plus un anglais venu en Bray pour traduire le dernier  documentaire de Beaubec Productions, s'est retrouvée à Saint-Aubin le Cauf,  à vélo, et sous le soleil : du coup, l'avenue verte bruissante d'odeurs et de fleurs en boutons, l'atmosphère printanière, les coups de pédale  et les jeux littéraires ont fait bon ménage ;  nous étions devenus des festipédaleurs, en quelque sorte... 

Voilà qui  m'a un peu réparée de mes déboires bourgeois (ça, c'est une private joke pour ceux qui suivent !!!)...

Mais rien, pas même la bonhomie  ambiante d'un après-midi brayon, vélocipédique et littéraire, ne peut effacer l'arrière-plan politique de la sale période que nous traversons. L'oasis oulipienne n'y a pas échappé : dans la cour de l'ancienne école où nous nous sommes tous retrouvés, une fois les vélos remisés, Clopin n'a pu s'empêcher d'échanger quelques points de vue avec des participants, comme lui fortement inquiets des scores de l'extrême-droite :  il règne décidément comme une tension, un climat d'urgence, face à l'ombre portée de l'arrivée au pouvoir des néo-fascistes (même enrubannés de blondeur oxygénée). 

Clopin et son interlocuteur étaient du même avis, et parlaient fort  : "qu'importe que Macron soit le hérault d'une classe sociale et d'une organisation de l'économie responsables, ou au moins complices, d'un délabrement de plus en plus évident de notre monde, il faut cependant voter pour lui, afin d'écraser toute prétention de l'extrême-droite". Moi, j'avais encore dans l'oreille le témoignage de notre ami anglais : dès le lendemain du Brexit, les racistes, se sentant légitimés,  ont assassiné quatre immigrés, de l'Europe de l'Est ou du Moyen-Orient, à Londres ; est-ce que ma virulente indignation et  mon espoir déçu d'un monde autre, valent l'arrivée d'une Le Pen au pouvoir, avec ce que cela implique de danger, immédiat et palpable, pour le premier maghrébin, le premier musulman venu, le premier être humain qui aura le simple tort d'être "autre", "étranger", "différent"  ?

Est-ce que ma "vertueuse abstention" fait le poids, face à un risque pareil ?

L'épouse de l'interlocuteur de Clopin semblait, elle, très embarrassée : non de la teneur des propos des deux hommes, mais de la manière dont leurs voix résonnaient dans la cour, devant la soixantaine de personnes. "Je suis toujours gênée, j'ai toujours un peu peur", me dit-elle doucement, avec un peu d'effroi, "quand on se met à parler politique"...

J'ai pensé qu'elle avait vraiment tort. Quand la maison brûle, se préoccupe-t-on d'essuyer ses pieds sur le paillasson, avant d'entrer sauver ce qui peut l'être ? Je trouve qu'il y a, dans la "pudeur" que certains pratiquent  autour de "la politique", le même type de silence que celui qui a si longtemps entouré les violences pédophiles et sexuelles. Les "choses dont on ne doit pas parler", que l'on préfère enterrer, sous le tapis, qu'il est malséant d'évoquer, vous reviennent bien entendu toujours en boomerang... Et en pleine gueule.

Je crois qu'il faut au contraire regarder notre monde en face. Il faudra bien entendu, un jour ou l'autre, analyser cette période que l'on vit. Savoir pourquoi et comment on en est arrivés à cette situation si incroyablement tendue. Trouver, d'une manière ou d'une autre, le moyen de renouer un contrat social sans lequel la vie commune n'est que violence. Mais avant, il faut laisser la parole agir, il faut laisser les gens s'interroger les uns les autres. En tout cas, j'espère bien que les oulipiens passés, les Queneau, les Perec, n'auraient pas pris en mauvaise part la discussion de samedi : car si nous ne nous questionnons pas les uns les autres, nous risquons encore moins de trouver le début d'une réponse !!!

 

 

Dans Mes textes

Les murs meurent si rarement...

Le 28/04/2017

En droit foncier, le "jour de souffrance" (admirable invention de propriétaire) désigne ces ouvertures, dans un mur,  destinées à laisser passer un rai de lumière, mais pas le regard, ni l'air, ni la vue sur l'extérieur,  et encore moins un objet ou un être quelconque. Cela fait frissonner, bien sûr, tant l'ingéniosité humaine à rationner à autrui des substances essentielles à son existence s'illustre ici, mais c'est admirablement dit, je trouve... 

(Voici le schéma) :

Fiche28b

Il semble évident que tous les murs qui s'affirment aujourd'hui, se désirent et se construisent, du Moyen-Orient aux Balkans, du Mexique au parc Kruger en passant par Joypurhat, tous ces murs qui sont notre honte, ne seront jamais percés que de ces jours de souffrance : seule main tendue, seule promesse  offerte  à l'Autre, qui nous ressemble pourtant si fort.

Sauve ma voix (et un peu mon âme) : lettre à Jean-Luc

Le 25/04/2017

Jean-Luc Mélenchon,

Je suis antiraciste, féministe, écologiste, anticapitaliste.

Après trente ans  dans  la fonction publique territoriale, où je suis entrée car j'adhérais à la notion de "service public", je perçois le salaire net de 2500 euros par mois. Je suis obligée  d'attendre 62 ans et demi pour prendre ma retraite, et je ne toucherai alors que 1 500 euros mensuels. Mais pour conserver ces droits mirobolants, je me suis battue, longtemps, souvent. Chaque journée de grève m'a coûté  dans les 80 euros...

J'habite un petit village où la Le Pen a atteint le score de 39 % des suffrages exprimés.

Alors voilà. Tu te doutes bien que la simple idée de voir Le Pen à l'Elysée me révulse. Mais d'autre part, aller voter pour Macron, alors qu'avec le soutien intéressé de la droite, il va ratisser large, ben ça me dégoûte aussi.

C'est pour ça que je t'écris aujourd'hui :

Parce que je t'ai donné ma voix. Et que je voudrais qu'aujourd'hui, tu la vendes.

Vends-la. Tires-en le maximum que tu peux : tu as quinze jours pour ça.

Combien elle vaut, ma voix ?

Eh bien, tu as l'embarras du choix : elle vaut la fermeture définitive de Fessenheim, l'abandon de l'EPR de Flamanville, la fin de la collusion entre la FNSEA et le Ministère de l'agriculture, l'arrêt de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, le soutien massif à l'agriculture bio, la réaffirmation dans les actes de la laïcité. Par exemple.  Je te donne même le droit d'en rajouter, à ma liste : c'est toi qui vois.

Tu sais, j'ai déjà voté Chirac en 2002, soi-disant pour "barrer la route à Le Pen". Je trouve que ça n'a pas très bien marché, comme stratégie...

Alors démerde-toi pour vendre ma voix un bon prix. Obtiens le maximum que tu peux, et bon, d'accord, je retournerai voter "contre Le Pen".

Mais je t'en prie, ne la brade pas, cette voix que je t'ai donnée. Y'a un peu de mon âme, à moi l'athée, à moi  et à tous mes proches,  dedans... 

D'accord ?

 

 

 

Encres sympathiques

Le 20/04/2017

Je déchiffre de mieux en mieux les messages écrits à l’encre  sympathique du quotidien. Celle avec laquelle sont tracés les mots « C’était mieux avant », qui cachent,  d’évidence,  le vrai message : « J’étais mieux avant »

 

Je ne veux pas dire du mal de mon jeune temps : c’était génial d’avoir 20 ans en 1975,  de tenter de « vivre autrement » et de « jouir sans entraves », de se battre (littéralement, hein, via les manifs musclées et les bourrades reçues)  pour les droits des gays et des femmes,  exiger l'égalité et le changement de point de vue (savez-vous que, dans la première version de « Bonne nuit les Petits », « Pimprenelle » s’appelait « Péronnelle », car une petite fille ne pouvait être perçue que de manière dévalorisée, en face  du sage petit Nicolas ?) . Mais même si, perso, j’échappais à la chape de plomb ancestrale qui pesait sur le sort des filles, et j’avais dû m’enfuir à toutes jambes de mon milieu d’origine pour ça, n’empêche que le gros de la société, lui, était encore englué de conservatisme patriarcal.

Alors, avoir 20 ans aujourd’hui, et malgré tout – (tout : le monde à feu et à sang, les régressions de toute part, la folie de la mondialisation comme énième avatar du capitalisme, et la banquise qui fond-) ça m’aurait bien plu aussi.

De mon temps, par exemple, les artistes  filles étaient rarissimes, qui jouaient d’un instrument de musique. Pour 100 chanteuses, combien de musiciennes ? Nous n’avions pas le droit non plus, sur scène, de manier l’humour : pour une Sylvie Joly ou une Zouc (géniale, cette dernière), combien de rôles enfermés, stéréotypés ? La réplique sanglante, le rire, la dérision, tout cela était masculin…

Quand aujourd’hui je vois par exemple Salut Salon, j’ai comme un regret qui tressaille au tréfonds : ça doit être jouissif, finalement, d’avoir 20 ans au vingt-et-unième siècle, et d’être femme, talentueuse, intelligente et drôle. Tout ce que j’aurais finalement loupé, mais ça, je le pense et l’écris à l’encre pas sympathique du tout…

 

(et Bravo et Salut, Salon !)

https://youtu.be/BKezUd_xw20

 

 

Dans Mes textes

La première chose à faire...

Le 15/04/2017

Comme le nouveau projet de film commence à se concrétiser, et que les délais seront cette fois réduits (18 mois seulement), je vais devoir cravacher et m'y mettre sérieusement. Aussi, pénétrée du sentiment d'urgence, vais-je m'atteler à ma toute première tâche : relire les souvenirs entomologiques de Fabre. Soit deux jolis petits pavés qui relatent par le menu toutes les recherches entomologiques de l'immense naturaliste que fut Fabre. Même pour une rapide comme moi, c'est au bas mot un bon mois de lectures quotidiennes qui s'ouvre devant moi. Mais la rigueur du propos et l'empreinte que je voudrais bien laisser sur le film sont à ce prix.

Ce n'est que justice, cette relecture : Fabre, comme quelques autres comme Giono, a été une de ces "lectures déterminantes" qui ont fait pencher la balance de ma vie. Comme si souvent, ce fut un cadeau de Jim. Son dernier cadeau, en fait, en guise de viatique, quand j'ai définitivement quitté Rouen et donc la vie commune d'avec lui, et avant que la maladie ne s'abatte sur lui, quelques années plus tard... Je me revois ouvrant la première page, vaguement méfiante, sur la défensive quoi - les goûts de Jim étaient parfois si étranges... Mais j'ai été captivée sur le champ, et je me revois, patiemment, avec émerveillement même, lisant page après page cette sorte d'encyclopédie du minuscule que représentent  les souvenirs de Fabre. Je me revois aussi tressautant sur ma place de cinéma, à la sortie de "Microcosmos", en vouant que le film est dédicacé au savant : j'en aurais pleuré de gratitude...

 

Oui, c'est vraiment la toute première chose à faire : recommencer cette lecture, m'en nourrir, m'en abreuver : qu'elle soit le limon de mon travail d'écriture, en attendant, évidemment, que les images de Clopin ne viennent vivifier le tout !

 

Fabre

Dans Mes textes

Asinus asinum fricat...

Le 14/04/2017

on a beau être libertaire, pour une société sans classes,  ni dieux, ni maîtres, on n'en est pas moins attachés à la conservation des espèces animales. Notre rencontre avec Franck, secrétaire de l'association des Grands Noirs du Berry, a été l'occasion de penser à remplacer notre irremplaçable. Eh oui. Je veux bien entendu parler de Dagobert, mâle entier et pourtant doux comme un agneau avec nous, compagnon de quelques vingt années d'amitié et de services rendus...

Trève de nostalgie, il vaut mieux continuer à vivre, n'est-ce pas. Et donc une noce à tout casser va être organisée, dès demain,  dans l'espoir d'une naissance d'un nouveau grand Noir beaubequois : mariage non forcé, entre notre ânesse et l'étalon de Franck.  Tous deux inscrits aux livrets nationaux idoines, et tout deux prêts pour l'aventure, surtout Quenotte, qui rabat les oreilles et mâche du chewing-gums,  signes infaillibles des chaleurs...

Le nom des mariés ? Quenotte de la Brande et Ugolin de Kervoisan. Ni Balzac, ni Proust n'auraient renié cette aristocratie-là...

Ca en jette, hein ?

 

Il  ne s'agit pourtant que d'un couple d'ânes...