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clopine
Le 24/12/2016
Alors, ce soir, petit réveillon intime. De toute façon, je ne sais pas si j'aurais pu en supporter plus, parce que, franchement :
- ce matin, chez l'ineffable Finkielkraut, on m'apprend que certes, Trump n'a jamais ouvert un bouquin de sa vie, certes, il est grossier, inculte, et aux antipodes d'Obama, mais justement : c'est bien la faute de ce dernier finalement ce vote Trump, puisque qu'Obama, lui, quand on lui posait une question, analysait le thème abordé, donnait les avis des différentes parties concernées, bref "sophistiquait", ce dont le bon peuple avait marre . Trump, lui, est un "pragmatique", et donc il ne faut surtout pas le dénigrer mais "le juger sur ses actes". J'ai arrêté l'émission là, parce que j'avais légèrement la nausée - étant moi-même, sans aucun doute et malgré mon faible niveau d'instruction, bien trop sophistiquée pour approuver qu'on vote pour un gros con, pragmatique ou non. Bref.
- j'ai donc été faire un tour chez le non moins ineffable Assouline. Le commentarium, fêtes obligent, était ce matin un désert, seulement occupé par les deux insensés de service : JC, dont je ne lis plus depuis longtemps les débilissimes messages, jouant à saute-com' avec eux, et WGG qui, comme d'hab'; s'énerve tout seul et sort des trucs genre "En plus, les prétendus « Palestiniens » n’existent pas. Ce qui existe, ce sont des Arabes qui viennent d’ailleurs occuper un territoire où ils n’avaient aucune légitimité à s’implanter. Les occupants ce sont les Arabes sur une terre juive depuis 3000 ans !", ce qui nous met bien tout de suite dans l'ambiance du "paix sur la terre aux hommes de bonne volonté", je trouve, pour un matin de noël.
- et puis je me suis rendue compte que, moi qui aime d'habitude les enfants, qui ai envie d'être grand'mère pour repiquer au truc du nounoutage avec bisous partout, eh bien la période de l'avant-noël me les rend tous antipathiques. Tous, enfin tous ceux compris entre trois et douze ans. La petite fille qui, hier, pendant que j'achetais des bougies, tripotait tous les rayons à sa portée en chantonnant "j'ai des kinders à la maison", et qui, s'approchant sournoisement de sa grand'mère occupée à payer, se mettait à crier, hystérique "tu as vu Mamie, tu as vu la Reine des Neiges" ... Et la grand'mère qui soupirait "mais j'ai ce qu'il faut à la maison" (je crois que Disney va se faire des couilles pesant tellement leurs poids en or avec cette Reine des Neiges que Mickey ne pourra plus marcher, gêné qu'il sera à l'entrejambe ...), et d'un coup j'ai vu tous ces mômes jouant à l'enfant sage, avec leurs yeux pleins de convoitise et leurs mains avides, tous s'approchant près de moi façon zombies dans massacre à la tronçonneuse que j'ai oublié qu'ils sont avant tout nos victimes :
comment peut -on aimer les gosses, à Noël ?
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clopine
Le 22/12/2016
Bien entendu, le pire est qu'on s'y habitue. Non, le terme "habitude" n'est pas le bon : disons que l'usure émousse notre empathie - ma première pensée, après Berlin, n'a pas volé vers les victimes, mais a été "à qui le tour maintenant ?", tant nous avons finalement accepté que la question ne soit plus "pourquoi ?" mais "où et quand ?".
Après Charlie, je n'avais pas eu de "première pensée" : juste une horreur qui m'avait prise à la gorge, bien enfoncée, et dont j'ai goûté si journellement l'acidité qu'elle est désormais incorporée à la texture de ma vie quotidienne.
L'impression, aussi, d'avoir à transmettre un monde bâclé. Je suis d'une génération utopiste, secouant gaiement les interdits d'antan, qui était prête à aller danser sur des décombres de mondes anciens . Et voici tout ce que ma génération a su transmettre : uen planète à la dérive, une fin de civilisation rougeoyante, et toutes les idées que je combattais devenues prépondérantes.
La nature, avec son immoralisme et ses lois fondamentales, ne bâcle pas, elle. Comment, pourquoi l'être humain se sent-il affranchi de ces contraintes-là, qui sont sa vie même ? Eh bien, la nature se fout particulièrement de cette derières question, et de nos pitoyables tentatives de réponse.
Et cette absence d'intérêt est peut-être la seule chose réconfortante à laquelle se raccrocher : au moins, cette indifférence est l'inverse de la damnation (que nous avons pourtant si abondamment méritée).
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clopine
Le 20/12/2016
Qu'est-ce qui évolue (un peu) dans les dessins animés proposés à la télé pendant la période de Noël ? Les techniques d'animation, bien sûr, toujours plus ébouriffantes, le rythme de l'histoire, car l'explicite cède la place à un implicite qui permet d'aller vite, et... La vision de la femme chez Disney.
Ben oui, j'ai regardé la Reine des Neiges hier au soir, et j'étais assez contente, même si pas totalement, de quelques avancées darwiniennes dans la description de(s) héroïne(s).
D'abord, et merci qui ?, il semble qu'on ait enfin échappé au ménage obligé comme illustration des vertus féminines. Cendrillon et Blanche-Neige ont cessé d'être à genoux à passer la wassingue, ce qui est ma foi une bonne chose. Anna, elle, commande son cheval, grimpe dessus et s'en va fièrement à l'aventure retrouver sa soeur, en laissant la morne intendance du royaume à son fiancé.
Ensuite, les princes charmants ne sont plus ce qu'ils étaient (re-ouf), et surtout les héroïnes ont le droit de se planter, et de ne pas commencer par le bon. Symboliquement, ça en met un sacré coup au mythe de la virginité cette histoire, si le prince charmant du début n'est plus le même que celui de la fin...
Enfin, les princesses ont désormais le droit d'avoir des parcours initiatiques aussi exaltants que leurs frères. Je m'explique : avant, la princesse devait en chier notablement pour y arriver, toujours dans la douleur (se faire battre par des orties la nuit, devoir nettoyer l'auge aux cochons avec une peau de bête, se faire dévorer par le loup, etc.) : fallait que t'en chies un max, quoi.
Ici, la douleur est toujours présente (la reine est infoutue d'avoir uen copine) mais elle est compensée par l'attribution de pouvoirs magiques somptueux. Ahahah. Le destin ne passerait donc plus par l'acceptation de la soumission, mais on pourrait préférer une solitude créatrice, voire, attendez attendez attendez, la jouissance du POUVOIR ?
Bon, évidemment, ce n'est pas aussi simple. Arrivée à peine possession de ses pouvoirs, voici notre reine qui se transforme en une sorte de pétasse sexy qui ondule vers le spectateur, ce qui pourrait être à la limite intéressant si c'était moins stéréotypé dans le genre représentation de la sexualité féminine, soupir, mais de toute façon, la scène est brutalement interrompue par une porte qui claque en se refermant.
y'a encore du boulot...
M'enfin je trouve que les petites filles ont quand même à portée de la main uen représentation d'elles-mêmes bien plus riche que celle auquelle ma génération a eu droit. Elles n'attendent plus le Prince qui, un jour viendra. Elles sont, même si elles en chient pour ça, "libérées, délivrées"....
(par contre, nous, on en prend pour "la Reine des Neiges" pour quelques années. Avant, c'était "Les Choristes"... c'est quand même dingue, le mauvais goût musical qui semble nécessaire pour les films pour enfants...)
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clopine
Le 18/12/2016
NOEL 197…
Michel C. était le garçon le plus recherché du lycée. A cela, deux raisons : ses cheveux longs, épais, bouclés, qui dansaient sur ses épaules au moindre mouvement et encadraient une tête d’’ange aussi blond que celui de la flagellation du Christ de Fra Angelico, et sa chambre en ville, luxe inouï qui n’était pourtant dû qu’aux exclusions successives des internats de ses précédents établissements. Il passait en effet son temps à faire tourner la tête des filles : il était charmant. Un jour, il avait embrassé par derrière la prof de maths dans le cou : il l’avait confondue avec une de ses copines.
Il avait tant de succès qu’il était charmant avec moi aussi, qui n’était pourtant qu’une terne camarade de classe : et ce fut ainsi que cela arriva.
Il s’agissait de la fête de Noël du lycée. Il y tiendrait un rôle de tout premier plan, car il avait été sollicité par la prof de français pour jouer des scènes d’une pièce de Ionesco, « Rhinocéros » : il était fabuleux, et je l’écoutais avec tant d’attention que, prenant soudain conscience qu’il me racontait tout cela à moi, qui n’avait évidemment aucune chance d’être sollicitée pour quoi que ce soit, il me proposa, sous le coup de la pitié et de l’inspiration, de participer également au spectacle.
Evidemment, il n’y avait plus de place pour la pièce de théâtre : tous les rôles avaient été distribués. Mais peut-être pourrais-je intervenir avant, en lever de rideau en quelque sorte ? Voyons, je devais bien avoir un talent caché : n’y avait-il rien que je sache faire, vraiment ?
Si, répondis-je. Je connaissais un poème par cœur.
Un poème ? Oui, cela pourrait peut-être faire l’affaire, il allait en parler à la prof (qui, visiblement, ne savait rien lui refuser). Et de quel poème s’agissait-il ?
Je pris une profonde inspiration, le regardai droit dans les yeux : « Il n’y a plus rien », de Léo Ferré.
Rien que ça.
Léo Ferré a dû en effet écrire le plus touffu et surtout le plus long poème de sa carrière pour déclarer « qu’il n’y avait plus rien ». Non seulement le nombre de mots pour le dire est considérable, mais encore le tout, sur fond de Rejet Absolu et Défintif de la Société, est panaché d’anathèmes, de déclarations emphatiques, et d’amères considérations sur l’Ingratitude Humaine.
Cela correspondait tout-à-fait à la jeune fille de 17 ans que j’étais, bien entendu.
Mais mémoriser ce monstrueux texte était un exploit en soi, et je savais que je pouvais le faire : j’avais le temps nécessaire pour cela, n’est-ce pas, et pouvais y consacrer toutes mes soirées…
Et c’est ainsi que par un soir de décembre de l’année 197…, l’élève la plus mal dans sa peau (car si certaines jeunes filles étaient en fleurs, j’étais plutôt en boutons…) , la plus encombrée d’elle-même, la plus mal fagotée de tout l’établissement (je portais un chandail avachi, dans les tons roux, boutonné sur le devant et aux antipodes des modes « indiennes » de ce temps-là) se présenta debout, seule sur scène, devant tout ce que le lycée comptait de personnes influentes, assises en rangs serrés.
Le proviseur et les professeurs les plus importants, bien sûr. Mais aussi les représentants des associations de parents d’élèves (comme ma propre mère, qui était la Présidente de l’association catholique et de droite), les grands élèves de Terminale, qui occupaient les premiers rangs, et enfin la piétaille lycéenne.
Oh ! Patti Smith peut bien décrire combien elle a tremblé, devant le jury suédois du prix Nobel de littérature ! Elle peut bien, la main sur le cœur, raconter comment elle s’est emmêlée dans sa chanson (elle devait, pour célébrer Bob Dylan le récipiendaire même pas foutu de venir chercher un prix immérité, chanter « It’s a hard rain ») : « Unaccustomed to such an overwhelming case of nerves, I was unable to continue. I hadn’t forgotten the words that were now a part of me. I was simply unable to draw them out. This strange phenomenon did not diminish or pass but stayed cruelly with me.”
Elle ne m’arrive en réalité pas à la cheville ! Car, arrivée au trois quart du poème (et cela devait faire environ vingt bonnes minutes que j’étais ainsi livrée aux lions), moi aussi j’ai eu, non un banal trou de mémoire, mais un « case of nerves », dû à la brusque conscience du silence absolu qui entourait ma voix imprécative : tous m’écoutaient, et c’était à la fois si inattendu et si impressionnant que j’ai flanché, j’ai reculé, et me suis précipitée dans les coulisses.
Où Michel C., déjà grimé pour la suite du spectacle (et je ne le reconnus pas, car il était affublé d’une fausse barbe), me demanda d’une voix émue si j’avais fini, et, apprenant que non, me prit carrément par la main pour me rapporter, comme une mère chienne transporte son chiot dans la gueule, sur le devant de la scène.
Le silence avait continué ! Tous attendaient ! J’ai donc fermé les yeux, repris le poème là où je l’avais laissé …
J’ai encore dans l’oreille le tonnerre d’applaudissements qui a accueilli le dernier vers : « Nous aurons tout… Dans dix mille ans ! »
Mais moi, n’est-ce pas, je n’ai pas eu besoin d’attendre dix mille ans pour « tout avoir ». Car le soir même, quand la soirée s’acheva, que les chaises furent rangées le long du mur, les élèves à l’internat et le proviseur dans son appartement de fonction, Michel C . m’a raccompagnée à la maison, et là, dans le jardin, sous les froides étoiles de décembre qui brillaient moins que l’unique projecteur du lycée, j'ai reçu un long baiser.
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clopine
Le 12/12/2016
Bon. Dylan a tellement plein de pognon qu'il s'en fout d'aller chercher son Nobel, s'asseyant du même coup (car le prix n'est remis qu'en présence du lauréat) sur plus de 800 000 euros. Ou bien il exècre tellement l'usage du monde que les prix, pour lui, c'est comme un morpion pour le vulgum pecus : ça le gratte et il a décidé de s'en passer le plus possible. Ou encore il est tellement étonné qu'on puisse lui attribuer, à lui le barde, un nobel de "Littérature", qu'il boude dans son coin.
Vous aurez compris que je ne suis pas vraiment d'accord avec cette attribution, qui ridiculise surtout le jury suédois, à mon sens. M'enfin si le but était de faire le buzz, bon là c'est réussi...
Mais ce qui m’énerve moi, c’est qu’on ne peut remettre en cause ce Nobel sans être soupçonné d’appartenir aux « détracteurs de Dylan ».
Alors qu’on peut aimer Dylan, pousser « Hard Rain » sous la douche (sic) tant qu’on peut (à parité avec Carmen, autre grand classique de salle de bains, d’autant que l’on peut transformer les couinements que vous arrache le shampooing dans l’oeil en imitation de Julia Migenes), avoir écouté la biographie de François Bon et visionné celle de Scorcese, connaître précisément la date où Dylan a trahi (passant du folk à l’électrique, comme Higelin abandonnant Areski et Fontaine), et ne PAS apprécier qu’on lui ait refilé un Nobel « de littérature ».
Et c'est quelqu'un qui a longtemps longtemps longtemps, c’est-à-dire entre treize ans et demi et quatorze ans et huit mois, rêvé d'être une "Fille de la Pochette" (celle de « Freewheelin », avec le combi Volkswagen à gauche, toute une époque), qui vous le dit.

Soupir.
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clopine
Le 10/12/2016
Impeccable Caroline Fourest chez Finkielkraut, ce matin, sur le thème "laïcité et tolérance", rappelant qu'un Ferdinand Buisson (c'était le nom de mon école primaire...) avait lu Condorcet...
Perso, je n'arrive pas à résoudre le paradoxe de la burqa ; je veux dire que c'est au nom de la liberté individuelle qu'on défend le port de ce vêtement, qui est un manifeste en faveur de l'absence de liberté individuelle. Toute religion est, à mon sens, fondée précisément sur la négation de l'individu libre. On va me répondre "communauté" : mais une communauté n'est digne de ce nom que si on peut la choisir, et la quitter. Ce qui ne semble pas le cas de l'islamisme radical !
A part ça, baguenaudant dans les prés fleuris de la société de consommation, je cherchais un cadeau pour Clopinou et sa nouvelle et étonnante compagne. J'ai trouvé la série, sur Arte, des "grands mythes" de Busnel : comme je ne suis pas du tout sûre qu'à l'école, on ait raconté ces fabuleuses histoires à mes jeunes gens, j'ai commencé à visionner la série. Ca me rafraîchissait la mémoire, d'une part, et je tentais de savoir si c'était à la fois plaisant et pédagogique, et enrichissant. Enfin,"enrichissant", ça j'en suis sûre, car connaître la mythologie grecque, c'est connaître les rêves dont nous sommes directement issus.
Bon la série est parfaite en ce sens, avec une simplicité de bon goût je trouve, et du coup, je l'ai carrément désirée pour bibi, avant de tenter de la faire partager à la jeunesse - ni une ni deux, Clopin m'en a fait cadeau...
J'ai donc retrouvé avec plaisir ce que j'avais découvert à l'adolescence : le mythe d'Antigone, la famille des Atrides (chaude ambiance), celle des Labdacides (acides est le mot, z'ont tous l'air shooté là-dedans, bonjour les meurtres, incestes, parricides, fratricides, tout icides), Bellérophon et.. Oedipe.
Et là !
Je suis tombée de l'armoire.
Parce que j'ai un souvenir extrêmemet précis de ma rencontre avec la mythologie grecque. C'est mon prof de français de troisième qui m'avait donné un livre récapitulant les différentes histoires, et nous en avions parlé ensemble.
Je mere vois encore lui demandant pourquoi Oedipe était maudit comme ça. Bonjour la liberté individuelle, tout de même ! Voilà un type qui fait tout pour échapper à un destin, hélas inexorable...
Et j'entends encore la voix de mon prof tentant de m'expliquer le rapport entre les dieux et les hommes, chez les Grecs : la vie entière d'Oedipe est une énigme pour lui, parce qu'il refuse d'admettre la prédestination. Bien, bien. A l'époque, je m'étais contentée de cette explication...
Et puis là, grâce à Busnel, qu'apprends-je ? Qu'il y a bien un motif derrière le destin tragique d'Oedipe. En fait, si la lignée entière est maudite, (parce que les enfants-frères et soeurs- d'Oedipe n'auront pas trop l'occasion de réussir leur vie, on va dire ça comme ça), c'est à cause de l'ancêtre Laïos. Une faute originelle. Oui, oui, comme de croquer la pomme...
Laïos n'a pas croqué la pomme, lui. Il a juste violé un jeune garçon, Chrisippe, qui du coup, s'est donné la mort...
j'ai dû attendre 61 ans pour apprendre ça ! J'ai pourtant lu les tragédies de Sophocle et d'Euripide, Oedipe à Colonne etc., les adaptations de Giraudoux ou de Sartre, j'ai suivi les élucubrations freudiennes là autour, et jamais personne ne m'avait raconté que toute la famille était en galère parce que Papa était un violeur pédophile...
Alors on pourrait estimer que mon prof de l'époque n'avait peut-être pas trop envie de raconter à la môme que j'étais de pareilles perversités. Dans les années 70, on n'effarouchait pas les jeunes filles avec des histoires "de pédéraste".
sauf que ça ne gênait absolument pas mon prof de me raconter l'histoire d'un type qui couche avec sa mère...
passons.
Mais tout cela conforte mon opinion : point de liberté individuelle dans l'esprit religieux, même si, comme chez les grecs, les Dieux ressemblent fichtrement aux hommes avec lesquels ils jouent...
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clopine
Le 07/12/2016
Lu dans Télérama l'annonce d'une pièce de théâtre : la Balasko dans Beauvoir. Ca va nous changer des "initiales B.B." de d'habitude, parce que ces deux-là, vingt dioux ! N'ont pas l'habitude de faire dans la sucrée et encore moins dans la robe Vichy (encore que, si l'on en croit cette peste d'Onfray, le couple Sartre-Beauvoir, bien loin du gauchisme qui leur est attribué, étaient des purs petits-bourgeois un tantinet collabos pendant la guerre, m'enfin, bref.)
Bon, Balasko dans Beauvoir, alors, en voiture Simone ?
Un truc m'interpelle, cependant : l'article parle du "monologue" de "la femme rompue". Or, si mes souvenirs sont exacts, il y a trois nouvelles dans le recueil de "La femme rompue". Certes, un monologue : celui, monomaniaque et complètement hystérique, d'une femme solitaire exclue (pour des motifs que l'on devine relevant efffectivement de la psychiatrie) de sa famille, mari, enfant...
Mais il y a aussi l'histoire totalement pathétique d'une femme délaissée pour une plus jeune qu'elle, une femme qui ne comprend pas ce qu'il lui arrive puisqu'elle avait "tout bon" : cultivée, " à sa place", aimant son mari...
Et enfin l'histoire de la femme vieillissante sommée de ne plus exister, de s'effacer...
j'ai lu tout ça à 16 ans, et malgré l'ignorance totale des sentiments d'autrui qui était la mienne à l'époque (j'avais déjà assez à faire avec mes névroses adolescentes disons autodestructrices), j'ai été imprégnée à jamais des trois histoires. Beauvoir se garde bien, évidemment, d'influencer le jugement du lecteur, mais sa pensée transparaît par en-dessous : il s'agit d'illustrer à quel point les dés peuvent être pipés dans la condition féminine). Encore maintenant, et cela doit faire quarante ans que je n'ai pas rouvert le livre, quand je croise certaines névroses féminines sur le net, je pense aussitôt à la "femme rompue", à ces trois-là ensemble, quoi...
Alors, une pièce qui réduirait le livre à une seule de ses nouvelles me semblerait a priori aussi amputée qu'un triptyque réduit à son seul panneau central.
Car il s'agit bien entendu des trois facettes d'un même destin - je veux dire, hystérique ou raisonnable, il faudra toujours s'effacer, et être toujours dupe - c'est le tranchant message de Beauvoir, aussi tranchant, net et métallique que la voix même de l'écrivaine.