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clopine
Le 07/08/2016
Ca n'a l'air de rien, une ligne de flottaison, m'enfin : il y faut de la rame, quelquefois !

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clopine
Le 06/08/2016
Bon, ben j'en ai ras l'bol d'entendre comparer les jihadistes suicidaires qui viennent jusque dans nos bras (recouverts d'ambre solaire indice 50) égorger nos fils et nos compagnes, de "fous" ou de "nazis islamistes".
Ils ne sont pas fous : cf. l'excellent article dans Charlie Hebdo de cette semaine, qui revient sur la définition exacte de l'acte criminel exécuté par soumission à l'autorité... Il y a une logique dans Daech, faudrait peut-être arriver à l'admettre...
Et quant au qualificatif de "nazis", qui certes déniaient l'humanité à leurs cibles (ce qui est bien commode quand il s'agit de génocider à tour de bras), mais qui ne se mettaient pas eux-même directement en cause, je trouve qu'il est impropre : je préfèrerais comparer les jihadistes aux kamikazes japonais de la seconde guerre mondiale.
Vous me direz que le kamikaze avait plutôt tendance à faire péter la gueule aux marins d'un porte-avions, aux soldats d'un camp militaire, bref, à des personnes militarisées plutôt qu'à n'importe quel pékin occidental (je dis "pékin" pour faire ressortir le côté nippon du kamikaze, bien entendu).
Certes, mais Hiro-Hito "en avait sous la pédale", question identité nationale, valorisation des valeurs guerrières, arsenal militaire, base terrestre solide, empire dûment constaté, croyances divines et obéissance aveugle. Daech n'en est encore qu'à ses débuts, alors il fait un peu dans l'amateur, encore. Mais vous verrez qu'après quinze ans de "vrai" état islamique, le "vrai" jihadiste sera certes récompensé d'avoir égorgé un cureton, une rédaction de journalistes, des passants qui passent, des voyageurs déjà pris en otage par les grévistes dans une gare ou des amateurs de (mauvaise, m'enfin bon) musique mais on chipotera "oui, c'est bien, m'enfin, peut mieux faire" : se faire péter la gueule en faisant exploser une centrale nucléaire, par exemple, voilà ce qui se rapprochera le plus le jihadiste contemporain du bon vieux kamikaze...
Une fois avoir pensé à tout ça je m'en suis allée faire un tour sur wikipédia, histoire de me renseigner. 17 000... Il y avait 17 000 bonshommes qui étaient engagés, dans l'armée japonaise, dans des unités kamikazes, c'est-à-dire ayant accepté l'idée du suicide, pendant la dernière guerre mondiale
Sur ces 17 000, 5 000 ont été "vraiment" kamikazes, c'est-à-dire, avec plus ou moins de réussite, se sont vraiment suicidés en causant la mort de l'ennemi.
5 000.
Si on se dit, que, grosso modo, daech arrivera un jour à recruter via le pôle emploi de là-bas la même proportion de gars, et que seule une petite vingtaine d'entre eux sont venus s'égailler ici dans le but volontaire de se buter (certes, ils sont arrivés à faire annuler la braderie de Lille, ce porte-avions de la civilisation occidentale, m'enfin on peut toujours faire mieux les gars, il reste du boulot, allez, hop, hop, hop), ça nous en laisserait 4 480 à se coltiner...
je dis ça, je dis rien.
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clopine
Le 05/08/2016
L’appel à tartes (8) : pratiquer le jeté d’éponge.
Avec son accent anglais prononcé qui augmentait encore la bonhomie du personnage, M. Monk (non ! Je ne parlerai pas à sa tête ni à aucune autre partie de son corps, même à la récré !) nous donna ses consignes oulipiennes, d’une simplicité enfantine.
Il s’agissait d’écrire un Haïku, au beau milieu d’une page. On allait commencer par ça, et on verrait après.
Tout le monde connaissait-il les haïkus ? Oui, n’est-ce pas ? C’était court, japonais, ça mélangeait les plans du rapport au monde, et il suffisait surtout de respecter le fameux rythme des trois vers :
5
7
5
Mais ce ne serait pas très grave, même si ça dérapait un peu, parce que le but du jeu allait être, in fine, de mélanger les haïkus produits les uns après les autres, façon shaker, pour goûter la saveur collective et légèrement exotique qui allait en sortir.
Le soupir de contentement qui s’échappa des diverses poitrines, de divers formats, situées autour de moi fut unanime, ainsi que la détente provoquée par l’accessibilité de l’animateur, parlant à toutes, demandant les prénoms, et prodiguant conseils et encouragements…
Et toutes se mirent avec ardeur au travail, se permettant même quelques plaisanteries… Des journées pareilles, clôturées comme le voulait la tradition, en début de soirée, par un apéro-spectacle (nos animateurs se mettant scène deux par deux voire tous à la fois, comme le jeudi soir, pour des séances hilarantes façon « papous dans la tête »), réalisaient enfin les promesses du menu qui m’avait amenée jusqu’ici, m’asseoir à cette table.
Sauf que j’en sortis, sans rire, les larmes aux yeux.
Oh, pour une fois, ce n’était pas le froid glacial de l'animateur, ni un « bon conseil » donné par une personne à qui je n’en demandais pas, ni même une phrase de rejet, ni même un haussement d’épaules qui m’empêchait de partager la liesse collective.
C’était le haïku.
Moi qui, par plaisir, griffonne parfois sonnets et madrigaux, et qui peut produire des alexandrins comme une poule de Gournay pond des œufs (elles sont réputées pour ça), j’ai un sérieux, mais alors, un sérieux, hein, vraiment très sérieux problème avec les haïkus.
Et pourtant ! La « musique de l’impair » verlainienne m’est familière… Et mon surnom l’indique : mes quelques problèmes pédestres, sur cette terre, me permettent, surtout dans les escaliers, de claudiquer à tous les rythmes imaginables.
On aurait pu donc croire que, pour écrire un « simple » haïku, il me suffirait de monter ou descendre, en imagination, un escalier tournoyant sur lui-même : cinq marches, une pause, sept marches, une pause, cinq marches, le palier.
Eh bien cela m’était tout simplement impossible.
Sans rire.
Pendant que mes camarades, impatientées, me regardaient biffer des feuilles entières de débuts de phrases, et prenaient très certainement mes difficultés (qui retardaient, une fois de plus, « tout le monde » ) pour une nouvelle démonstration de singularité voulue, vaniteuse et imbécile, pendant que l’animateur me soufflait qu’il me suffisait de prendre des mots, sans trop me soucier ni du sens ni de l’effet, qu’il fallait que j’oublie tout ce que pouvait comporter, comme sens plus ou moins sublimés, le concept même du haïku, bref, que je n’avais qu’à faire n’importe quoi et que ça irait très bien comme ça, je soufflais comme une baleine, croisais et décroisais les doigts, tambourinais sur la table pour compter mes pieds, et finissais par tout raturer.
J’en appelai à la Fontaine, que je tiens pour le maître absolu de l’aisance rythmique :
« La Cigale, ayant chanté » ( youpi !!! 7, indiscutablement !!!)
« tout l’été » (noooon… 3, seulement 3 !!! )
Je pensais simultanément à quatre, six, huit phrases à la fois, je tentai de me dépêcher, mais le verdict tomba aussi verticalement que la lame du bon docteur Guillotin sur les vers d’André Chénier.
Je n’étais capable que d’écrire des bouts de phrases de quatre, six, huit pieds, ou autre, mais aucun de cinq, ni encore moins de sept.
Point final (3). Impossibilité absolue (9). J’ai envie de vomir (6).
« On « me conseilla (toujours sans que j’eus sollicité quoique ce soit), de faire des alexandrins et d’en prélever des bouts : mais j’étais devenue trop paniquée pour ça, et retournais à mon pitoyable résultat :
« Trop difficile (5, et encore, avec l’indulgence du jury, si on veut bien quoi)
Je n’aime pas le Japon
Ni non plus souffrir »
Il fallut bien s’en contenter, et je passais le reste de la matinée à faire semblant de participer, tout en me demandant ce qui avait bien pu m’arriver.
Certes, je ne suis pas foutue de manier des baguettes pour manger mes nouilles yakisoba à la sauce au gingembre, je ne raffole pas non plus des sushis, ni d’ailleurs de la civilisation japonaise, en gros, et en particulier sa constante propension à construire des centrales nucléaires sur des zones sismiques. Je reste si froide devant un jardin zen que j’en viens à réclamer une petite laine, n’ai vraiment aimé, du mont Fuji, que la scène de « lost in translation » où il est transformé en trou de golf, et je n’ai aucun goût pour les films de Takahata ou Yamazaki, sans compter mon impatience devant les moindres mangas, qui me font le même effet que les poupées de porcelaine aux yeux vides asseyant leurs rubans au-dessus des téléviseurs d’antan.
Mais de là à être infoutue d’aligner cinq mots, puis sept, puis cinq…
A la pause déjeuner, je croisai devant le marchand de sandwichs notre animateur Ian Monk, à qui je tentai de décrire l’effet terrible et destructeur que mon impuissance à écrire le moindre haïku causait à mon ego. Il eut envie de me tapoter sur l’épaule, je le vis bien, fut plein de gentillesse à mon égard, et me conseilla simplement de « ne pas trop intellectualiser tout ça ».
On voyait bien qu’il ne faisait pas partie du groupe d’Hervé Le Tellier, tiens…
Je me suis résignée et ai terminé comme j’ai pu, une semaine aussi décevante qu’inutile. Aussitôt le dernier texte écrit pour le « roman collectif » (je ne voulais quand même pas partir en laissant le travail collectif « en plan »), je me suis levée et suis partie, sans vouloir « profiter » du repas du soir et de la grande soirée de restitution des chefs d’œuvre de la semaine, que toutes attendaient pourtant avidement… La seule question qu’on posa, à ma sortie, ne fut pas pour s’inquiéter de mon départ ou de ses motifs, ni même pour me souhaiter un bon retour, mais fut : « mais qui donc allait lire mon texte (de cinq lignes…) le soir ? ».
C’était leur seul souci… Je répondis « n’importe qui fera l’affaire », et sortis donc sans dire « au revoir »… Il est vrai, dieu me pardonne, que personne ne m’avait dit « bonjour ».
Voici ma triste histoire finie. Pas tout-à-fait, cependant. Mon mail figure dans la liste d’adresses du « groupe », j’ai donc (pour combien de temps ?) accès aux échanges post-formation… J’ai donc appris par ce biais, sans que quiconque m’en avertisse autrement que par omission, que le groupe avait décidé de n’utiliser aucun de mes textes pondus pendant la semaine.
…
C’est un nouveau jeu oulipien, supposé-je : le lipogramme en correction, bienveillance et chaleur humaine…
FIN
PS :
Hervé Le Tellier a aussi présenté, le soir de son « show », un numéro basé sur les homonymies d »André Breton » : le « mur » de l’appartement du poète rapproché des « murs » sur facebook, où des inconnus postent leurs photos de vacances. C’était plutôt féroce pour le poète, mais surtout très cruel pour les malheureux « André Breton » qui étaient ainsi ridiculisés : je n’ai même pas souri. Par contre, affublé d’un égouttoir à nouilles et d’un tuyau d’aspirateur sur la tête, le même Le Tellier a tenu sa place dans une parodie hilarante, façon Monthy Python, qui célébrait les morts conjointes de Shakespeare et Cervantès, où le loufoque le disputait à la drôlerie. J'aurais donc goûté au moins cela, mais ma voisine m’apprit, d'une petite voix savourant sa satisfaction "d'en être", que l’auteur de la pochade, Olivier Salon, était avec Le Tellier considéré comme le « must du must », la "crème", du club très fermé des oulipiens, « loin devant les autres ».
Bon sang.
Même entre eux, c’était donc la compèt ? Peut-être était-ce pour cela que je n’avais pas trouvé ma place, et sans doute vraiment "dérangé le monde ": je n’aime pas non plus les compétitions : comme une tendance à jeter l'éponge...
L'appel à Tartes (7) : l"X" dans les équations oulipiennes...
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clopine
Le 02/08/2016
Le récit vengeur que j'ai commis ici, fraîchement revenue, visait bien entendu à me réparer. Je vais le finir, mais j'en demande d'avance pardon (sait-on jamais !).
Car je ne voudrais pas que quelqu'une que j'aurais croisée, là-bas, en ressorte froissée, ici.
Sauf "X", bien entendu ; dans son genre, "X" a en effet atteint des sommets.
Le "couloir" me l'a appris dès le premier jour : "X" était " la maîtresse de Y", (je n'ai pas bien compris qui était "Y"" , et en plus je m'en foutais royalement, m'enfin on ne pouvait échapper à cette information, semblait-il ). Cela lui permettait d'avoir pour le coup une attitude royalement conquérante et irradiant la confiance en soi (malgré une nervosité certaine, une beauté déjà bien attaquée par l'âge et une sorte de fausse réserve -comme si elle avait eu envie de rompre un incognito subi malgré elle - tout en allant fumer clope sur clope à la fenêtre, ).
Ce statut particulier semblait lui accorder quelques privilèges : arriver avec deux heures de retard, sans même s'excuser, s'asseoir pour débiter son texte, échappant ainsi à celui des onze autres produits la veille , dont nous écoutions patiemment le rendu oral depuis le début de la matinée, distribuer conseils et avis en faisant bien sentir qu'ils étaient "autorisés" et donc "indiscutables", et enfin bien spécifier à l'organisatrice venue relever les noms des participants au banquet final, "qu'elle, elle ne faisait pas partie des stagiaires, n'est-ce pas, mais de "l'équipe" des organisateurs, 'invités d'honneur et personnalités".
Ben voyons.
Nos rapports furent évidents de suite : elle eut envie de me gifler aux premiers et derniers mots échangés.
Qu'aurions pu nous dire, d'ailleurs, puisqu'ellle trouvait, elle, "absolument génial qu'il n'y ait eu aucun tour de table ni aucune espèce de dynamique de groupe mis en place : au contraire, la création littéraire des textes écrits en commun serait ainsi sublimée par notre absence d'esprit de groupe, car nous n'étions pas là pour nous aimer, mais bien pour acquérir des techniques qui allaient nous permettre d'approcher la génie littéraire dans ce qu'il avait de plus fondamental. "... Elle approuva bien évdemment sans réserve (voire en le suggérant) le choix final du texte "écrit en commun", clou de la semaine qui devait être enfoncé devant l'ensemble des participants pendant la dernière soirée, et qui fut évidemment à l'opposé de mon goût personnel.
Je reconnais que peu de gens y sont arrivés, mais "X" me fit taire : j'atteignais, avec elle, un tel niveau de non-communication que seul le silence pouvait permettre notre coexistence dans la même pièce, et j'eus la sagesse de m'y tenir...
Mais ce serait évidemment mentir que de brosser ainsi le portrait de toutes les participantes. En réalité, nombre d'entre elles étaient des femmes empathiques, intelligentes et cultivées, plutôt fines et aux remarques frappées du bon sens. Je me souviens du sourire réconfortant de l'une d'elles (la seule, d'ailleurs, qui me tendit la main à mon départ...) : j'avais tenté d'expliquer mon malaise, elle m'avait écoutée (vraiment, pas comme d'autres dont la conviction d'être au nirvana bouchait les oreilles pire que le cérumen ) et crue - mais m'avait répliqué, avec justesse, que le manque de convivialité que j'éprouvais au sein du "groupe" provenait peut-être aussi de ma propre attitude : pourquoi faire l'effort d'aller parler à quelqu'un à la mine renfrognée et à la nette tendance à l'isolement ?
C'était parfaitement juste. Or, si j'ai beaucoup de défauts, j'ai au moins une qualité : quand on me met le nez dans ma merde, j'admets qu'elle sent mauvais.
Après tout, je n'avais pas à juger l'attitude de Le Tellier, et à balancer si sa froideur provenait de la timidité, de l'arrogance, ou d'une réserve pédagogique visant à l'égalitarisme en vigueur dans nos écoles républicaines. Certes, son stage était si scolaire que, dès le second jour, j'en étais venue à lever le doigt pour poser une question, et j'avais spatialement dégringolé du premier rang (près du maître) à la toute dernière place, la plus éloignée (au bout de la pièce) ; certes, ostensiblement, ma plus proche voisine avait changé de place. Certes enfin , j'avais l'impression que nos "créations littéraires fondamentales" nous valaient un bon 12, et que s'il n'y avait pas de quoi rougir, il n'avait pas non plus à pavoiser...
M'enfin, si ça ne lui posait pas de problèmes, à Le Tellier, et s'il était aimé ainsi, de quoi donc me mêlé-je ? Le malaise pouvait provenir de ma personnalité rebutante... C'était elle qui me valait cette froideur et ces avanies...
Bref, en un éclair de lucidité, je me suis dit :
"Mais c'est bien sûr ! Michel Houellebecq, c'est moi !"
Je sentis aussitôt que cette formule n'aurait pas grand avenir, et surtout qu'elle ne m'aiderait pas à passer la semaine. Heureusement, les coups de fil quotidiens de Clopin, qui insistait pour que j'insiste, m'aidèrent à tenir le coup.
Eux, et une 'intervention chaleureuse et débonnaire, qui seule, je crois bien, aurait pu me servir de bouée, ustensile devenu si nécessaire à ma ligne de flottaison, totalement défaillante : Yan Monk (officiellement chargé des "débutants"), oulipien patenté, vint s'occuper de notre "groupe" pendant une matinée.
La veille, on avait entendu, à travers les cloisons, de longues rafales de rires provenant de la séance qu'il animait, qui rendaient encore plus assourdissant, par constraste, le terne silence qui entourait nos travaux appliqués.
Dès que Yan, avec bonhomie, entra dans notre salle, il apporta une chaleur que j'avais crue incompatible avec l'esprit oulipien. Non seulement il remarqua d'emblée que la disposition des tables n'était guère conviviale, et nous la fit changer (mais "X", dès le lendemain, rétablit celle d'origine, et sur une question demandant pourquoi on changeait à nouveau , elle eut ces mots sublimes "J'ai décidé unilatéralement de rétablir la disposition de départ, car sinon je manque de place" (*) , réplique qui vous montre à quel point ma résolution de garder le silence avec elle était héroïque, en vrai), mais il tint à nous rassurer d'emblée sur les consignes, dont le respect pouvait être relatif, sur la valeur de notre travail, qui n'avait aucune importance, et nous recommanda surtout de prendre du plaisir...
J'étais sauvée.
L'étais-je vraiment ?
(suite encore plus pathétique à plus tard, mais j'ai des bagages à défaire, alors...)
(*) : totalement authentique.Hélas.
Mon histoire n'est pas finie MAIS
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clopine
Le 24/07/2016
Partie une semaine à Montpellier, me voici instllée dans un superbe appartement non installé, lui, qui complique tout, et surtout la frape et la mise en ligne de la fin de mes désopilantes aventures oulipiennes. Je verrai demai si je peux trouver un endroit où il soit possible de taper autrement qu'à genoux, mais pour ce soir : au lit ! Poh !
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clopine
Le 23/07/2016
Tarte N°6, dite « et pour cela préfère l’impair »
Bien entendu, j’ai accumulé un tel nombre de gaffes, pendant cette semaine oulipienne, qu’il faudrait un souffle un peu plus puissant que le mien pour en dresser l’inventaire avec exactitude.
Je vais vous en citer cependant quelques unes, histoire de me déculpabiliser un tantinet :
- A l’annonce des résultats, je veux dire quand j’ai appris que je rejoignais, (ô surprise), l’atelier animé par Hervé Le Tellier, j’ai interpellé ce dernier dans la cour de l’école. D’un ton léger (enfin, d’un ton léger dans ma tête, toute encore imprégnée des facéties Le Telliériennes en matière de courrier à François Mitterrand), je l’ai abordé en ces termes : , « Dites, Monsieur Le Tellier, je voulais vous dire « merci », car c’est grâce à vous si je suis ici… » Et puis j’ai voulu faire ma maline, et j’ai ajouté d’un ton plaisant, cherchant la complicité quoi, (le tout toujours dans ma tête, évidemment) : « mais vous savez, je suis difficilement soluble dans le collectif, alors en cas d’échec, je vous en tiendrais responsable…. »
Le Tellier (qui sifflait son gobelet de café sans daigner même regarder celle qui lui adressait ainsi la parole), me répondit, impeccablement imperturbable : « Bien entendu ». Et il me tourna le dos. Aussi sec.
Gloups.
- La pause de midi me troubla encore plus, car personne ne sembla s’occuper de personne. En pareille occurrence, généralement, l’animateur dit quelques mots sur les modalités pratiques des repas, se joint souvent au groupe et en profite pour faire faire connaissance aux uns et aux autres. Là, pfffouuu… Tous les oiseaux s’envolèrent d’un coup, laissant quelques isolées, qui avaient le seul tort de venir pour la première fois, mâcher solitairement leurs sandwichs touristiques. Dont moi, évidemment.
Re-gloups.
- Mais là où je compris que j’allais vraiment être exclue de cette Cène où, de part et d’autre du Christ-Oulipien, 12 disciples s’agitaient, ce fut quand on m’expliqua qu’il était fort mal venu, de ma part, de râler contre le prix à mes yeux excessif de la bouteille d’eau vendue, non dans une épicerie qui n’existait pas dans ce centre ville touristique, mais dans une « paneterie » : d’abord, « ce n’était pas si cher que cela », estima-t-on ( eh oui, tout est relatif, même la pauvreté). Enfin, une bonbonne était à disposition de toutes, dans la salle. Ne l’avais-je pas vue ?
- Beh non, je n’avais pas vu la grosse bonbonne, et je commençais à comprendre qu’en plus du strict règlement intérieur
du Jockey Clubde l’Oulipo, il y avait, dans les ateliers ouverts au vulgum pecus, un règlement non écrit mais qui classait les participantes entre « celles qui en étaient » et « celles qui n’en étaient pas ».
Re-re-gloups : je vous laisse deviner quel camp était le mien.
Je n’avais cependant pendant encore pris bien conscience que toutes ces gaffes étaient de ma faute, de ma très grande faute, comme de ne pas savoir où étaient ces p… de toilettes particulièrement bien cachées et non signalées, dans l’immense bâtiment harmonieux mais négligé où des restes de l’année scolaire, grands cartons, toiles bâchées, trainaient encore un peu partout.
Je les cherchais longtemps, ces toilettes, n’osant pas interrompre les groupes de travail par une question intempestive, et pourtant il était urgent que je libère ma vessie, mais disons qu’à ce stade mon méat ne culpait pas encore, enfin, pas trop.
Mais ça allait changer très vite, et j’allais m’apercevoir que j’avais définitivement tiré la « boule noire » du blackboulage qui allait être mon lot.
- J’avais en effet cru que les ateliers oulipiens, certes adaptés à un « grand public » moins érudit et moins spécialisé que les écrivains « officiels », mais néanmoins pourvu des références nécessaires, avaient comme but de nous distraire, voire même de nous instruire en nous amusant, comme chez ce cher Rabelais.
Qu’on était là pour rire, quoi, comme on rit en écoutant les Papous de Françoise Treussard…
Je croyais même , simplette que j’’étais, qu’on allait jouer à des jeux papous : le délicieux et terrible diagnostic à l’aveugle, le « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », le « +7 », les lipogrammes en « w « (les seuls à ma portée…), les « experts contre faussaires », les fables revisitées, bref, tout ce qui m’ enchantait auditivement, pendant que je dégustais mes poulets dominicaux. Tout ce à quoi j’ai joué avec le pauvre Jim, pendant tant d’années, pendant qu’il me faisait écouter Satie et qu’il comparait l’humour de Perec à celui de Carroll… (nostalgie !)
Or, toutes les filles étaient formelles, et même le prof le préposé Oulipien.
Ici, on ALLAIT TRAVAILLER, NON MAIS.
Il ne s’agissait pas de batifoler, mais bien d’acquérir très sérieusement les rudiments des techniques que les grands ancêtres vénérés avaient utilisés pour bâtir leurs chefs d’œuvre.
Ou, pour employer une autre image, il ne s’agissait pas de faire tourner, comme le petit Marcel sur les Champs-Elysées, la roue de l’Homme de Vitruve de Léonard sur elle-même, à l’aide d’une baguette pour voir combien de temps elle tournerait avant de se casser la gueule. Il s’agissait plutôt, armé de règles, de compas et d’équerres mentales, de calculer les angles qui servaient au contraire à la faire tenir debout…
Nuance.
L’atelier tout entier se déroulerait, journée après journée, en deux phases : un, chacun de nous écrirait un texte respectant des consignes et les contraintes formulées par le maître, le prof, euh, l’animateur-écrivain de l’atelier, même si ça devait durer 6 heures d'affilée,
Deux , chacun de nous lirait son Oeuvre à toutes les autres, réunies dans la concentration d’une audition respectueuse, pendant disons une heure et demie-deux heures.
Ce programme n’était encore rien.
Le travail étant du coup « difficile », on nous demandait de la concentration, de l’humilité et, si possible, le « moins de bruit possible ».
Je vous jure ; quand j’ai appris ça, une fourmi commença à parcourir doucement mes orteils, puis mes chevilles, remonta vers mes genoux, traversa rapidement ma région pelvienne, explora mon ventre rebondi, dédaigna mon soutien-gorge et s’implanta directement dans ma gorge, où elle se ficha droit, empoisonnée telle une pointe sarbacanée par un arumbayien tintinophile.
Car bibi, j’étais venue en VACANCES.
D’ailleurs, je suis formelle : toutes les affiches, tracts, flyers annonces sur facebook et autres précisaient que la manifestation oulipienne s’appelait :
« RECREATIONS »
(vous pouvez vérifier, je vous en prie)
Récréations ! Mon cul sur la commode, oui…
Et c’est alors que je me rendis compte que :
- D’abord, il avait fallu attendre onze heures pour que quelqu’un propose qu’on affiche nos prénoms, et je n’avais pas pu les lire, vu la disposition malcommode des tables. Je ne savais donc pas du tout avec qui j’étais, d’autant qu’il n’y avait même pas eu le traditionnel « tour de table » où chacune, en trois phrases, se nomme, dit de quelle région elle vient et pourquoi, en trois mots, elle est là, si c’est la première fois ou non, etc.
- Ensuite, l’annonce du programme, à savoir qu’on allait TRAVAILLER et ACQUERIR DES TECHNIQUES que chacune, à sa guise, pourrait ensuite exploiter avec le brio qui serait le sien, n’avait semblé épouvanter personne, sauf moi. Toutes mes compagnes, sauf une ou deux (dont je reparlerai), semblaient aussi volontaires pour ce programme épouvantable qu’un groupe de scouts de France embarquant pour une petite croisière au large des côtes bretonnes, sous l’égide de leur berger spirituel préféré (quoique rude). Le vent, résolument positif, fouettait les visages et élargissait les sourires…
- Ces deux circonstances mises en parallèle me firent d’un seul coup comprendre l’évidence. En fait, mes compagnes entassées autour de cette maudite table de cours, trop longue et trop étroite, qui empêchait toute convivialité, JE LES RECONNAISSAIS.
Comment avais-je pu les oublier ?
Certes, elles avaient un peu changé, étaient plus souriantes que dans mon souvenir, d’un abord ma foi un peu plus plaisant qu’autrefois.
Mais c’étaient bien elles : c’étaient toutes mes anciennes professeures de mathématiques, d’anglais, d’histoire-géographique ou d’économie, enfin, toutes celles dont j’avais eu tellement la trouille : ils n’y avaient qu’elles qui pouvaient ainsi se pourlécher d’avance à l’annonce d’un programme aussi laborieux.
Mon intuition se confirma très vite, dès que j’ouvris la bouche malgré l’interdiction. (ça aussi, c’était du vécu).
Quand j’ai demandé au prof quelques explications supplémentaires sur l’énoncé du problème qu’il nous exposait, ma voisine de face m’informa en effet, assez sèchement, que « poser de telles questions, c’était bien, m’enfin que ça enlevait du temps à tout le monde, ça dérangeait quoi, et que je n’avais qu’à faire comme les autres, ce n’était pas si difficile à comprendre, tout de même »
C’était elle !
Le ton de la voix, la légère commisération de la phrase, la sûreté du jugement sur moi, l’assurance du bon droit avec lequel elle allait me coller un 2/20, la condescendance consciente de l’évidence du service rendu en me remettant à ma place « pour mon bien » : c’était bien Madame Grangier, ma prof de maths de la quatrième 4è 3 de 1969 (ou bien c’était sa descendante directe, enfin quelqu’un qui partageait visiblement le même ADN) . Et elle était là avec toute l’ancienne salle des profs…
Donc, en résumé et à quelques exceptions près, j’allais consacrer ma semaine de « vacances » à « travailler » avec les descendantes directes de celles qui avaient marqué, au fer rouge de l’ennui, les heures les plus longues et les plus pénibles de ma vie scolaire…
« RECREATIONS »
!!!
Douze culs, au moins, sur la commode, oui.
(la suite moins indignée mais tout aussi désastreuse, voire plus, demain.)
Par
clopine
Le 22/07/2016
Tarte N° 5, dite « comment creuser soi-même sa propre tombe ».
J’étais assez curieuse de savoir comment l’organisation en chef allait répartir les quelques 70 participantes, (les mecs présents étaient si peu nombreux que j’ai audacieusement décidé de surseoir, ici, à la règle du masculin l’emportant sur le féminin, qu'il faudra quand même songer un jour à abolir de la Constitution) dans les six ateliers proposés.
Cette répartition fut assez honnêtement menée, disons assez « impartialement » : après avoir écouté l’énoncé, par les six écrivains oulipiens , des thèmes des ateliers que chacun d'enre eux proposait, il nous fallait en choisir 3 , et les hiérarchiser, du plus convoité au pis-aller, sur un petit papier carré distribué à cet effet à chacune d’entre nous, et dont les sommités s'empareraient par la suite pour organiser le tout.
Mon choix numéro 1 fut vite fait : j’étais ici à cause de mon écoute régulière et dominicale des Papous dans la Tête, et de la formidable rigolade qui avait suivi ma lecture du dernier livre (génial) de Le Tellier : « Moi et François Mitterrand ».
Donc, sans même attendre le speech de présentation de son projet, pendant lequel Le Tellier nous a expliqué sérieusement que son atelier à lui allait nous permettre d’acquérir « les règles du roman à contraintes pour déboucher ensuite sur une œuvre romanesque collective » , j’inscrivis son nom en « premier choix façon boucherie", c’est-à-dire sans hésiter.
De toute manière, s’il avait proposé, comme thème, « comment écrire une histoire de Toto que personne n’a jamais encore entendue », j’aurais fait pareil, alors…
Mais une question me taraudait : si tout le monde faisait les mêmes choix , qu’est-ce qui risquait de se passer, hein ?
Je veux dire que la célébrité agit sur les êtres humains comme les cris des crapauds bufo bufo sur les femelles de leur espèce : ça les attire !
Alors, prenons pour hypothèse que, parmi les auteurs présents, il y ait eu une célébrité surpassant toutes les autres. Michel Houellebecq, tiens. N’y aurait-il pas eu une ruée vers son atelier à lui ? (même si son thème avait été un truc franchement bandant, du genre « comment participer à un atelier littéraire avec un bon sujet de rigolade comme la misère affective de l’homme contemporain ?» )
Bon, en fait Houellebecq est un mauvais exemple, parce que, même célébrissime, je suis sûre que mes voisines auraient hésité, à cause de son côté disons légèrement antipathique (oh ! si peu !) . Elles se seraient finalement rendu compte, ( même en sublimant la baisse de la libido du public féminin dont les plus grands artistes pâtissent, hélas, quand ils commencent à s’adresser à une certaine génération),, que « Pablo Martin Sanchez », par exemple, sans être sacré « meilleur écrivain de sa génération », semblait, par rapport à Houellebecq, disons plus détendu, plus sympathique, plus rigolard et qu’en un mot, son physique aux beaux yeux catalans attestait aimablement qu’il était né vers la fin des années 70. Lui.
Houellebeq n’aurait donc pas fait le poids. Y’aurait eu trois zombies dans son atelier, (et sans moi, ben tiens), et flop.
Là, je cherche juste à vous expliquer que, même avec toute l’impartialité et l’égalité humainement possibles, ça devait être un tantinet complexe, la composition d'ateliers à peu près équivalents en nombre de participantes, et ceci en se basant sur des critères censés ne tenir compte (soi-disant) de rien d'autre que des thèmes littéraires proposés, donc en faisant abstraction, (ben tiens), de celui qui les proposait, ces thèmes.
Surtout si tout le monde faisait comme moi...
Ben ouais. Comme je ne connaissais personne, que l’énoncé des thématiques ne m’évoquait guère que de nébuleuses théories fort lointaines de ma galaxie littéraire, et que je n’avais pas envie de m’être tapée 600 kilomètres pour me retrouver face à un écrivain inconnu à un atelier « poésie » (pour des raisons strictement personnelles que je me ferais un plaisir de vous raconter à tous et toutes quand ça me prendra) , j’ai rédigé (sous cette forme) sur mon carré de papier, afin que nul n’en ignore :
Choix 1 : atelier d’ Hervé Le Tellier
Choix 2 : les techniques de romans à contraintes d’Hervé Le Tellier
Choix 3 : l’écriture d’un roman collectif avec Hervé Le Tellier.
J’attendis avec confiance le verdict des sommités. Je trouvais qu’en rédigeant ainsi mes choix, j’avais brouillé astucieusement les pistes. On allait me prendre pour une débile qui n’avait rien compris aux consignes (et encore, ce n’était que le début !) , c’était à peu près sûr, m’enfin disons que s’ils faisaient mine de ne pas comprendre dans quel atelier je voulais être affectée, c’est qu’ils y mettraient de la mauvaise volonté ; et j’espérais donc avoir ainsi la chance d’échapper à Ian Monk (pas Thélonius, hein !) , Pablo Martin Sanchez, Eduard Berti, Frédéric Forte ou encore Olivier Salon.
J’avais eu raison :
Ca a marché. J'ai été affectée, hosannah, à l'atelier littéraire autant qu'Oulipien d'Hervé Le Tellier.
Youpi ?
…
…
Hélas !
(suite à demain, à moins qu’un ami d’Hervé Le Tellier, craignant de nouvelles et sensationnelles révélations de ma part, ne supporte plus ma subjectivité pourtant assumée et ne vienne me ficher une baffe. On verra.)



