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clopine
Le 21/07/2016
Tarte n°4, dite « où l’on passe à table pour les aveux. »
Jadis, j’ai vécu une vie antérieure, tous comme les Bretons aux Bonnets Rouges : « sous de vastes portiques », ou pour préciser encore « dans un pays lointain » comme disait Racine cité par Yourcenar, sur Radio France Culture, dans le générique de l’émission « Concordances des Temps » du samedi, par Jean-Noël Jeanneney, de 10 heures à 11 heures du matin.
(cette dernière phrase que vous venez de lire, ô vous mes quatre lecteurs curieux et légèrement inquiets, est censée en fait vous rassurer sur l’état global de ma culture générale, sans pour autant trop l’étaler, n’est-ce pas… Car j’ai bien conscience que les drames divers qui vont se succéder dans mon récit pourraient fort bien être attribués à la faible étendue de cette dite-culture générale, donc je cherche à prendre les devants, et à vous persuader que cette dernière est, comme la tournure grammaticale dont je viens d’user dans ma dernière proposition, juxtaposée, subordonnée et relative. En clair, quelqu’un qui écoute (au hasard) tous les samedis Jean-Noël Jeanneney doit pouvoir, normalement, encaisser le choc d’un atelier oulipien autant que berruyer... Disons au moins que je le croyais, et n’oublions pas que le chapitre d’aujourd’hui constitue des aveux. Allez, je poursuis, c’est comme un médicament, c’est difficile à avaler mais après on se sent mieux.)
Dans cette vie antérieure, donc, j’administrais une salle de spectacle qui, quoique municipale, invitait souvent des vedettes. J’assistais, depuis les coulisses, à l’attente du public avant le commencement des shows, et, rien qu’à leurs réactions, je pouvais deviner l’état d’esprit des spectateurs : parfois « flûté » comme la bouche pincée d’une Guermantes qui sait qu’elle est à l’endroit à la mode, ou bien « impatient et nerveux » comme un fan de Johnny, « curieux et crédule » pour une séance de prestidigitation, et « frémissant d’avance d’un plaisir extatique » , en cas de (re)connaissance d' artistes prestigieux.
A Bourges, ce fut ce dernier frémissement d’aise qui s’empara de la salle et qui prédomina les réactions des 80 personnes de l’ampli. Je sus donc d’avance que toutes et tous seraient ravis de ce qui allait se passer, que tous en goûtaient déjà le fumet et le goût, que tous seraient enthousiastes et prêtes à tout….
Sauf moi.
Car ce e fut à ce moment que je commençai à prendre l’exacte mesure de ma tragique situation.
En effet, les 6 écrivains artistes complets qui présentèrent, tour à tour, leurs projets d’ateliers, semblaient tous parfaitement connus de mes voisines (et de mes rares voisins).
Or, je n’en connaissais qu’un, et encore ! Les autres, à savoir Ian Monk, Pablo Martin Sanchez, Eduard Berti, Frédéric Forte, Olivier Salon, m’étaient parfaitement inconnus. Mais alors là, vraiment ignorés, hein. Rien dans mes fiches. Que pouic. Pas l’ombre d’une réminiscence, d’un « ah mais c’est vrai, celui-là c’est celui qui… » ; Ni le souvenir d’ une émission, d’une citation, d’un livre acheté quelque part…
Le vide.
Et puis, ce n’était que des hommes qui étaient là, devant ce parterre en grande majorité féminin. Je souligne bien « féminin », car j’estime que, même ménopausé, (et la plupart des participantes, à vue d’œil, avaient passé ce cap ) le sexe des femmes a de l’’importance. Bref.
En tout cas, ce fut la toute première question naïve que je posais à mes voisines, toujours extatiques : « Il n’y a donc que des hommes, dans les animateurs ? »
On me répondit avec brièveté (car il ne fallait pas perdre le fil du discours de l’orateur qui, en bas, expliquait son projet) que « c’était normal, à l’Oulipo il n’y a pas beaucoup de femmes ».
J’ai continué (non mais, vous avouerez, quelle bécasse !) « Mais enfin, Dominique Muller, Clémentine Mélois, Eva Almassy ??? »
La voisine du rang du dessous se retourna, impatientée, et m’asséna : « Mais ce ne sont pas des oulipiennes ! Ici, on est à l’ OULIPO, voyons… ! »
J’allais continuer mes questions simplettes, mais des « chuuuttt » sonores protestèrent contre mes interventions (c’était la première fois qu’on me rappelait à l’ordre mais ça n’allait pas, dieu jésus, être la dernière…)
Je me tus donc, mais je sentis comme une sueur qui me montait au front…
Je croyais savoir ce qu’était l’OULIPO ; et si, le samedi, j’écoutais Jeanneney, le dimanche, je goûtais goulûment les Papous de Françoise Treussard, ce qui faisait, d’ailleurs, que je connaissais (entre autres) le nom d’Hervé Le Telllier.
Mais un gouffre s’ouvrait sous mes pieds : n’aurais-je pas commis comme une confusion, une erreur d’appréciation, un délit d’ignorance, et n’étais-je pas en train de monter, avec la cuillère de ma légèreté coutumière, comme une mayonnaise qui risquait fort de tourner, avec la moutarde Le Tellier, le jaune d’œuf Papou et l’huile Oulipienne ? (et pourtant, moi aussi ménopausée depuis un bail, j’aurais dû ne plus rien risquer du tout…)
Et si je m’étais ainsi fourvoyée, qu’est-ce que ma présence signifiait exactement, ici, puisque, malgré ma bonne volonté tendue à l’extrême (d’ailleurs, ma bouche s’en tordait un peu et mes yeux se plissaient, comme à chaque fois que j’ai le net sentiment de faire une gaffe et que je cherche à l’éviter, ce qui l'aggrave souvent…), je ne partageais visiblement pas l’extatique qui s’était emparé des gradins ?
Et qu’en plus, HONTE A MOI, HONTE, HONTE, HONTE, je n’avais aucune connaissance des personnalités littéraires avec lesquelles j’étais censée passer une pleine semaine (sans compter que, même sans parler "personnalités", mes voisines, elles, m'étaient toutes aussi inconnues, bien qu'elles semblaient se connaître toutes les unes les autres ???)
(la suite à demain, parce que pour aujourd’hui les aveux, ça suffit. Je veux donc que Guy Marchand aille, à la demande de Lino Ventura, me chercher un sandwich et une bière, avant de continuer mon récit, en garde à vue.)
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clopine
Le 20/07/2016
La tarte N° 3 : la Crème de la crème
Une lettre.
L’organisatrice en chef avait envoyé une lettre à tous les inscrits, elle pouvait le certifier, accompagnée de tous les documents imaginables : itinéraires divers et variés suivant de là où on venait, places de stationnement repérées par de grosses croix rouges sur des plans se dépliant et se repliant facilement, modes d’emploi des parcmètres municipaux au cas où, photo du buffet organisé à l’arrivée avec déclinaison des choix possibles entre les quatre sortes de thés et les 7 mini-viennoiseries offertes, suggestion de la marque recommandée pour les stylos dont nous devions être pourvus, plans des salles où se dérouleraient les ateliers, avec indication des meilleures places (celles près des fenêtres), mention des lignes vertes qui seraient peintes sur le sol pour faciliter le repérage des toilettes, emplacements des prises électriques à chaque étage avec précautions d’usage rédigées en 4 langues, et énumération des 8 numéros de téléphones portables qu’on pouvait appeler en 24/24, pour chaque incident potentiellement conducteur d’annulations, des plus courants comme la bête panne d’essence aux plus imprévisibles (qu’il convenait pourtant d’envisager), comme les typhons ou les décès subits du premier, second et troisième degré ( il suffirait aux participants d’indiquer le motif de leurs défections, le décès de la vieille tante de province faisant partie, par exemple, de la troisième catégorie).
Lettre que je n’avais jamais reçue.
Evidemment.
C’est exactement dans ce genre de situations qu’on regrette de ne pas être japonais.
(ceux qui me connaissent bien pourraient s’étonner de cette déclaration, mais en l’occurrence, c’est exactement ce que j’ai ressenti !)
Car au Japon, on SAIT. On sait parfaitement ce qu'il convient de faire en pareil cas.
Ah ! Si seulement la table qui nous séparait, l’organisatrice en chef et moi, n’avait pas été installée à Bourges, mais à Takitomi, préfecture d’Okinawa !
L’organisatrice en chef, dans ce cas, devant ma bouche béante et mon air niais qui témoignaient, en ma faveur, de ma sincérité, se serait confondue en excuses hypocrites et m’aurait proposé avec ferveur et sollicitude ses services, pour atténuer les insupportables désagréments que l’inqualifiable erreur des services postaux nationaux avait causés à mon estimable équilibre intérieur….
J’aurais bien évidemment surenchéri : quelle stupidité avait été la mienne, d’envisager un seul instant qu’une personne compétente comme elle eût pu commettre une seule erreur, alors que toute la faute m’incombait, puisque c’était bien l’incurie coupable des services postaux nationaux qui était en cause, et que j'aurais dû, le subodorant, filer me renseigner à l'agence postale de mon village (celle qui, désormais, est ouverte une demi-heure le vendredi matin et entre quinze heures treize et quinze heures vingt-quatre le mardi après-midi) ! Comment avais-je pu être assez indigne pour oublier que prévoir et organiser le bien-être requis par une telle manifestation, relevait du savoir-faire de mon interlocutrice, dont la réputation était connue de tous les continents ? Non, non, la faute était entièrement mienne, j’aurais dû me renseigner, et la seule réparation que je pouvais offrir, en signe de repentir sincère et d’admiration, à mon interlocutrice, serait de lui envoyer le double du courrier indigné que j’allais rédiger aux inqualifiables incompétents (sûrement des grévistes) des services postaux, dès mon retour dans ma si mal desservie patrie natale…
Bref, nous n’aurions perdu la face ni l’une, ni l’autre.
Mais nous étions à Bourges (France) . Donc nous avons simplement répété sur un ton impatienté, perdant ainsi encore cinq bonnes minutes, l’une qu’elle avait envoyé sa b… de f… de m.. de missive, et l’autre qu’elle ne l’avait jamais reçue, cette b… de f… de m… de lettre.
Manière bien française de ne pas perdre la face, certes, mais quelque peu stressante et inefficace…
Et puis je suis entrée sous le porche, rouge de honte d’avoir ainsi fait attendre « tout le monde », et me suis enfin retrouvée quelques minutes plus tard assise parmi tous ceux qui attendaient, depuis une demi-heure, d' entrer dans l’amphithéâtre où l’on allait procéder à l’élaboration des groupes des six ateliers de la semaine.
Ce fut là qu’entrant à la queue leu leu, 6 personnages en quête d’apprentis nous firent face….
Je n’en reconnus qu’un, celui à cause duquel j’étais là : Hervé Le Tellier. Les autres m’étaient inconnus, mais je me suis doutée cependant que j’avais devant moi la crème de la crème, car quelques applaudissements, discrets mais efficaces, saluèrent leur présence devant notre parterre…
(suite, ou plutôt aveux supplémentaires, à demain).
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clopine
Le 19/07/2016
La deuxième tarte, dite ‘tartare ».
Il existe en fait DEUX Bourges. (un certain « Dark Pioupiou » de ma connaissance dirait que deux, ça fait déjà trop, mais lui, faut dire qu’il est alternatif libertaire, alors…).
D’abord, une ville « normale », c’est-à-dire ayant adopté, comme partout, la laideur gangrenée propre au vingt et unième siècle néo-capitaliste. (et voilà ! Dès que je pense à Dark Pioupiou, je me sens aussi contaminée par les idées anarchistes que Fukushima l’est par les particules radioactives, mais c’est que je suis influençable, au fond…).
Je veux dire que Bourges est une ville avec d’innombrables ronds-points, des centres commerciaux, des grils courte-paille et des halles aux chaussures, des panneaux publicitaires géants, des façades d’HLM varicellées d’antennes paraboliques et des bretelles autoroutières usant d’un vocabulaire aussi innovant que difficilement géographique. Par exemple, alors que vous cherchez (vainement) la pancarte « centre-ville », une énorme signalétique électrique vous informe : « BARCELONE- MONTPELLIER: suivre la C45-B33a jusqu’à la sortie 22 de l’A 76 ».
Bref, que de l’explicite.
Ensuite, Bourges est aussi une « vraie » ville, ce qui signifie historique. Une ville piétonnière, où les bagnoles ne circulent pas, ce qui est une bonne chose, mais doivent donc se garer, ce qui compliquait dans mon cas un tout petit peu le respect de l’horaire sacré du rendez-vous de 9 heures pétantes, dans cet endroit précis que j’ignorais encore.
Bourges est une des villes de France qui a le moins morflé, architecturalement parlant, des petites embrouilles de voisinage survenues lors du siècle dernier : tout est à peu près resté debout. Imaginez une de ces magnifiques maisons particulières rouennaises, aux façades à colombage, au voisinage de l’église Saint-Maclou, par exemple . Ben, à Bourges, vous en avez des rues entières, en losange et croix de Saint-André. Sans rire, si j’avais eu le temps de regarder autre chose que les sens interdits, j’en serais restée médusée.
En prime, est installé un réseau de caméras de surveillance bigbrothérien, qui, d’un seul coup d’un seul, te rappelle que tu es tout de même au 21è siècle, et qu’il faudrait pas effaroucher le propriétaire du porte-monnaie chargé d’euros à qui tout ceci est destiné : le touriste ordinaire…
Touriste qui est détendu, donc, mais qui est incapable de te donner la moindre indication, vu qu’il est désolé, mais qu’il n’est pas d’ici.
Ahahah.
Il était 8 heures quarante. Je devais prendre une décision, et une place de parking.
Je trouvais les deux ensemble, à 8 heures quarante-quatre, et arrêtais ma twingo qui venait de rouler cinq heures d’affilée juste en contrebas du Palais Jacques Cœur. En face du parcmètre qui refusa ma carte bleue, pour des raisons qui auraient dû m’être expliquées sur un écran électronique que je ne fus pas foutue, hélas, de faire fonctionner. Le monsieur qui attendait son tour, derrière moi, finit, soit de guerre lasse (car je n’avais pas non plus de monnaie), soit par pitié, par me donner cinquante centimes. C’était peu, mais la machine avala la pièce. Ca me donnait un bon quart d’heure pour trouver, à pied, et sans craindre de PV, l’endroit où j’allais…
Hélas. Les réponses des authentiques autochtones (je les repérais à leur absence de tongs) furent toutes à peu près les mêmes, bien que posées successivement à 8 heures 50, 58, 9 h 06 et 12.
Pour aller au restaurant « La Gargouille », ben suffisait de suivre le chemin de la Cathédrale, oui, celle qu’on voyait là-bas, c’était beau, hein ? Et la Gargouille, ça, on me le recommandait sans réserve.
Mais pour les ateliers littéraires consacrés à l’OULIPO, là, la réserve semblait de mise.
Personne ne savait quoi que ce soit.
Je devins, vers 9 heures 15, définitivement héroïque : je refusai l’entrée du désespoir dans ma cervelle désemparée. Du coup, (et comme, au palais Jacques Cœur, la seule personne que j’avais vue devant les portes fermées était une femme de ménage qui, entrant dans les lieux à 9 heures vingt et une, m’avait indiqué que « ça l’aurait beaucoup étonnée qu’il se passe quoi que ce soit avant 10 heures, vu qu’elle devait passer la toile à laver dans le hall avant l’ouverture des portes…), je me suis rabattue sur la seconde partie de mon altière native : l’école des Beaux-Arts.
Où j’arrivais vers 9 heures vingt-cinq.
Et où je fis la connaissance de l’anonyme que je vais me permettre de nommer « l’organisatrice en chef ».
J’étais dans un sale état. Suante, sichoufflante, perdue, inquiète, pensant sans arrêt que les cinquante centimes étaient bouffés depuis longtemps et me demandant combien ça coûtait, un PV juste en-dessous du palais Jacques Cœur, un peu nauséeuse et surtout honteuse : car moi qui ai horreur de ça, j’étais en retard. Un retard tartare, cru, saignant, sous la selle de mon cheval fourbu, tirant la langue. Un retard qui allait peser son poids de pénibles minutes…
Bref, un état psychologique assez voisin de celui de la petite fille qui, à l’école primaire, n’ose pas demander à aller aux cabinets, devant toute la classe.
L’organisatrice m’a donc instantanément reconnue, et, pour couper court à mes explications désordonnées, mes tentatives de demandes d’aides et le commencement d’un soupçon d’exaspération qui me montait, malgré moi, aux narines, elle adopta le ton ferme et compétent de la maman qui te me va l’éduquer, tiens, l’enfant récalcitrant.
D’abord, elle m’indiqua aimablement que cela faisait donc une demi-heure que « tout le monde m’attendait », et que « ça causait un sacré retard dans l’organisation ».
C’est un point de vue d’organisatrice en chef qu’en d’autres temps, j’aurais parfaitement accepté. Après tout, moi aussi, il m’est arrivé, des fois, d’être competente, efficiente, organisée, sévère-mais-juste et sûre de moi. Et même bénévole…
Mais là, je voulais juste qu’on réponde à mon affolement, et surtout je sentais une envie irrépressible de comprendre ce qui venait de m’arriver, qui montait de mes nerfs crispés. Pourquoi donc les autres, les quelques 80 personnes que je voyais au loin, dans la cour carrée du bel immeuble des Beaux-Arts, prendre un petit déjeuner détendu, n’étaient-elles pas, comme moi, debout devant une femme assise qui vérifiait méticuleusement que, malgré mon retard et le trouble que je causais déjà (qu’est-ce que cela allait être par la suite !!!), j’avais bien rempli mes obligations et avais donc le droit d’être là (encore que… Le retard…)
Je fus sauvé par un jeune homme à catogan et cheveux bouclés, un stagiaire ?, à qui l’organisatrice, prenant conscience que mon désarroi atténuait encore des compétences dont, d’un seul coup d’un seul, elle venait de prendre la faible mesure, enjoignit de s’occuper de moi.
A 9 heures trente cinq, j’étais au volant de ma twingo. A trente-huit, j’entrais dans le parking sécurisé « prévu à cet effet » dont les 79 autres personnes avaient eu connaissance, à part moi. A 9 h 40, le jeune homme me sourit, un peu navré, et j’eus la soudaine intuition que sa sollicitude (qui me détendait à la hauteur d’un tube de valium) provenait peut-être aussi d’un passé rugueux avec l’organisatrice en chef, qui sait ?
Ca m’est déjà arrivé, dans ma vie, d’avoir le soutien silencieux de galériens timides qui, cherchant à prévenir les dangers vers lesquels, avec mon inconscience habituelle, je me dirigeais tout droit, me venaient spontanément en aide, parce qu’ils étaient déjà passés par là…
N’empêche que, même en empêchant 80 personnes de respecter un horaire aussi scrupuleux qu’utile, je voulais comprendre ce qui venait de m’arriver. A savoir, entrée en Bourges à 8 h 35, ne franchir le porche de l’école des Beaux-Arts qu’à 9 h 50…
Et donc, revenue devant la directrice de l’école primaire, l’organisatrice en chef, je posais la question qu’il n’aurait pas fallu…
(la suite à plus tard. Je demande humblement pardon à toutes celles qui ne sont intéressées du récit de mes souffrances qu’à cause de la présence, dans les parages, d’Hervé le Tellier : il n’apparaîtra qu’à son heure… Disons qu’elles pourront alors choisir leur lecture « à la carte ». Mais moi, j’ai besoin d’écrire mon histoire « par le menu » !!!)
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clopine
Le 18/07/2016
L’appel à tartes.
- La première tarte, dite « l’arrivée ».
La première tarte, évidemment, ce fut celle que je me suis à moi-même donnée : partir dans une ville inconnue, à un atelier littéraire tout aussi ignoré, sans savoir exactement où je mettais les roues.
N’importe quel individu aurait eu envie d’en savoir un peu plus…
Ahahah.
Mais l’incertitude étant la soupe primitive dans laquelle j’ai bouillonné avant même d’arriver sur terre, toute l’aventure me parut, à moi, certes assez imprécise mais justement : ça devait être voulu. Décidé. Soigneusement élaboré.
Car si j’avais scruté et re-scruté la page « renseignements pratiques » du site internet de l’atelier « Récréations 2016 » de l’OULIPO, mis en lien à partir de la page Facebook d’Hervé Le Tellier, je n’en avais tiré que deux conclusions :
- l’atelier commencerait à Bourges, le lundi matin, à 9 heures pétantes.
- Il se déroulerait soit au palais Jacques Cœur, soit à l’école des Beaux-Arts, selon.
(selon quoi ? Ce n’était pas précisé, mais ma confiance inébranlable dans l’efficience des webmasters, qui était la bouée de ma soupe primitive pré-existentielle, me fit ignorer superbement ce genre de détail.)
Donc, puisque j’avais décidé de consacrer, sur mes trois semaines de congés payés, une semaine entière consacrée à la découverte d’une activité littéraire, je n’avais plus qu’à me lancer, munie de ces deux viatiques…
Et dans la nuit du dimanche au lundi, en grimpant vers quatre heures du matin dans ma vaillante petite twingo, je m’en fis le serment : je serai à Bourges le lundi matin, à 9 heures pétantes, soit au palais Jacques Cœur, soit à l’école des Beaux-Arts.
Selon.
Et ça n’a pas loupé.
Je fus seule. Ce fut long.
Car j’ignorais ce que je ne savais pas, et qu’il aurait fallu que je susse….
(la suite à deux mains).
Le plus terrible, c'est de savoir, et de ne pas savoir...
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clopine
Le 16/07/2016
Savoir que cela va recommencer, bien sûr. Mais le pire, c'est de ne pas savoir où, et comment. On sait juste que cela va continuer. Ici, là, ailleurs. Mais où ? Mais comment ?
Certains anglais, m'a dit mon pote Peter, croient naïvement que leur sortie de l'Europe va les préserver du terrorisme de Daech. Raisonnement de rats quittant le navire, sans savoir jusqu'où ils devront nager, et combien de temps, avant de se noyer.
D'autres croient tout aussi naïvement que c'est l'humanisme, ou les idéaux de la renaissance, ou les révolutions du 20è siècle, ou la perte du sentiment religieux en occident, ou l'héritage du colonialisme, ou la conséquence du consumérisme capitaliste, ou la mondialisation ou l'influence de Jupiter dans la constellation du Verseau, ou la déliquescence des partis politiques représentatifs, ou les moeurs dissolues des "représentants" des peuples, ou les manipulations des agences mondiales de financiarisation des 5 % de privilégiés possédant des gros tas d'actions, ou les objurgations commandées mais non respectées d' un prophète qui se baladait avec un petit nuage sur la tête pour l'empêcher d'attraper des coups de soleil, ou ou ou, qui sont les responsables de la violence suicidaire qui est la marque d'une guerre déclarée au nom d'un Dieu qui se prochame synonyme d'amour.
Moi, je veux bien, j'avoue mon ignorance : j'ai déjà parlé de la peur qui, quand elle s'installe, ne peut plus jamais s'en aller d'un seul coup, d'un seul bloc, mais qui peut seulement s'effriter, de ci, de là, un rire d'enfant fait déjà tomber un petit morceau du mur de terreur, un sourire perce un trou qui permettra qu'on aille jeter un oeil de l'autre côté, un voile ôtée par une jeune femme qui, d'un coup d'un seul, refuse de se laisser objectiver fait tomber au moins trois briques, et pendant que les soldats jetteront, comme au temps de Jeanne d'Arc, des échelles où grimper pour tenter d'assaillir le mur, d'autres, ceux qui tentent de penser le monde et de nous l'expliquer, commenceront, plus intelligemment, à creuser par-dessous le mur, à trouver les bases infectes d'où il est construit, à tenter de convaincre d'effectuer les travaux nécessaires... Tout ça peut effriter ma peur, mais ne la fera plus jamais disparaître, d'autant que tous ceux qui ont encore plus peur que moi, au point de venir affronter ici une possibilité de mort et un avenir incertain plutôt que de périr sous les feux de la haine de là-bas , me regardent tous les soirs, dans les images qui nous proviennent du monde - si je pouvais les rassurer, je me rassurerai moi aussi, mais non, on ne peut qu'effriter, petit bout par petit bout, demander à ceux-ci d'arrêter leurs discours de haine, à ceux-là d'acquérir de l'empathie, à tous, enfin, de continer d'affirmer, d'asséner, d'écrire, de proclamer, de hurler et de murmurer que nous sommes tous semblables, tous ensemble humains... Et seule notre envie de la définir, cette humanité, nous différencie. La mienne est naïve, inefficace, partielle et égoïste : car dans la mienne, le mur de la peur ne s'effrite plus, il ne peut même plus être reconstruit, il est définitivement remplacé par un jardin dont nous serions tous les jardiniers. C'est vous dire si ma vision du monde a de quoi faire flipper ceux qui, demain, ou ce soir, ici, ou ailleurs, vont continuer à vouloir me, nous, vous, ils, elles, à vouloir tuer.
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clopine
Le 08/07/2016
Les incomparables bavards que sont les êtres humains
(et je me sens, ces jours-ci, si profondément humaine que cela me dégoûte. Je voudrais tant être mon chat, arriver le matin par la fenêtre restée ouverte, vernir me lover dans des bras ensommeillés et, soupirant d'aise et de confiance, entamer un ronronnement régulier, qu'avoir une conscience humaine me fait l'effet, au contraire, d'être réduite à une patte exorbitée ponctuée de griffes entièrement dégainées)
se sont bien entendu posé la question de ce qu'est la plus grande perte possible, pour eux.
la vie semble la réponse la plus plausible...
Et les romantiques (j'entends ce terme depuis Chrétien de Troyes, n'est-ce-pas, en visualisant Iseult droite assise sur son cheval, en route vers l'ordalie où elle s'apprêtait à mentir, pour ne pas trahir son amour de Tristan) répondaient d'un seul coeur "l'amour". La perte de l'amour plus cruelle que la perte de la vie..
Et puis il y a tous mes contemporains. De la perte de leur bagnole à celle de leurs clés, de l'amour-propre des footeux à la perte de la jeunesse, de la chute des cheveux à leur rétrogradation dans l'organigramme de leur boîte, de l'incendie de leur baraque à la moisissure de la tranche de jambon oubliée dans le frigo, la frivolité des morifs des pertes semble infinie. Sans compter ce que ma mère appelait pudiquement (quand elle en parlait, ce qui a dû lui arriver deux fois en tout devant moi) "les pertes", celles qui cautionnaient le péché originel et les souffrances des accouchées.
Mais plus rien de tout cela ne semble maintenant me concerner. Ni les affections, ni les sentiments, ni l'appétit de vivre, ni les nourritures terrestres, ni même la conscience de soi.
La seule perte qui se dresse désormais devant moi, comme un mur qu'il va bien me falloir franchir un jour, c'est la perte de l'envie d'écrire.
Car si je peux mentir, il m'est si difficile de mentir en écrivant. Il me semble qu'en filigrane, derriière tous les mots heureux que j'emploierai, ce ne seront plus, désormais, que les lettres qui forment le mot "amertume" qui seront lisibles.
Notez bien que Pessoa en a fait des chefs d'oeuvre !!!
(mais justement. Je ne suis PAS portugaise, et quelle ironie d'apparaître, dans cette spirale douloureuse, simplement et seulement vêtue des si peu euphoniques y, r, b, a des lieux communs de Bernay, ou du pays de Bray !)
ahahah.
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clopine
Le 07/07/2016
Le proverbe est formel : traduttore, traditore.
Traduire, c'est trahir.
Je n'avais jamais réfléchi que la proposition pouvait s'inverser, ni de quelle manière on pouvait traverser cette épreuve. Les trahisons que j'ai pu ressentir (vraies ou fausses, là n'est pas la question) venaient toutes d'un étonnement profond : je ne m'y suis jamais "attendue". Elles m'ont toujours été assénées par surprise, dans une sorte d'effroi devant le gouffre qu'on ne voyait pas. L'ours tombant dans la fosse, qu'il ignorait être là, et qui en plus, si ça se trouve, n'avait même pas été creusée pour lui !
Les petits mensonges, les humiliations bénignes, l'oubli de ce que telle attitude allait bien pouvoir signifier pour moi, toutes ces trahisons si quotidiennes qu'elles en deviennent, sinon attendues, du moins sans aucune surprise, me semblaient, et c'est sans doute là qu'elles germaient, c'était sur cet humus qu'elles pouvaient croître, être "de ma faute".
C'était ma faute si mes attentes étaient déçues. Ma faute (et ce que ce connard de Reich appelait "la peste émotionnelle", concept bien pratique pour faire croire à l'égalité de l'attirance que tel ou tel individu peut provoquer) si je souffrais de silences, là où j'aurais tant aimé des paroles bienveillantes. Ma faute si j'étais laide, et donc si l'on me faisait un grand honneur en me distinguant "malgré"...
Ce "malgré" a en quelque sorte anihilé les sentiments de trahison que j'aurais dû, et que j'ai parfois, en toute légitimité sentimentale, ressentir... Bah, il est trop tard pour que je m'en plaigne, mais néanmoins, la question me tarabuste : traduire, c'est trahir...
Mais trahir, c'est traduire QUOI, exactement ?
Le mépris ?
L'indifférence ?
Le cynisme ?
Je crois bien qu'il me faudrait encore quelques jours de réclusion, seule avec le miroir des blesssures narcissiques reconnues ou enfouies, enfouies comme on enfouit les saletés sour un tapis, pour concevoir une réponse qui me permette de ne pas avoir envie de m'enfuir, à toutes jambes, des sables mouvants du manque de confiance, dévorant mon être pour ne laisser que la pitoyable image d'une âme trahie, sans avoir jamais été traduite.
Score toujours, tu m'intéresses...
Par
clopine
Le 05/07/2016
Alléluia ! En cette chaleureuse année 2016, nous y sommes ! Les résultats du baccalauréat en témoignent : il y a autant de bacheliers qu'il y eut, jadis, il y a très très longtemps, vous vous souvenez ? En 2002, d'électeurs de Jacques Chirac au second tour de la présidentielle...
Ca sent son avenir radieux, pas vrai ?
(ps : Gina, si mon coeur était une cible de fléchettes, vous auriez eu le score (sic) maximum. Mais en ce moment, je ne me sens guère mieux qu'une planchette en bois, de celle qui sent bon le sapin ! Allez, sourions ensemble, voulez-vous ?)